Bilan

Thomas Jordan: "Le franc est nettement surévalué"

La BNS était convaincue qu'avec la divergence croissante des politiques monétaires, il deviendrait impossible de préserver le plancher, indique son directeur Thomas Jordan.

La banque centrale suisse a pris les marchés par surprise jeudi en annonçant l'abandon du cours plancher.

Sous le feu de vives critiques, le président de la Banque nationale suisse (BNS) a défendu la décision de la banque centrale d'abolir jeudi le taux plancher de 1,20 franc pour un euro. Recevant le soutien de la ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf, Thomas Jordan a rappelé que le "franc est nettement surévalué par rapport à l'euro et au dollar".

"Nous observons d'importants excès dans les cours actuels", a répété Thomas Jordan dans une interview publiée samedi dans "Le Temps" et la "Neue Zürcher Zeitung". Les marchés doivent progressivement trouver leur équilibre, "ce qui pourra prendre du temps", ajoute-t-il, précisant que l'institut d'émission est conscient que sa décision inattendue pouvait avoir un fort impact.

M. Jordan a toutefois jugé excessive la réaction des marchés financiers à la décision d'abandonner le cours plancher institué en septembre 2011. La BNS a pris les marchés par surprise jeudi en annonçant l'abandon de ce taux, ce qui a fait bondir le franc face à la devise européenne et entraîné une chute des titres des grands groupes helvétiques, dont les exportations risquent de souffrir.

Passant légèrement au-dessous de la parité avec le franc vendredi, l'euro se négociait dimanche vers 13h00 à 0,99 franc. Le dollar cotait lui à 85,87 centimes. La devise helvétique s'est appréciée face à toutes les principales monnaies. Jeudi avant l'annonce de la BNS, l'euro valait encore 1,20 franc et le dollar s'échangeait entre 1,01 et 1,02 franc.

PLANCHER IMPOSSIBLE À PRÉSERVER

En quelques jours, la banque s'est forgée la conviction qu'avec la divergence croissante des politiques monétaires, il deviendrait impossible de préserver ce plancher. En poursuivant cette politique, la BNS "risquait de perdre le contrôle de sa politique monétaire de long terme", selon M. Jordan.

Mais "nous étions conscients des difficultés" que la décision allait engendrer pour les entreprises, explique-t-il. "Il est important que l'économie ne surréagisse pas et analyse de façon approfondie la nouvelle situation". Le taux plancher était une mesure exceptionnelle d'une durée limitée, a répété M. Jordan. Il devait être "abandonné" un jour.

Dans une interview diffusée dimanche dans la "Schweiz am Sonntag", le "SonntagsBlick" et la "SonntagsZeitung", Eveline Widmer-Schlumpf est venue assurer Thomas Jordan de la pleine confiance du Conseil fédéral. "Je trouve la décision de la BNS cohérente et je ne la remets pas en cause". C'est "une bonne solution" que la banque centrale dispose d'une plus ample marge de manoeuvre, selon la ministre des finances.

A l'image du président de la BNS, Mme Widmer-Schlumpf estime que l'économie suisse peut faire face à l'abandon du taux plancher, car elle est en meilleure forme qu'en 2011. Elle peut faire face à un cours de 1,10 franc pour un euro. A ce niveau, les entreprises suisses parviennent à trouver des parades.

RÉUNION DE LA BCE TRÈS ATTENDUE

En revanche, si la monnaie unique devait se négocier durablement au-dessous de ce seuil, les perspectives économiques pourraient s'aggraver "radicalement", a pour sa part confié le directeur de l'Administration fédérale des finances, Serge Gaillard à la "Zentralschweiz am Sonntag". Mais à l'image de nombreux prévisionnistes, il ne craint toutefois pas une récession.

Pour l'heure, "nous devons maintenant observer la situation", poursuit pour sa part Mme Widmer-Schlumpf. Pour les économistes, la prochaine échéance se profile jeudi prochain avec la très attendue réunion des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). L'annonce d'un rachat massif de dette publique, dernier recours pour faire repartir les prix et l'économie, est pour les spécialistes une affaire entendue.

Réagissant au taux négatif de -0,75% frappant à compter du 22 janvier prochain les avoirs en comptes de virements détenus auprès de la Banque nationale suisse par les banques commerciales, Credit Suisse va faire passer ses gros clients commerciaux à la caisse. Grands groupes et caisses de pension devront bientôt payer pour confier leur argent au numéro deux bancaire helvétique.

En raison des évolutions actuelles, une commission sera perçue sur les avoirs des clients institutionnels ainsi que ceux des grandes entreprises, a indiqué à l'ats Daniela Häsler, porte-parole de Credit Suisse, confirmant une information publiée dans la "SonntagsZeitung". La mesure ne concerne pas les petites et moyennes entreprises (PME), ni la clientèle privée.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."