Bilan

Taux négatifs de la BNS: plus d’avantages que d’inconvénients

La mesure permet de défendre le cours plancher sans affecter pour l’heure les épargnants, aidés par une absence d’inflation. Eclairage.

La Banque Nationale Suisse a infligé un choc aux marchés en adoptant des taux d'intérêts négatifs.

En sanctionnant, avec des taux d’intérêt négatifs, les avoirs des banques commerciales déposés auprès de la Banque nationale suisse (BNS), cette dernière veut affaiblir le franc suisse. Les taux d’intérêts négatifs permettent en effet de freiner l’afflux de dépôts en francs suisses, ce qui permet d’atténuer l’appréciation du franc suisse face à l’euro.
 
La mesure est logique, dans un contexte où l’on sait que l’euro tendra à baisser face au franc suisse en 2015, dès lors que la Banque centrale européenne (BCE) mettra en œuvre son programme d’assouplissement monétaire portant sur l’achat d’actifs à hauteur de 1000 milliards d’euros.
 
L’économie helvétique, qui exporte quelque 60% de ses marchandises vers l’Union européenne, est la première concernée par une hausse du franc face à l’euro, qui réduit la compétitivité des exportateurs, un secteur clé pour l'emploi en Suisse. Ces dernières semaines, en prévision de l’action de la BCE, le franc suisse s'est apprécié face à l'euro et semblait en voie de briser le seuil de 1,20 franc pour 1 euro, fixé par la BNS depuis le 6 septembre 2011.

AVEC LE COURS PLANCHER, L'ÉCONOMIE SUISSE TOLÈRE UN FRANC RELATIVEMENT FORT
Historiquement, la Suisse a vécu avec un franc beaucoup plus faible

La stratégie annoncée ce matin par la BNS a l’avantage de lui permettre d’affaiblir le franc sans devoir acheter massivement des euros, mesure qu’elle n’exclut pas pour autant.
 
Mais le coût de cette stratégie se situe ailleurs : elle pénalisera, potentiellement les épargnants helvétiques. Il est clair en effet que les banques commerciales en Suisse sont susceptibles de répercuter les taux négatifs sur les comptes épargne de leur clientèle. Ceci serait la principale conséquence négative de la mesure de la BNS. Les comptes épargnes sont déjà pénalisés par de très faibles taux d’intérêt qui, en Suisse sont en moyenne à 0,15% chez Postfinance (0,3% pour les comptes e-finance) et d’autres établissements.
 
Par chance, le taux d’inflation est extrêmement bas en Suisse, voire négatif. En novembre 2014, le renchérissement atteignait -0,1% en rythme annuel, ce qui signifie que le taux d’intérêt réel des comptes épargne est lui aussi à 0,15%, avec un gain de 0,1% en termes de pouvoir d’achat. Chez Postfinance, le porte-parole Johannes Möri nous répond qu’à ce jour, « il n’est pas prévu que nous appliquerons des taux d’intérêt négatifs sur les comptes des clients privés et commerciaux ».
 
Pour l’avenir, il ne peut pas encore affirmer concrètement s’il y aura ou non un effet sur les comptes épargne et les comptes privés. «Certes, nous sommes dépendants des taux d’intérêt du marché, mais la situation actuelle est que nous ne prévoyons pas de répercuter les taux négatifs».

A l'UBS, la banque indique elle aussi qu'il n'existe pas actuellement de projet d'appliquer des taux d'intérêt négatifs sur les comptes des épargnants. Concernant les banques clientes d'UBS, à savoir les établissements qui procèdent à des transactions interbancaires, la banque indique qu'elle a prélevé des frais durant ces deux dernières années sur ces comptes courants et comptes de compensation pour décourager les clients interbancaires de détenir des soldes de cash excessifs.

La mesure de la BNS a eu un faible impact. Dès les premiers instants jeudi matin, le franc suisse s’est immédiatement relaxé face à l’euro, passant de 1,2010 avant l'annonce, à 1,21 à la suite de celle-ci, mais il se reprenait dans l'après-midi à 1,2040.
 
Il s’agit surtout pour la BNS de maintenir les niveaux du cours plancher, et non de faire baisser le franc suisse davantage. Juste avant la mise en place du cours plancher, le franc s’était apprécié quasiment jusqu’à parité avec l’euro, son niveau historiquement le plus élevé, face auquel les exportateurs suisses ont exprimé leurs vives craintes. Mais dans les neuf années qui avaient précédé la crise de 2008, la Suisse avait vécu avec un franc beaucoup plus faible qu’actuellement, et donc nettement plus compétitif, fluctuant entre 1,45 et 1,70 pour 1 euro.
 
Sous cet angle, le cours plancher de 1,20 atteste donc plutôt d’une tolérance de l’économie helvétique, en comparaison historique, pour un niveau relativement élevé du franc.
Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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