Bilan

Sur-mesure, diversification et sélectivité pour les réassureurs

Pour résister aux vents adverses de la pression tarifaire, les grands réassureurs misent sur la diversification et le sur-mesure mais se veulent plus sélectifs.

Swiss Re donne l'exemple d'un contrat permettant à une compagnie d'électricité uruguayenne de bénéficier de paiements pouvant être majorés en cas de prix pétroliers élevés.

Crédits: AFP

Le secteur de la réassurance, bien que solide, est toujours confronté aux vents adverses de la pression tarifaire. Pour y résister, les grands réassureurs misent sur la diversification et le sur-mesure mais se veulent plus sélectifs.

Les grandes tractations annuelles entre les réassureurs et leurs clients, majoritairement les assureurs, se sont ouvertes samedi lors des Rendez-vous de Monte-Carlo, sorte de grand-messe où les deux parties commencent à renégocier les termes et tarifs de leurs contrats pour l'année suivante.

Les agences de notations sont unanimes: les perspectives à horizon 2017 demeurent négatives pour le secteur de la réassurance, confronté à un recul des tarifs depuis plusieurs années.

SP Global Ratings (ex-Standard and Poor's) s'attend à "une baisse continue des tarifs", affirme Lofti Elbarhdadi, directeur senior chargé de l'assurance au sein de l'agence de notation, estimant que ce recul pourrait s'établir entre 0 et -5% en moyenne en 2016 et 2017.

Selon l'analyste, les réductions tarifaires les plus conséquentes toucheront l'activité de couverture des catastrophes naturelles.

A l'origine de cette tendance baissière des prix, une offre de réassurance supérieure à la demande nourrie par une abondance des capitaux traditionnel et alternatifs.

Ces capitaux alternatifs, notamment concentrés dans les "cat bonds" (obligations dites catastrophes émises par un assureur afin de transférer un partie de ses risques aux investisseurs et donc de limiter ses pertes en cas de catastrophe climatique, NDLR), attirent les investisseurs pour leurs rendements solides et leur faible volatilité.

Rentabilité opérationnelle en baisse

Conséquence, la rentabilité opérationnelle du secteur devrait être moindre en 2016 et 2017, avertissent les agences de notation.

En particulier, si une tempête importante sévissait sur les côtes américaines, prévient Moody's, affirmant que des sociétés de recherches météorologiques prévoyaient plus d'ouragans que l'an dernier.

Concrètement, SP s'attend à un ratio combiné (indemnisation des sinistres et frais généraux rapportés aux primes perçues) du secteur s'établissant entre 97% et 102% en 2016 et entre 100 et 104% en 2017, un ratio inférieur à 100 témoignant de l'efficacité technique de l'assureur.

Mais "les réassureurs sont armés pour maintenir leur solidité financière", nuance M. Elbarhdadi, soulignant l'écart grandissant entre grands réassureurs internationaux diversifiés et petits réassureurs.

Selon SP, les 10 plus gros réassureurs détenaient en 2015 une part de marché globale de 74%, en augmentation de 7 points par rapport à 2010.

Dans leur carquois, les gros réassureurs disposent de multiples outils de différenciation.

Côté produits, tous comptent se démarquer en proposant des couvertures de plus en plus élargies, notamment dans le cyber-risque, les risques agricoles, ou, plus marginalement, comme le géant allemand Munich Re, dans les risques épidémiques, susceptibles d'affecter le tourisme.

Le sur-mesure pour maintenir les prix

Par ailleurs, "les réassureurs s'efforcent d'empêcher une nouvelle baisse du niveau des prix", a commenté Ulrich Wallin, directeur général de Hannover Re, cité dans un communiqué.

"Ce qui est crucial pour nous dans cette situation, c'est de souscrire des contrats qui satisfont nos exigences de marges même si cela mène à une baisse de revenus des primes", a-t-il affirmé.

Même sélectivité affichée du côte du réassureur français Scor, dont le PDG, Denis Kessler expliquait lors de la présentation de son plan stratégique, que lorsque "les conditions ne sont plus réunies, on ne réassure plus, il n'y a plus d'offre".

Pour préserver une stabilité tarifaire, les gros réassureurs s'orientent donc vers des solutions sur-mesure pour capter leurs clients.

Parmi celles-ci, des contrats associant la couverture de plusieurs risques et des facteurs déclenchant l'indemnisation.

Dans son dernier rapport sur le secteur, le réassureur helvète Swiss Re donne l'exemple d'un contrat permettant à une compagnie d'électricité uruguayenne de bénéficier, si les niveaux de précipitations se retrouvaient en deçà du seuil minimal fixé, de paiements pouvant être majorés en cas de prix pétroliers élevés. Le but ici étant de garantir l'électricien contre la volatilité de ses résultats et de prévenir une variation de ses tarifs.

Les gros réassureurs ont également mis l'accent sur les produits structurés de réassurance, risqués, et utilisés notamment pour dégager de la trésorerie, les assureurs devant mettre en réserve des niveaux élevés de fonds propres pour répondre aux exigences réglementaires de solvabilité.

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