Bilan

Six catégories où investir en 2017

Europe, Suède, Etats-Unis, immobilier asiatique... Présentation de six domaines où le rapport entre opportunités et risques pourrait se révéler favorable dans les mois à venir.
  • Les valeurs sous-évaluées devraient s’avérer profitables au vu des perspectives plus sereines de la conjoncture.

    Crédits: Matt Bird/getty images

Qui l’eût cru? Après un démarrage faiblard début 2016, les marchés des capitaux ont lâché le frein à main dès mi-février de l’année dernière. Des événements susceptibles de peser sur les cours – Brexit, référendum constitutionnel italien, victoire de Donald Trump – ont été rapidement digérés et ont fini par procurer aux investisseurs une année dans l’ensemble réjouissante. Mais comment se comporteront désormais les marchés financiers globaux? Nous essayons de l’illustrer en six chapitres où le rapport entre opportunités et risques apparaît particulièrement attrayant. 

1. Les actions sous-évaluées

Dix années durant, les actions sous-évaluées ont été les dindons de la farce face aux actions de croissance: c’est la plus longue et la plus vigoureuse période de sous-performance depuis que le MSCI fait des relevés (voir graphique  ci-dessous). En août dernier, le vent a enfin tourné pour les valeurs intrinsèques. Depuis lors, le MSCI World Value Index survole de 7,8 points de pour-cent son homologue des valeurs de croissance.

Quand bien même des prises de profit temporaires restent possibles, le rally dans les valeurs intrinsèques garde du souffle. A la suite d’une traversée du désert de plusieurs années, elles sont toujours valorisées très bon marché face aux titres de croissance. Pour le gestionnaire de fortune allemand StarCapital, il n’est pas trop tard pour embarquer: historiquement, une phase de surperformance étendue succède à une longue faiblesse des titres sous-évalués.

Les analystes de Morgan Stanley voient un autre argument dans les pronostics de gain: pour eux, il est très probable que, cette année, les sociétés sous-évaluées accumulent davantage d’excédents que les titres de croissance.

En plus, l’évolution des cours est étroitement liée aux taux d’intérêt à long terme. S’ils grimpent, les actions sous-évaluées dépassent en général le marché et vice versa. Par conséquent, ce sont précisément les valeurs intrinsèques qui devraient s’avérer profitables au vu des perspectives plus sereines de la conjoncture. Pour Morgan Stanley, c’est avant tout dans les secteurs des banques, de l’énergie, des assurances, de l’automobile, des fournisseurs et des télécoms que l’on trouve actuellement des actions sous-évaluées. 

2. L’Europe

Ceux qui ont accordé leur préférence aux actions européennes en 2016 ont été déçus. Elles sont demeurées, une fois de plus, loin derrière leurs homologues américaines. Mais le vent devrait enfin tourner.

Il y a plusieurs raisons à cela. Ainsi, même si le paysage économique se rassérène progressivement, les valeurs économiques européennes jouissent d’une si faible confiance qu’il est aisé de tabler sur une bonne surprise. D’ailleurs, la révision des attentes de bénéfices dans les groupes européens a donné récemment, enfin, des résultats positifs (voir graphique ci-dessus).

Les banques centrales jouent également un rôle éminent: tandis que la Fed serre légèrement la vis, en Europe, les signaux indiquent toujours une politique de l’argent accommodante. Les analystes de Credit Suisse jugent donc plausible que, d’ici à la fin 2017, l’euro baisse à parité avec le dollar. Cela bénéficierait à la compétitivité des exportateurs sur le marché mondial. Selon Credit Suisse, une dévaluation de l’euro de 10% augmenterait de 6% le bénéfice par action. En plus, les actions européennes sont toujours négociées avec une solide décote.

3. Le Japon

Le marché intérieur est en train de se réveiller, mais la Bank of Japan poursuit toujours l’objectif de maintenir à près de 0% le rendement des emprunts d’Etat à 10 ans, quoi qu’il en coûte. Du coup, la fourchette des taux s’élargit en comparaison internationale, provoquant la fuite des capitaux et plaçant le yen sous pression. L’affaiblissement de la monnaie locale devrait stimuler les affaires des entreprises vouées à l’exportation – et cela bénéficie également aux actions.

Pendant ce temps, le contexte de taux zéro contraint les caisses de pension et les assurances nippones à passer des obligations d’Etat aux actions. Cela motive aussi les entreprises à racheter leurs propres titres: à en croire le cabinet d’analyse hongkongais Gavekal Research, le nombre d’entreprises qui ont appliqué des programmes de buy-back a augmenté de 30% en 2016. En plus, bien des sociétés laissent entrevoir un potentiel de hausse dans leur politique de dividendes.

Albert Edwards, stratège d’investissement chez Société Générale, discerne des opportunités de s’engager et voit un autre facteur positif dans le fait que près de la moitié de toutes les entreprises cotées disposent d’une liquidité nette positive (voir graphique ci-dessous ). Les actions japonaises recèlent donc du potentiel de cours, dans la mesure où l’investisseur occidental se couvre simultanément contre une baisse du yen.

4. La Suède

Parmi les devises des pays industrialisés, la couronne suédoise figurait l’an dernier au nombre des plus faibles (voir graphique ci-dessus). Mais il y a de fortes chances pour que le rattrapage entamé en novembre se poursuive en 2017. Certes, à la fin décembre, la Banque centrale suédoise (Riksbank) a indiqué vouloir maintenir le taux directeur à -0,5% et prolonger de six mois le programme d’achat d’obligations d’Etat. Mais l’augmentation de l’inflation (en décembre, le renchérissement a atteint son plus haut depuis février 2012) et la vigoureuse reprise de la croissance économique devraient bientôt permettre aux gardiens de la monnaie de serrer la bride monétaire. Ce qui aurait pour effet de donner de l’élan à la couronne. Au sein du directoire de six membres de la Riksbank, l’état d’esprit s’est notablement déplacé en faveur d’un resserrement.

«L’inflation plus forte que prévu appuie notre opinion selon laquelle l’assouplissement monétaire tire à sa fin», assure Torbjörn Isaksson, chef analyste chez Nordea. Capital Economics partage cet avis: vu le renchérissement et une conjoncture réjouissante, la Suède augmentera ses taux directeurs nettement avant la Banque centrale européenne. Ce centre de recherche britannique s’attend à un premier pas vers la fin 2017. En plus, la couronne reste bon marché à l’aune de la parité des pouvoirs d’achat. Les analystes de Mitsubishi UFJ Financial considèrent actuellement la devise suédoise comme «la plus fortement sous-évaluée de tous les Etats du G10».  

5. Les Etats-Unis

Le rendement des obligations d’Etat américaines à 10 ans est brièvement tombé à un plus bas historique de 1,34%, avant d’esquisser un notable mouvement contraire en juillet dernier (voir graphique). La victoire de Donald Trump a encore accentué la tendance à la hausse car les marchés parient sur une relance de la croissance interne et de l’inflation grâce aux mesures de politique économique du nouveau président.

Reste que ce scénario n’est pas assuré. Les analystes de HSBC sont sceptiques. Certes, ils tablent sur le fait qu’au premier trimestre l’effet Trump maintiendra les rendements des bons du Trésor américain autour de 2,5%. Mais, d’ici à la fin de l’année, un nouveau recul à un plus bas historique est parfaitement possible. Vu que, dans le cas des obligations, les rendements et les cours évoluent en sens inverse, la valeur des obligations progresserait.

«Dans sa campagne, Trump a fait beaucoup de promesses mais n’a pas révélé grand-chose», dit Steven Major, responsable global du Fixed Income Research de HSBC. La probabilité que le paquet de mesures annoncé n’aura pas l’effet attendu est considérable. Même réticence chez Torkild Varran, CEO de DNB Asset Management : «Notre souci, c’est que les stimuli fiscaux américains soient mis en vigueur plus tard que ce que le marché attend ou qu’ils soient annulés.»

Le récent rebond des rendements pourrait en outre affecter l’économie, si des taux en hausse accroissaient encore les coûts de financement des entreprises. Par ailleurs, la marche des affaires des grands groupes exportateurs pourrait pâtir du fardeau d’un dollar fort.

Les obligations d’Etat américaines procurent ainsi aux investisseurs suisses une certaine sécurité si les attentes optimistes sur l’évolution de l’économie ne se concrétisaient pas. D’autant que leur attractivité se situe pour ces derniers dans une différence de taux positive par rapport aux obligations d’Etat européennes. 

6. L’immobilier asiatique

Après quinze ans d’essor, la croissance a bien ralenti dans les pays émergents asiatiques, surtout à la suite des surcapacités industrielles. Mais la demande de biens immobiliers d’habitation et d’activité demeure constante. Tandis que la tendance à la hausse des taux et les interventions étatiques ont calmé le marché immobilier, en particulier à Hongkong et Singapour, le niveau des prix devrait rester élevé. Toutefois, les investisseurs étrangers sont souvent soumis à des restrictions lors d’achats directs. Les groupes immobiliers cotés en bourse offrent à cet égard une alternative praticable. Avec un bémol: comme ils fonctionnent avant tout comme des entreprises générales et vendent souvent leurs objets dès la fin de la construction, leurs bénéfices sont soumis à des fluctuations cycliques plus longues.

Les investisseurs intéressés par une distribution de dividendes stables seront par conséquent bien inspirés de miser sur les Real Estate Investment Trust (REIT). Les meilleurs marchés pour ces placements analogues aux obligations sont Hongkong, Singapour et l’Australie. C’est là que les différences de rendement avec les obligations d’Etat sont les plus grandes (voir graphique ci-dessus). Il faut certes s’attendre à ce qu’une demande élevée contribue à réduire cet écart mais, à son tour, le phénomène soutiendrait les cours des REIT.  

* Paru dans Finanz und Wirtschaft 

Frank Heiniger*

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