Bilan

Six fintechs qui facilitent nos finances

Paiement sans contact, ouverture de compte à distance, signature digitale, titrisation de crypto-actifs, crowdfunding pour startups: Bilan vous présente quelques startups innovantes.

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  • Julien Duniague, CEO de la fintech genevoise Atlantic Derivatives.

    Crédits: Cuatro Corazones

La Suisse, berceau du private banking, héberge désormais un nombre croissant de fintechs à la pointe de la technologie. Pas une semaine ne passe sans un événement consacré à ce thème, que ce soit à Genève, Lausanne ou Zurich. Car les fintechs sont en train de transformer l’écosystème financier, que ce soit pour les particuliers, pour les entreprises ou pour les investisseurs. On va vers plus de connectivité, d’open data, de robotisation, de paiements sans contact, d’identification biométrique et bien d’autres innovations.

Dans cet environnement, les banques ne seront plus qu’un interlocuteur parmi d’autres, selon un rapport de la BNS publié fin août sur la numérisation de la finance suisse. «Les clients auront recours à plusieurs intermédiaires bancaires et non bancaires pour obtenir le meilleur service, et non plus à un seul», estiment les établissements sondés par la BNS. Le paysage se fait plus concurrentiel. Les GAFA et les banques en ligne sont perçues par les banques établies comme des concurrents directs, tandis que les petites fintechs sont plutôt perçues comme des partenaires, utiles surtout aux petites banques, qui sont obligées de collaborer avec les startups financières et d’acquérir l’innovation à l’externe. Les grandes et moyennes banques, quant à elles, innovent à l’interne et mettent la priorité sur la signature digitale et la robotique. Quant aux marges, déjà très basses, elles vont à la fois profiter de la réduction des coûts liée à la numérisation de nombre de fonctionnalités, et souffrir à cause de la concurrence liée à la multiplication d’acteurs spécialisés.

Aperçu de quelques-unes des startups actives dans l’espace des fintechs qui se sont récemment présentées à Genève.

Créer son produit structuré

Atlantic Derivatives: Startup basée à Genève (appartenant à une holding sise à Gibraltar), elle a créé depuis deux ans un outil pour fabriquer son propre produit structuré. Son logiciel aide les gérants de portefeuille à concevoir eux-mêmes leur produit, en suivant leurs propres convictions d’investissement et en choisissant un émetteur parmi plusieurs proposés par la plateforme, pour ensuite conclure la transaction et allouer le capital à leurs clients. La plateforme permet au gérant de suivre en ligne tous les paramètres du produit de son client (valorisation, performance du sous-jacent, coupons…). Un rapport complet sur le produit est généré automatiquement, et des alertes (sur les niveaux de prix) peuvent être configurées. Le back-office du produit (échanges avec l’émetteur, le dépositaire) est entièrement automatisé.

«Toutes ces fonctionnalités sont là au final pour permettre à chaque gérant d’être plus agile et plus disponible pour ses clients et d’offrir plus de valeur aux services de gestion, qui doivent avant tout rester centrés sur la relation humaine», résume Julien Duniague, CEO et directeur commercial d’Atlantic Derivatives.

Ouvrir un compte sécurisé à distance

Connective: Cette jeune entreprise basée à Anvers (Belgique) a vu le jour en 2014 quand ses deux cofondateurs, qui travaillaient dans la banque et l’assurance, ont cherché des solutions face à la contrainte de faire venir les clients sur place pour ouvrir un compte. Ils ont développé des solutions d’identification intelligente à distance, une signature digitale afin de faciliter la vie aux clients et aux gérants.

L’outil permet aux banques d’authentifier leurs interlocuteurs en vérifiant leur identité dans des bases de données officielles, et d’obtenir leur signature sans qu’ils n’aient à se déplacer physiquement. Pour ce type de vérifications, le système de Connective œuvre à inclure un maximum de bases de données des différents pays et à prendre en compte toutes les réglementations pertinentes. Pour ouvrir des comptes de clients offshore, les utilisateurs du système de Connective doivent être autorisés et régulés pour cette activité et s’assurer que la plateforme a les accréditations dans les pays concernés.

Financement d’entreprises 100% digital

RootAnt: Fondée en 2013 à Singapour, cette entreprise illustre les prouesses que réalise aujourd’hui le digital dans la finance d’entreprises asiatiques. La plateforme met en lien les banques et les entreprises, au travers de solutions digitales de financement, avec des procédures d’obtention de crédit et des formalités considérablement écourtées.

Les clients sont notamment de gros fournisseurs ou distributeurs actifs en Chine ou au Japon, mais aussi des PME. Les services de RootAnt couvrent tout le flux de leurs opérations: corporate banking (lien avec les prestataires bancaires), prêts à taux d’intérêt très bas (grâce au processus entièrement digitalisé), contrôle des lignes de crédit, suivi des cash-flows, financement de toute la chaîne d’approvisionnement. Le tout automatisé pour l’essentiel. Des solutions sont aussi proposées sur la blockchain (sécurité des données, smart contracts, tokénisation).

Titriser des cryptoactifs en Suisse

Gentwo: C’est Patrick Loepfe, un des concepteurs du site Deritrade, qui a fondé en 2018 à Zurich cette plateforme de produits structurés de Vontobel. Celle-ci réinvente la titrisation, selon Philippe Naegeli, CEO. L’outil permet de transformer n’importe quel actif non traditionnel en titre, pour en faire, par exemple, un certificat activement géré et coté à la Bourse suisse, pour le compte d’une banque ou d’un gérant de portefeuille, qui sélectionnent ensuite la banque dépositaire de leur choix.

La plateforme, via son entité zougoise Gentwo Digital, permet en particulier de titriser des crypto-actifs, en créant un véhicule d’émission hors bilan qui détient les actifs digitaux et les titrise en papiers-valeurs conventionnels, certificats ou notes, avec un code ISIN suisse sur la bourse.

Cela permet aux investisseurs institutionnels de comptabiliser plus aisément les investissements en cryptos sur leur bilan, via un courtier usuel, de mener des audits classiques et d’utiliser leur infra-structure bancaire habituelle, comme pour tous les autres investissements.

Investir en startups avec des jetons

Bloomio: Société fondée à Genève, ce fonds agit comme intermédiaire entre les startups et les investisseurs. Les startups s’enregistrent sur la plateforme, et tout un chacun y peut investir, dès 100 dollars, pour acquérir une part de startup, ou une tranche d’un secteur de startups. Bloomio est donc un fonds structuré, avec des compartiments de startups. Comme ces dernières ont peu de moyens, c’est la plateforme qui gère leur relation avec les investisseurs et les banques: elle agit comme émetteur des parts et octroie aux investisseurs les participations.

Ce type d’investissement entre dans la catégorie de capital-risque. La plateforme prélève des frais, qui sont un pourcentage des montants levés. Les fondateurs ont voulu passer au modèle le plus évolué et ont basé les transactions sur la blockchain: on investit en jetons (tokens), et ces derniers sont cotés en monnaies fortes. La plateforme démocratise ainsi l’accès à des startups méritantes, venant d’un peu partout dans le monde.

Accéder aux fonds exclusifs du private equity

Privatemarket.io: Créé à Lausanne en 2017 par Loïc Engelhard, ce site facilite l’accès aux «marchés privés», à savoir aux placements de private equity, dette privée, immobilier, infrastructure. Des placements non liquides, à rendements élevés, en général très difficiles d’accès. Désormais, un investisseur qualifié disposant de 150 000 francs pourra y souscrire. La plateforme agrège et liste les produits qu’elle a sélectionnés auprès de gérants de premier plan, comme KKR ou Blackstone.

«La plateforme se destine aux banques privées, family offices et multifamily offices», explique Loïc Engelhart. «Nous sommes également présents à Hongkong pour créer un pont entre l’Europe et l’Asie», poursuit le fondateur, ce qui permet d’offrir des placements difficiles d’accès aux clients européens.

«Très demandé pour la diversification qu’il offre, le segment du non-liquide est de plus en plus présent dans les portefeuilles», affirme Loïc Engelhard. Concrètement, ses clients – banques privées et family offices – peuvent utiliser sa plateforme comme un catalogue de produits exclusifs et présélectionnés, qu’ils proposent à leurs clients à travers leur propre interface client, ce qui en fait une solution white label sous les couleurs de la banque.

«Nul intermédiaire ne prend de commission au passage, car cela réduirait la performance de ces fonds très recherchés», garantit le fondateur de la plateforme.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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