Bilan

Sauve-qui-peut chez les «licornes»

La récente glissade du Nasdaq met à mal la crédibilité des licornes, ces sociétés technologiques en mains privées valorisées à plus d’un milliard de dollars. Explications.

Le Nasdaq a chuté de plus de 15% depuis le début de l’année.

Crédits: Adrees Latif/Reuters

Etre une licorne – une société en mains privées valorisée à plus d’un milliard de dollars – a cessé d’être un statut enviable depuis la brutale glissade du Nasdaq du 8 février dernier. La chute du marché américain des valeurs technologiques, tombé à son plus bas niveau depuis les quinze derniers mois, a mis à mal de nombreuses compagnies emblématiques, comme les bolides électriques Tesla d’Elon Musk en baisse de près de 40%, LinkedIn à moins 60%, ou 70% de la valeur de Twitter évaporée. 

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Les craintes d’une nouvelle bulle technologique sont alimentées par le nouveau pic qu’avait atteint le Nasdaq à 5000 points, après avoir triplé en sept ans. Que faut-il alors penser de l’avenir de ces licornes que certains appellent déjà des «chimères»?

A Palo Alto, dans la Silicon Valley, des affiches fleurissaient à la fin février pour prévenir les employés du producteur de logiciels Palantir, valorisé à 20 milliards de dollars, que leurs actions ne valaient rien. Les flyers anonymes, invitant les collaborateurs à se mobiliser, étaient illustrés d’une licorne morte et de son sang aux couleurs de l’arc-en-ciel, rapporte le reporter de «Quartz», David Yanofsky.

Chef économiste chez Lombard Odier, Samy Chaar écarte d’emblée le spectre d’un éclatement de bulle sur le Nasdaq. «Nous sommes, depuis le début de l’année, dans une phase de stress de marché qui touche tous les domaines. Le secteur bancaire a par exemple davantage perdu que les valeurs technologiques. Le premier réflexe des investisseurs est d’empocher les prises de bénéfices là où ils se trouvent et de se décharger des titres surreprésentés, comme c’est le cas pour la pharma et la technologie.» 

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Samy Chaar rappelle que le Nasdaq a enregistré un gain de 6% en 2015, essentiellement grâce aux performances des FANG, l’acronyme de Facebook, Amazon, Netflix et Google. Emblématique, le titre de Netflix, le géant de la vidéo en streaming, a plus que doublé sur 2015, avant de perdre 30% en ce début d’année. «L’actionnaire qui aurait acheté Netflix en janvier 2015 pour vendre maintenant a réalisé un gain de 80%. Les secousses actuelles correspondent à une correction liée à un climat de crainte généralisée.»

Un éclair de lucidité

Reste que ces doutes semblent provoquer un éclair de lucidité au sujet des licornes. Les observateurs multiplient les commentaires sur le décalage entre le potentiel de l’économie réelle et l’existence de plus de 150 sociétés à plus d’un milliard de dollars dans le monde. Ainsi, la licorne Etsy, site de vente en ligne de produits artisanaux, connaît une descente aux enfers. Le titre a perdu 77% de sa valeur depuis son entrée en bourse en avril 2015.

De peur de manquer le prochain Google ou Facebook, les sociétés de capital-risque ont démultiplié des montants concentrés sur quelques compagnies à fort potentiel et ont fait exploser le nombre de licornes. Comme le souligne Mark Rogowsky dans forbes.com, il n’y a guère à s’inquiéter pour les compagnies comme Uber et AirBnB, valorisées respectivement à 62,5 milliards et 25,5 milliards de dollars.

En revanche, les dizaines de sociétés qui constituent le second choix vont certainement laisser nombre de leurs actionnaires floués. Les professionnels du capital-risque parlent déjà d’un «Great Reset», une grande remise à zéro, pour décrire la période qui s’annonce. La fin d’une chimère davantage que d’une bulle boursière.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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