Bilan

Sa spécialité? Vendre ce qui est illiquide

Jonathan Sabbagh lance Fenrir Advisory Services à New York. Le Genevois est expert du marché secondaire des hedge funds, du private equity et de tous types d’actifs difficiles à écouler.

Jonathan Sabbagh maîtrise une spécialité pointue: les «side pockets».

Crédits: David Huc

Jonathan Sabbagh a 34 ans, mais il a déjà quinze ans d’expérience dans la finance. Le Genevois maîtrise une spécialité pointue sur les marchés financiers: les «side pockets», ou compartiments de fonds alternatifs créés pour regrouper les actifs les moins liquides. C’est ce type d’actifs qu’il traite sur le marché secondaire des hedge funds, un domaine très sophistiqué de l’investissement, qui consiste à trouver des acheteurs et des vendeurs de parts de fonds bloquées. En août dernier, Jonathan Sabbagh décide de lancer sa propre affaire et crée Fenrir Advisory Services, à West Broadway. Avec sa nouvelle société, il agira comme intermédiaire pour tous types d’actifs illiquides. Un domaine prisé.

C’est à 19 ans que l’aventure dans la finance démarre pour Jonathan Sabbagh, lorsqu’il décroche un stage chez Fundana Group, aux côtés de pointures de la gestion alternative. Le Suisso-Américain pensait alors partir ensuite étudier la production cinématographique à l’Université de New York. Mais Fundana l’engage comme analyste.

Il entre ensuite chez Pioneer Global Investments, qui ouvre une filiale à Genève en 2003. Puis il dirige durant deux ans le bureau genevois de la firme londonienne Threadneedle. Dès 2009, il rejoint le groupe Gottex pour y monter une filiale active dans le marché secondaire et la distribution de hedge funds. En 2011, il ouvre un bureau à New York pour cette entité très spécialisée de Gottex, avant de reprendre cet été cette part de marché pour la développer au sein de Fenrir Advisory Services.

Grâce à ses cinq années d’expérience, il place Fenrir parmi les leaders de ce marché. «Plusieurs acteurs étaient actifs sur ce marché il y a quelques années, mais on observe une consolidation», note-t-il. Le marché secondaire des parts de hedge funds, qui s’évaluait à 100 milliards en 2011, n’a pas encore réalisé tous ses actifs depuis la crise financière, estime le spécialiste.

«Il reste encore quelque 40 milliards d’actifs dans les side pockets, qui concernent environ 140 fonds, plus ou moins activement traités», affirme Jonathan Sabbagh. Il se rémunère en pour-cent de la valeur de la transaction. L’offre est limitée à terme, mais Fenrir est bien positionnée, ayant repris l’historique de Gottex. «Nous pouvons intervenir pour des transactions à partir de 1 à 10 millions, générer un prix pour une offre.»

Aujourd’hui, la base de vendeurs de parts se trouve principalement en Europe, et les fonds et les acheteurs sont plutôt aux Etats-Unis, résume-t-il. Dans l’immédiat, l’entrepreneur financier va engager une personne à Londres. Pour Jonathan Sabbagh, le marché des side pockets est un bon terrain d’apprentissage pour l’intermédiation sur les actifs illiquides en général.

Echapper aux contraintes 

Né après la crise de 2008, le marché secondaire permet à l’investisseur de revendre, à une décote raisonnable, ses parts de fonds à d’autres investisseurs, en dehors des contraintes de liquidités auxquelles il est soumis. Parmi celles-ci figuraient, dans l’après-2008, des périodes de remboursement restrictives imposées par les fonds, les fameux «gates» érigés par les gérants (limites sur le pourcentage du capital du fonds qui peut être retiré à une date de remboursement donnée), et les side pockets.

Un investisseur qui a vu ses parts bloquées dans un side pocket peut y rester plusieurs années; le marché secondaire lui offre une issue. Ce dernier permet aussi à l’acheteur d’acquérir des parts de fonds fermés, qui sont recherchés car gérés par des managers vedettes. Dans ce cas, la part s’achète à une prime. L’expertise acquise dans ce marché permet à Jonathan Sabbagh de se profiler comme le spécialiste de solutions de liquidités pour différentes classes d’actifs. 

Le marché des side pockets arrivera à terme un jour. C’est pourquoi le New- Yorkais d’adoption se lance déjà sur le marché secondaire du private equity (Limited Partnership Interests), mais également les «legal claims» et le private equity en direct. «Nous pouvons offrir la liquidité pour pratiquement tous les actifs.»  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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