Bilan

Reyl et Intesa Sanpaolo: l’exemple d’une consolidation logique

Le groupe bancaire genevois Reyl conserve 31% de ses actions tandis que le groupe financier italien Intesa Sanpaolo en a acquis 69%. L’opération est la suite logique d’un chemin emprunté par la finance depuis la dernière crise financière.

Crédits: AFP

Reyl gérait jusque-là quelque 13 milliards de francs d’avoirs sous gestion, Intesa Sanpaolo en avait cinq. L’union de ces deux groupes s’est fait avec pour objectif de compter davantage de masse sous gestion, et notamment pour franchir la barre des 20 milliards de francs.

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Jean-François Lagassé, associé responsable du secteur financier chez Deloitte en Suisse et expert en fusions et acquisitions, estime que cette acquisition s’inscrit dans une logique décidée depuis des années déjà. La dernière crise financière a entraîné un tri parmi les banques présentes en Suisse notamment. «La transparence fiscale et le renforcement sur la lutte en matière de blanchiment d’argent ont dévoilé un grand de cas problématiques sur ces deux sujets. Bon nombre de groupes internationaux se sont alors retirés à cause de ces problèmes réputationnels et la baisse de rentabilité de l’activité.» observe-t-il.

De quelque 296 banques en 2010 (hors banques cantonales), il y en a environ 222 à fin 2019. «Plusieurs de ces banques internationales ont vendu les activités ou réduit de manière significative leur activité de banque privée internationale. Les banques restantes ont dû s’adapter à l’accroissement significatif de la régulations et à la force du franc suisse et à la baisse des marges d’intérêt / intérêts négatifs. En effet, leurs revenus étant principalement basé sur ces avoirs en euro et en dollar, il y a eu une forte baisse des revenus, alors que l’accroissement de la réglementation à largement augmenter la base de coûts. Cet effet ciseau a entraîné une baisse de la profitabilité générale» analyse-t-il.

Les plus grandes banques privées ont pu profiter de ces «exit de marché» pour racheter leurs concurrents. Ces dernières n’avaient pas, pour la plupart, la taille critique nécessaire à la poursuite des activités de manière rentable. «Il fallait investir pour se mettre au niveau de la réglementation et il faudra investir en technologie pour améliorer l’efficience opérationnelle» précise Jean-François Lagassé.

La banque genevoise Reyl a connu une forte croissance au cours des dernières années. Il fallait cependant qu’elle aille plus loin, et elle ne pouvait le faire seule selon son directeur François Reyl, fils du fondateur Dominique Reyl. «Ce partenariat stratégique avec Intesa Sanpaolo nous permet non seulement de consolider la banque mais surtout de donner une forte impulsion à nos ambitions de croissance.» indiquait-il au moment de l’annonce de l’acquisition. Sa structure s’est développée sur un modèle de service holistique à une clientèle privée et institutionnels. «Ils proposent des services dans les domaines du conseil et de l’investissement à l’intention d’une clientèle privée et institutionnelle. Le Groupe Reyl se distingue par son esprit entrepreneurial et responsable et sa quête constante d’innovation» affirme Jean-François Lagassé. Le groupe italien espère de son côté croître et s’offrir la connaissance d’une banque privée suisse. «La transaction est différente des autres, qui se traduisent souvent par un rachat de 100% du capital-action.» continue Jean-François Lagassé. «La répartition de 69% et 31% permet aux deux entités d’aligner leurs intérêts et poursuivre la croissance.» François Reyl l’expliquait encore lors de l’annonce, en confirmant “le degré d'autonomie important de l'équipe dirigeante actuelle.»

Consolidation, encore et encore

Genève et Zurich demeurent des places financières cruciales. De nombreux experts de la finance s’attendent à une continuation de la consolidation bancaire. «Sur la centaine de banques sorties du marché ou ayant fusionné ces 10 dernières années, nous avons travaillé sur environ la moitié d’entre elles” explique le conseiller de Deloitte. «Je vois la tendance continuer ces prochaines années. Plusieurs autres négociations sont en cours» confie-t-il. C’était d’ailleurs un grand sujet de discussion lors d’une conférence tenue par Bank of America au mois de septembre. Quelques jours seulement après les rumeurs de fusion entre UBS et Credit Suisse, les directeurs de ces deux banques helvétiques étaient présents au même événement. Sergio Ermotti, CEO de la banque à la clé, affirmait que les régulateurs n’allaient pas s’opposer aux fusions. Chaque fusion et acquisition doit cependant apporter une valeur ajoutée au marché. Selon Finews, Thomas Gottstein était tout aussi mesuré dans son discours. Il s’attend à une consolidation en raison de la diminution des marges et des intérêts négatifs. «Il mentionne que beaucoup de marché comptent trop de banques.»

L’autorité qui régule ces grandes fusions et acquisition européennes n’est autre que la Banque centrale européenne (BCE) - (FINMA pour la Suisse). Sur son site, elle explique les points-clés pour donner le feu vert. «Les autorités de surveillance évaluent la viabilité à long terme de l’accord conclu par les banques, qui doit permettre au groupe bancaire ainsi créé de respecter de façon continue l’ensemble des exigences prudentielles dans un avenir proche.» Le modèle d’activité, les niveaux de liquidité et de fonds propres ou encore la gouvernance sont passés à la loupe.

La BCE se doit d’être neutre. Elle précise encore que «la consolidation bancaire peut contribuer de manière décisive à résorber les capacités excédentaires, à accroître l’efficience en termes de coûts et à promouvoir des modèles d’activité mieux définis et plus crédibles. La consolidation transfrontière, quant à elle, pourrait par ailleurs favoriser une plus grande diversification des risques et approfondir l’intégration du marché financier, qui est un objectif essentiel de l’union bancaire.»

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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