Bilan

Réseaux sociaux: faut-il craindre la bulle?

Certains investisseurs s’inquiètent des montants faramineux avancés ces derniers temps pour racheter des sociétés internet. Pour les experts, ces firmes recèlent toujours du potentiel.
  • Wall street, le 18 mai 2012, lors de l’IPO de Facebook. Sa valorisation astronomique a fait couler beaucoup d’encre.

    Crédits: Paul Taggart/Corbis
  • Bolko Hohaus, gérant: «Les valorisations sont raisonnables en regard des taux de croissance.»

    Crédits: Dr
  • Le siège du chinois Tencent à Shenzhen. Le groupe affiche une croissance de 3000% depuis 2004.

    Crédits: Bloomberg/Corbis

Les réseaux sociaux se sont implantés dans l’histoire de l’humanité et ne sont pas près de s’envoler! En effet, les Facebook, LinkedIn et autres YouTube et Twitter font partie du quotidien. On poste, on partage, on discute online. Les nouveaux médias ont révolutionné l’internet, l’industrie musicale, et même l’accès aux news.

Parmi les géants bien ancrés, Facebook constitue le plus important à l’échelle de la planète. La société prouve que son modèle d’affaires génère des bénéfices et compte pas moins de 1,4 milliard d’utilisateurs au début 2014. Avec le rachat de WhatsApp en février dernier, la firme américaine acquiert une manne précieuse de nouveaux utilisateurs et montre à quel point les données brutes ont une valeur.

Ces réseaux communautaires, qui ont donné naissance à d’énormes sociétés, disposent de possibilités de développement gigantesques. En plus d’établir des liens entre individus, ils concernent aussi d’autres activités, comme celles des chats, des jeux, de la musique, des images et des vidéos. En parallèle, on assiste donc à l’émergence d’une quantité de nouveaux acteurs gravitant autour des nouveaux médias. 

Autre trait de caractère, tout va très vite dans cet univers régi par la publicité en ligne. Par exemple, on estime que Facebook récolte 1,7 dollar par utilisateur mensuel actif et qu’elle devrait atteindre quelque 5,6 milliards de dollars de revenus en lien avec les annonces sur le web en 2015.

Un retour de la bulle internet?

Dans le domaine, il y a bien sûr des gagnants et des perdants. En revanche, ceux qui raflent la mise sont des rois. Le chinois Tencent a grandi à un taux de 3000% depuis 2004 et constitue désormais l’une des plus grandes sociétés internet du monde. Parmi leurs particularités, les réseaux sociaux affichent un profil de croissance élevé sur les dernières années. Google a par exemple triplé son cours depuis 2005.

A titre comparatif, Twitter affiche une performance de 144% et LinkedIn de 88% en 2013 alors que le Nasdaq n’atteint que 38%. En outre, le compartiment technologie du même indice réalise une performance encore inférieure, à 32%. 

«Nous n’avons pas une vision statique de la valorisation, car il nous paraît plus pertinent de la mettre en rapport avec le potentiel de croissance des bénéfices sur la durée. Le multiple des bénéfices ne nous paraît pas absurde dans cette optique», explique Jean Médecin, membre du comité d’investissement de Carmignac Gestion.

Ce dernier insiste sur l’importance de la qualité du management. En effet, certaines sociétés comme Myspace ont disparu de la circulation après avoir été rachetées par News Corp, car elle avait perdu sa capacité à se développer avec la nouvelle direction en place. Pour les mêmes raisons, Apple a dû fermer un réseau dédié à la musique appelé Ping. A cause du rythme accéléré des rachats pour des montants de plus en plus faramineux, certains agitent le spectre de la bulle spéculative, par analogie avec la bulle des «dotcoms» du début de ce siècle.

Or le contexte actuel est différent. Les sociétés issues du web sont plus solides qu’auparavant. Elles offrent des business models sérieux qui réalisent quand même des millions de chiffres d’affaires. «Nous ne sommes pas dans une situation de bulle comme ce fut le cas dans les années 2000. Les valorisations sont raisonnables en regard de la croissance des firmes et de leur propension à générer des cash-flows. Bien sûr, on observe que certaines sociétés montrent des signes de surévaluation. Par exemple, Twitter a intégré trop de bonnes nouvelles dans son cours», confie encore Bolko Hohaus, gérant de LO Funds-Technology. Ce dernier prévoit encore plus de croissance lorsque les modèles d’affaires sont innovants.

Dans ce contexte, un accident dans la vie du titre aura forcément plus d’impact boursier. Si une action comme Facebook devait dévisser de plus de 20%, cela ne signifierait pas forcément un déclin à long terme. Cette chute pourrait par exemple résulter du fait que les investisseurs n’acceptent pas d’attendre les résultats de la société à long terme. 

Plusieurs analystes relèvent que dès qu’une entreprise présente un résultat en dessous des prévisions, même de peu, le marché réagit très vite. Globalement, les actions des réseaux sociaux se paient nettement plus cher qu’une valeur technologique. Il s’agit de choisir son moment pour les acheter.

Ainsi, les actions des «social medias» ont le potentiel pour réaliser des marges faramineuses. Elles suscitent l’intérêt sur du long terme. «A un horizon de six mois, leurs cours pourraient être vulnérables, car elles sont soumises à de très grandes espérances de la part des investisseurs. Les ventes de Facebook sont attendues en hausse de 22% pour 2014. De son côté, Twitter risque de louper de peu le niveau de prévisions attendu», explique Uwe Neumann, analyste actions technologie et telecom à Credit Suisse.

Un rachat pour se réinventer

Les transactions sont courantes dans le monde des médias connectés et des messageries web. Après la reprise de Viber et ses 300 millions d’utilisateurs pour 900 millions de dollars par le japonais Rakuten, la société de Mark Zuckerberg a payé 19 milliards de dollars pour WhatsApp, financée aux deux tiers par des actions de l’acquéreur. Cela correspond à un coût de 40 dollars par utilisateur. La croissance de la messagerie instantanée est phénoménale, avec 450 millions de membres mensuels dont 70% sont actifs quotidiennement.

Elle dégage pourtant peu de revenus (l’application est gratuite pendant un an). Parmi les motifs qui expliquent cette opération, on évoque le besoin d’attirer plus de jeunes et de se positionner sur les marchés émergents, deux zones dans lesquelles WhatsApp est bien placé.

La somme versée est énorme et certains investisseurs ne comprennent pas un tel coût. Microsoft avait déjà dépensé 8,5 milliards de dollars pour acheter Skype, et Yahoo! 1,1 milliard pour Tumblr. «En revanche, à long terme, cette fusion peut rapporter, lorsque la publicité sera intégrée au modèle de WhatsApp, qui n’en contient pas encore. Les résultats devraient être pleinement visibles d’ici à 2016-2017», relève Uwe Neumann. De nombreuses questions restent encore en suspens sur la manière dont Facebook va intégrer les annonces dans son acquisition.

En revanche, si le groupe de Mark Zuckerberg est prêt à dépenser de telles sommes, on peut imaginer qu’il valorise ces données comme de l’or, car elles sont déterminantes pour faire de la publicité ciblée ou du Big Data (grosses données).

Des relais de croissance rapides

Dernièrement, Facebook a perdu des parts de marché auprès des jeunes utilisateurs et Twitter a déçu avec des résultats légèrement inférieurs aux prévisions. Face à ces ralentissements de croissance, la politique de rachat est une manière pour ces entreprises de se développer très vite en étoffant leur offre de service.

Acquérir un relais de croissance en externe s’avère souvent plus rapide que d’en développer un dans ses propres murs. «Il s’agit de trouver des sociétés qui sont à la mode et de ne pas attendre que les choses se passent», explique Yves Gallati, analyste chez Syz Asset Management.

Google avait opté pour développer en interne son réseau social et, finalement, n’a pas réussi. Les leaders de ces nouveaux médias achètent vite, s’ils trouvent leur bonheur sur le marché et s’ils arrivent à intégrer les nouvelles applications à leur structure. Après avoir investi dans deux acquisitions majeures, Instagram (1 milliard de dollars en 2012), qui permet l’échange de vidéos en plus des messages photos, et WhatsApp cette année, Facebook est devenue bien plus qu’un simple network pour la société.

Elle s’est transformée en un conglomérat qui croît à grande vitesse dans un nouveau secteur en pleine création: la communication entre les individus à travers la planète. «Plus une entreprise internet détient une part de marché importante, plus elle pourra obtenir un effet de levier avec l’acquisition de nouvelles compétences dans son business», confie Jean Médecin.

L’objectif de ces rachats est d’augmenter le temps passé online par les utilisateurs. Il s’agit d’un véritable effet de levier qui accroît leurs chiffres d’affaires. Ainsi, ces sociétés liées à l’interconnectivité doivent proposer une offre attractive d’applications pour capter l’attention du public.

Un business qui doit s’adapter vite

De nombreux analystes voient une grande possibilité de développement dans les entreprises des réseaux sociaux. La plus grande partie de leurs revenus provient de la publicité dont elles ont révolutionné le fonctionnement.

Pour Facebook, deuxième vendeur mondial en ligne dans ce secteur, elle peut être soit classique via des bannières ou ciblée en fonction de mots-clés en lien avec les intérêts du public. Pour sa part, Google référence les internautes en fonction de leurs recherches, et les frais publicitaires sont facturés uniquement lorsque l’utilisateur clique sur le lien mis en évidence sur chaque page.

«Les plates-formes comme Google permettent de monétiser une page web via l’intérêt du lecteur. Le retour sur investissement est de pratiquement 100%», explique Yves Gallati. Il s’agit d’un marketing basé sur la performance et qui devient intéressant quand la masse de destinataires est conséquente.

Certes, les business models, qui s’appuient sur la valorisation du nombre d’utilisateurs, peuvent parfois être fragiles et vite déstabilisés, car ils dépendent des comportements des communautés. Or ces derniers peuvent varier très vite avec l’arrivée d’une nouvelle tendance.

Il s’agit dès lors de savoir si ces entreprises peuvent s’adapter à un environnement très changeant. Jadis pionnière, Yahoo! a beaucoup perdu de parts dans le marché online et n’a pas réussi à se repositionner sur la tendance des médias sociaux. «Pour l’investisseur, il faut donc en tenir compte, rester prudent et sentir les nouveautés. Cette industrie évolue énormément, son potentiel de croissance est très important. Par exemple, Facebook affiche une croissance annuelle de 40%», relève le gérant de LO Funds-Technology. Si on investit dans ces réseaux internet, mieux vaut diversifier son risque et pratiquer une gestion active.

Tendance: valorisation par l’internet mobile

L’emploi sans cesse accru des smartphones a créé de nouvelles utilisations. En effet, le taux de pénétration auprès du public sur le marché des téléphones mobiles et autres tablettes augmente sans fin. D’ailleurs, l’emploi du web sur mobile surpasse de nos jours celui sur ordinateur. La mobilité offre un potentiel précieux aux réseaux sociaux dont la majorité des utilisateurs sont actifs sur ces types de plates-formes. 

Facebook en a d’ailleurs fait une de ses priorités. Ainsi, la société réalise la plus grande part de ses profits grâce à la publicité via la téléphonie mobile. Cette dernière constitue 70% du chiffre d’affaires de Twitter. Elle détient une forte croissance par année, nettement plus élevée que celle des canaux traditionnels que sont la télévision, la radio ou la presse. Ce contexte a engendré la création de sociétés du web dédiées aux smartphones.

Pour le futur, les médias sociaux s’intéressent à de nouveaux secteurs comme l’immobilier ou l’éducation. La géolocalisation constitue également un atout. Une application comme Foursquare permet par exemple de retrouver des contacts dans les environs.  

Patricia Meunier

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