Bilan

Rendements nuls: le 2e pilier en péril?

Les taux d’intérêt très bas, voire négatifs, mettent les caisses de pension à rude épreuve. Mais une enquête montre qu’elles pourraient tenir cinq ans sans faillir à leur mission.

Le spécialiste Stéphane Riesen s’attend à une baisse du taux d’intérêt minimal pour 2016.

Crédits: Dr

Alors que les obligations de la Confédération à dix ans offrent un rendement négatif, que le franc reste fort et que les caisses de pension subissent des intérêts négatifs sur les liquidités en francs, les institutions de prévoyance s’attendent à une année difficile pour la performance de leur fortune. Pis: si l’environnement de taux d’intérêt très bas se prolonge, elles craignent une dégradation structurelle de leur situation financière.

Et les cris d’alarme de se multiplier. Directeur de l’ASIP (Association suisse des institutions de prévoyance), Hanspeter Konrad a dès le mois d’avril suggéré sans succès à la BNS d’exonérer les caisses de pension de la ponction des intérêts négatifs. Depuis, le Conseil des Etats a voté un postulat demandant au Conseil fédéral d’examiner les conséquences des intérêts négatifs sur l’économie suisse, notamment sur les institutions de prévoyance.

Le 2e pilier serait-il pris dans un piège l’empêchant à terme de faire ce pour quoi il a été créé: servir une rente vieillesse assurant, de concert avec celle de l’AVS,
le maintien du niveau de vie à la retraite?

On est loin d’un tel scénario catastrophe. D’une part, parce que le taux d’intérêt minimal qui doit être crédité sur la partie de l’avoir de vieillesse de chaque assuré correspondant à la LPP – la prévoyance professionnelle obligatoire – est fixé chaque automne par le Conseil fédéral pour l’année à venir. Ce taux minimal est de 1,75% pour 2015, mais «on peut s’attendre que le Conseil fédéral opte pour un taux nettement plus bas en 2016», indique Stéphane Riesen, expert agréé en prévoyance professionnelle, directeur de Pittet Associés à Lausanne.

De plus, lorsqu’elles peinent à obtenir un rendement correct, «les caisses de pension peuvent momentanément ne créditer aucun intérêt sur la partie surobligatoire des avoirs de vieillesse de leurs assurés», rappelle cet expert. Or, à la fin du 1er trimestre 2015 – soit en intégrant le choc provoqué par la décision de la BNS de supprimer le taux plancher du franc face à l’euro et de prélever des taux d’intérêt négatifs sur les liquidités – l’indice Credit Suisse des caisses de pension était encore à 154,53 points (base 100 en 2000). C’est-à-dire bien au-dessus des 146,8 points qu’il devait atteindre au minimum à la même date sur la base du cumul des taux d’intérêt minimums LPP depuis l’année 2000.

Règle d’or respectée

En outre, selon une enquête de Swisscanto, le taux moyen de couverture au 31 décembre 2014 était de 115,9%. Les caisses disposaient donc d’une fortune supérieure de 15,9% à celle strictement nécessaire pour servir les rentes en cours et les libres passages. Elles devraient donc pouvoir traverser quelques années avec un rendement nul; en moyenne, environ cinq ans pour celles ayant un taux technique de quelque 3% et plus d’actifs que de rentiers.

Ce passage sera en effet plus aisé à traverser pour les caisses comptant peu de rentiers, puisque les institutions de prévoyance disposent de plus de souplesse pour la rémunération des avoirs de vieillesse des actifs que pour celle des rentiers qui correspond au taux technique qui était en vigueur au moment du calcul des rentes.

Quelques années de rendement très faible sur la fortune des caisses de pension n’auraient pas d’impact sur le pouvoir d’achat à la retraite des assurés encore jeunes
si la règle d’or reste respectée. Celle-là postule que le taux de rendement de la fortune de la caisse de pension évolue au même rythme que les salaires. Ce pour que le cumul de la rente LPP et de la rente AVS représente 60% du dernier salaire assuré. Or l’augmentation des salaires devrait être plus que modérée ces prochaines années alors que la BNS s’attend à une «inflation négative» en 2015 et 2016.

Les caisses de pension devraient donc pouvoir rester garantes du maintien du pouvoir d’achat de leurs futurs retraités, pour autant qu’un krach boursier ne complique pas encore la donne.

Geneviève Brunet

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