Bilan

Rendements 2019: qui en bénéficiera?

Avec des rendements compris entre 10 et 15%, l’année écoulée a été excellente pour les caisses de pension. Mais seuls les assurés disposant d’un plan 1e en profiteront directement.

Crédits: Colin Anderson Productions/Getty images

Les rendements des institutions de prévoyance (IP) sont excellents pour l’année 2019: la plupart des caisses de pension annoncent des rendements compris entre 10 et 15%. Les assurés actifs profitent-ils pleinement de ces bonnes performances sur leurs avoirs de vieillesse ou la rémunération des capitaux d’épargne des actifs reste-t-elle freinée par la constitution des réserves de fluctuation de valeur et la rémunération nécessaire pour les rentiers? C’est vraisemblablement la seconde option qui s’applique à la majorité des assurés. Mais pour un petit nombre d’entre eux, une alternative existe pour profiter entièrement des rendements: le modèle des plans 1e.

Avec ce type de plan, l’assuré peut choisir la stratégie de placement appliquée à son avoir de prévoyance (parmi 10 stratégies au maximum, dont au moins une à faible risque). Il bénéficie des performances réalisées, sans devoir constituer de réserves séparées. Au moment où l’assuré quitte l’IP, le résultat des placements de la stratégie choisie est imputé à son avoir de prévoyance, qu’il s’agisse de gains ou de pertes!

Les plans 1e ne sont cependant pas accessibles à tout le monde. C’est uniquement pour la partie de salaire supérieure à 127 980 francs que les institutions de prévoyance peuvent proposer des stratégies de placement différentes dans le cadre d’un même plan de prévoyance (art. 1e OPP2).

Ces plans 1e existent depuis 2006, cependant l’offre pour cette catégorie n’a pris de l’ampleur que depuis 2017. Auparavant, les IP devaient encore garantir le versement d’un minimum à la sortie d’un assuré d’un plan 1e. L’assuré était ainsi protégé au détriment de l’IP en cas de pertes boursières importantes.

Quel horizon de temps?

Généralement, plus une stratégie d’investissement est risquée, plus elle est associée à un horizon d’investissement à long terme. En effet, si les actions offrent d’excellentes perspectives de rendement sur de longues périodes, il est en revanche possible qu’il faille plusieurs années avant d’effacer les pertes d’un krash boursier. Si l’assuré a besoin immédiatement de son avoir de prévoyance pour vivre, il risque de devoir «vendre à perte» les titres dans lesquels il est investi, sans aucune chance de récupérer par la suite lors d’un rebond des actions.

Typiquement, il peut être audacieux de s’engager dans une stratégie de placement «risquée» peu de temps avant la retraite, si l’assuré aura besoin à ce moment-là du capital accumulé pour remplacer son salaire et couvrir ses dépenses courantes.

En revanche, s’il a les moyens financiers de couvrir la plupart de ses dépenses avec d’autres revenus (rente AVS, rente LPP de base), il pourra garder ses avoirs investis en titres après sa cessation d’activité, le temps que les marchés se reprennent.

Un assuré plus jeune, qui a encore de longues années avant la retraite, bénéficie en principe d’un horizon de temps suffisant et donc d’une bonne capacité à assumer des risques.

On oublie cependant souvent qu’en quittant son employeur avant la retraite, volontairement ou non, l’assuré peut aussi être confronté à une vente de ses titres à un moment inopportun. S’il ne retrouve pas une nouvelle proposition de plan 1e similaire auprès de son nouvel employeur, l’assuré peut se voir forcé de réaliser des pertes. Une motion (déposée par le conseiller national Thomas Weibel) propose de protéger l’assuré dans cette situation en lui octroyant la possibilité de laisser, pour un maximum de deux ans, son avoir 1e sur un compte de libre passage géré avec une stratégie de placement similaire. L’assuré bénéficierait donc de l’espoir que la bourse remonte pendant cette période relativement courte, mais il devrait surveiller de près les marchés financiers afin de déterminer du moment le plus favorable pour vendre son investissement.

Bien comprendre le risque

Outre les imprévus professionnels et de santé, les considérations temporelles et la volatilité des marchés financiers, les assurés qui doivent choisir la stratégie de leur plan 1e devraient s’assurer de disposer de certaines connaissances financières, d’évaluer leur intérêt à suivre l’évolution des marchés, et de ne pas négliger leurs réactions pour affronter les aléas boursiers en cas de crise: il faut avoir les nerfs solides pour ne pas vendre lorsque les marchés sont au plus bas dans la tourmente.

C’est une des raisons pour lesquelles l’application des plans 1e reste marginale en Suisse actuellement, et que la loi la confine principalement aux plans de cadres, pour une part de revenu qui excède les besoins de base. Le plus grand nombre des assurés n’y ont pas accès à ce jour. Leur prévoyance leur offre ainsi une garantie d’un intérêt minimal, mais durant les bonnes années, une grande part des rendements est consacrée à la constitution des réserves de fluctuation de valeurs.

Et pour les bas revenus?

Y aura-t-il une pression pour que les plans 1e deviennent accessibles à un plus grand nombre? La prévoyance suisse va-t-elle suivre la tendance internationale des modèles anglo-saxons qui reportent les résultats boursiers, aussi bien positifs que négatifs, sur les assurés? Suivre ce chemin signifierait vraisemblablement des prestations sous forme de capital plutôt qu’en rente, accepter une certaine volatilité, une très forte individualisation de la prévoyance et la disparition de certaines solidarités. Est-ce vraiment souhaitable?

* GiTeC Prévoyance

Myriam Blanc*

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