Bilan

Ray Dalio prophétise une récession américaine

À l’occasion d’une conférence donnée à Harvard le 21 février 2018, le gérant alternatif Ray Dalio a estimé à 70 % la probabilité de voir une récession sur le sol américain ces deux prochaines années. Retour sur l’une des personnalités les plus suivies du monde la finance.

Ray Dalio s'est montré plutôt optimiste sur l'évolution des marchés en janvier dernier lors du World Economic Forum de Davos.

Crédits: Reuters

Avec 160 milliards de dollars sous gestion, Bridgewater Associates est le plus gros hedge fund au monde. Fondé en 1975 par l’anticonformiste Ray Dalio, ce dernier est l’un des rares à avoir prédit la crise de 2008. Il réalise à l’époque une performance de 10% avec son fonds «Pure Alpha», quand l’ensemble des marchés dévissaient. Depuis lors, toutes ses interventions sont scrutées par les investisseurs.

Lire aussi: Les hedge funds en panne de rendement

En septembre 2013, il publie une vidéo sur YouTube qui totalise plus de 5 millions de vues, pour expliquer au grand public, sa vision de l’économie. Il insiste sur l’importance des trois forces qui structurent l’économie: la productivité, le cycle des dettes à long terme, et le cycle des dettes à court terme. Pour Dalio, la crise de 2008 marque le pic du cycle des dettes à long terme. Pour mener un bon désendettement, il évoque les quatre mesures que les Etats doivent mettre en place: l’austérité, la redistribution des richesses, la restructuration de la dette et la planche à billets.

Les spécialistes l’auront deviné, en tant qu’investisseur, Ray Dalio suit une approche «global macro». Il cherche à déceler et jouer les grandes tendances de l’économie plutôt qu’à réaliser une sélection d’actions performantes. La récente vente à découvert de Bridgewater Associates en est la parfaite illustration. Cette opération qui consiste à vendre un titre dans l’idée de le racheter à plus bas prix et d’empocher la différence s’élève cette fois-ci à 22 milliards de dollars. Le fonds spéculatif de Westport est «short» sur des entreprises aussi variées que Total en France, Intesa Sanpaolo en Italie ou Daimler en Allemagne. Les montants et les entreprises ciblés ont dû être révélés en raison de la législation européenne.

Optimiste sur le marché à court terme

Pour autant, il est impossible d’en conclure pour le moment si le fonds est pessimiste de manière générale sur l’Europe. En effet, selon Jonathan Sabbagh, directeur chez Element Group, entreprise de conseil en actifs digitaux, «la vente à découvert peut également être un moyen pour un gérant de couvrir un portefeuille long temporairement». À l’approche des élections italiennes qui se tiendront le 4 mars et le possible succès du Mouvement 5 étoiles, Bridgewater Associates pourrait chercher à se couvrir contre une éventuelle baisse du marché européen.

Durant le sommet de Davos en janvier dernier, Dalio mettait en garde la FED contre un relèvement trop brutal des taux directeurs. Cela aurait pour conséquence selon lui une baisse générale des actifs financiers. Il restait cependant optimiste sur l’évolution du marché à court terme: «Si vous êtes en cash, vous allez vous sentir très stupide», en faisant référence aux financiers non investis.

Seulement, quelques jours plus tard, les marchés ont enregistré début janvier une forte baisse. Pas toujours facile de s’y retrouver, en tant qu’investisseur parmi les positions des génies du marché. Pour Nicolas Danet, collaborateur chez MainFirst, boutique de gestion active basée à Zurich: «Il est difficile de faire des prévisions de marché. Au lieu d’essayer d’anticiper la prochaine baisse, le commun des mortels devrait orienter son portefeuille sur le long terme et profiter des fluctuations pour acheter à meilleur prix.»

Si l’approche dite top-down semble plus complexe et théorique que l’approche dite bottom-up, il semblerait que Dalio l’ait définitivement dompté durant ces quarante dernières années. Selon LCH Investment, Brigdewater Associates en 2017 est le hedge fund qui depuis sa création a fait gagner le plus d’argent à ses clients. Avec 50 milliards de dollars de performance totale, il devance Soros qui affiche 43 milliards de gains.

Lire aussi: La récession plus douloureuse que prévu pour les voisins de la Russie

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."