Bilan

Quels actifs choisir en cette période de forte incertitude?

Comment sélectionner au mieux les actions à privilégier en ces temps troublés par la pandémie de Covid? Quelles sont les stratégies à adopter pour faire fructifier son argent? Conseils d’experts en trois points.

  • Parmi les opportunités citées par les experts: Burckhardt Compression (ci-contre) à Winterthour, qui fabrique des compresseurs à pistons...

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  • ... et Holcim, actif pour de grands chantiers comme le tunnel d’Eppenberg.

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  • Le recours accru à Internet a favorisé le groupe Amazon.

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«Dans le contexte d’incertitude généralisée que nous vivons depuis 2020, l’investisseur doit miser sur le long terme.» Gérante de fonds senior chez Bruellan, Anick Baud pondère: «A la bourse, le rêve de nombre d’entre nous est sans doute de réaliser rapidement des bénéfices substantiels. Mais après dix ans de hausse quasi ininterrompue du marché, tout achat d’action au hasard devient extrêmement risqué. Il ne s’agit pas d’un casino.»

Certes, nul besoin de s’étendre sur l’instabilité qui règne actuellement. Nouveaux variants du Covid, chaotique fin de mandat pour le président américain Trump et début sous haute tension pour son successeur Joe Biden, semi-confinement helvétique jusqu’à la fin février. Il y a de quoi perdre durablement confiance dans la rationalité et la prévisibilité de ce monde. A une autre époque, un tel environnement défavorable aurait fait bondir le marché des obligations, offrant davantage de sécurité. Mais en cette période de taux plancher, voire négatifs, cette option ne présente guère d’intérêt. Anick Baud explique que «pour l’heure, le marché des actions constitue le choix le plus sensé pour l’investisseur, en raison du manque d’attractivité des obligations et aussi dans la perspective d’un rebond des bénéfices attendus des sociétés. De plus, les dividendes versés par une grande majorité des entreprises suisses constituent un rendement intéressant et quasi sûr, indépendamment de l’évolution de leur cours en bourse.»

Or, les différents marchés des actions paraissent chers, indique Nicolas Bürki, analyste gérant chez Mirabaud Asset Management. «Les indices boursiers ne sont pas très loin de leur plus haut historique, car les investisseurs ont anticipé une reprise économique pour 2021 à 2022. Cet optimisme est alimenté par l’arrivée de vaccins contre le Covid, les plans de relance des gouvernements et le soutien monétaire des banques centrales.» D’où l’importance de bien choisir ses placements. Les conseils des experts.

1. Sur quelles grandes compagnies miser?

«Certes, les prix à la bourse sont très élevés. Mais il existe des opportunités, à condition de gratter un peu», sourit Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners. L’année 2020 a été marquée par l’envolée des titres liés à la technologie, car la pandémie de coronavirus a engendré un recours accru à internet (Amazon: +74%, Google: +31%, Apple: 82%, Netflix: +41%). En 2021, les actions qui présentent le meilleur potentiel sont celles susceptibles de bénéficier d’une reprise cyclique. Nicolas Bürki voit ainsi des opportunités dans la construction et les matériaux, de même que dans l’industrie et la finance. Jérôme Schupp creuse le même sillon: «Le cimentier LafargeHolcim a fait de gros efforts pour diminuer ses coûts. Aux premières loges pour bénéficier des investissements dans les infrastructures, le groupe franco-suisse réunit les conditions nécessaires à un effet de levier. La progression du chiffre d’affaires peut décoller sans que les charges s’alourdissent, propulsant les bénéfices vers le haut.» L’analyste ajoute: «Dans la finance, Credit Suisse, UBS et Julius Baer se révèlent aujourd’hui bon marché par rapport à leur rentabilité. Il en va de même pour Zurich Group et Swiss Re, dans les assurances.» Conseiller en investissement chez Gonet & Cie, Jean Frédéric Nussbaumer renchérit: «Les actions financières sont avantageuses. Leurs prix se traitent à des multiples de bénéfices estimés plutôt bas. Parallèlement, les sociétés d’assurance offrent des rendements de dividendes très élevés.»

Par ailleurs, les grands noms de la pharma absents du pipeline des vaccins restent à des coûts très raisonnables, mentionne Jérôme Schupp. «Roche et Novartis ont comme principaux débouchés les Etats-Unis et l’Union européenne. Du moment que les perspectives sont positives sur ces marchés, les titres des géants bâlois semblent vraiment intéressants. Cette remarque est également valable pour les compagnies américaines Merck et Johnson & Johnson.»

2. Les meilleures «small et mid caps»

Spécialiste des petites et moyennes capitalisations (small and mid caps), Anick Baud remarque: «L’action Logitech a doublé en 2020, mais elle reste intéressante même à ce prix. La qualité de son modèle d’affaires et les perspectives d’un monde où le télétravail va perdurer prêchent en faveur de l’entreprise.» Selon cette experte, les sociétés de l’indice des «small and mid caps» (SPI Extra) sont souvent plus jeunes et plus dynamiques que les 20 poids lourds réunis dans le SMI (Nestlé, Novartis, Roche, etc.). «Ces petites entités présentent souvent de beaux potentiels de croissance. Les plus innovantes occupent des niches où elles dominent 60 à 80% du marché mondial.»

Dans ce créneau s’illustre par exemple le fabricant saint-gallois de microvannes à vide VAT Group, déclare Anick Baud. Depuis son entrée en bourse en 2016, la firme enregistre une progression annuelle moyenne supérieure à 10%. Les prévisions de croissance de l’industrie des semi-conducteurs, dont VAT est un fournisseur privilégié, permettent de tabler sur 1,1 milliard de francs de recettes à l’horizon 2025. Le titre a déjà gagné quelque 50% en 2020 et devrait continuer à grimper. Toujours dans le canton de Saint-Gall, le producteur de matériaux composites Gurit a notamment pour client le secteur prometteur de l’éolien. Le site simplywall.st présentait, au début janvier, cette firme comme une excellente affaire à son prix actuel. Burckhardt Compression, à Winterthour, faisait aussi l’objet d’une recommandation de la même source. Cette firme produit depuis 1844 des compresseurs à piston servant notamment à liquéfier le gaz afin de le transporter.

Reste que ces petites entreprises s’avèrent très discrètes. Difficile pour le non-spécialiste d’identifier ces perles, mais il existe un éventail de fonds spécialisés dans les «small and mid caps» helvétiques. Renseignez-vous auprès de votre banque.

«La forte valorisation du franc liée à son statut de valeur refuge a contraint les sociétés suisses à devenir hyperperformantes, en termes d’innovation comme de rationalisation des coûts. Investir dans des actions nationales permet par ailleurs d’éviter les risques de change. En acquérant des parts de sociétés suisses, les investisseurs s’exposent en outre à la croissance économique mondiale, car l’industrie helvétique est essentiellement exportatrice», souligne Anick Baud.

3. Faut-il acheter de l’or?

«La visibilité va rester faible ces prochains mois. Dans un tel climat, il faut impérativement diversifier son portefeuille, car toutes les classes d’actifs sont sous pression. L’or constitue un bon élément de protection face à une dévalorisation du dollar. Investir dans le métal jaune doit être une décision prise sur le long terme car son cours se montre particulièrement volatil», conseille Jérôme Schupp. Jean Frédéric Nussbaumer rappelle: «L’or a joué un rôle assez fort début 2020. Aujourd’hui, le regain de confiance lié à la vaccination le rend un peu moins attractif mais toujours intéressant à moyen/long terme.»

Quant à lui, Nicolas Bürki détaille: «Notre recommandation est neutre sur les métaux précieux mais surpondérée en métaux industriels.» La perspective d’une prochaine reprise globale et les investissements annoncés dans les infrastructures (Etats-Unis, Chine) doivent en effet doper la demande, notamment en minerai de fer. La lutte contre les émissions de CO2 stimule de son côté les cours de matériaux utilisés dans les technologies électriques et solaires comme le cuivre, le nickel, le cobalt, le lithium et l’aluminium.


Placer son 3e pilier en actions

Les mérites fiscaux du 3e pilier de prévoyance vieillesse sont largement connus.

Pour 1000 francs versés, l’économie d’impôt se situe entre 200 et 400 francs en fonction du revenu et du lieu de domicile, synthétise le portail financier VermoegensZentrum.ch (VZ).
Les personnes actives affiliées à une caisse de pension peuvent ainsi verser jusqu’à 6826 francs annuels sur ce compte bloqué jusqu’à la retraite. Or, les banques versent actuellement des taux d’intérêt quasi nuls pour les comptes 3a. Il est intéressant de se tourner vers des titres boursiers. La même société de conseil fait le calcul suivant: prenons un épargnant qui a versé chaque année durant vingt-cinq ans le maximum légal. Avec un compte 3a portant intérêts, son avoir atteindrait dans les conditions actuelles près de 195 000 francs. Avec une solution investie à 40% dans des actions, il aurait accumulé quelque 38 000 francs supplémentaires, avec 1,5% de frais annuels. Gérés passivement, les fonds ETF et autres fonds indiciels constituent les solutions les moins chères en frais. Enfin, une astuce. Celui qui ferme un compte 3a doit en retirer la totalité. Ouvrez donc deux ou trois comptes 3a, afin de pouvoir échelonner les retraits et alléger votre fiscalité.


Des Suisses friands de liquidités

La Suisse est un pays d’épargnants, indique une récente étude européenne d’AXA Investment Managers. Quelque 86% des sondés helvétiques détiennent un compte épargne, 43% ont une assurance vie et 31% font des économies par le biais d’un fonds de pension. Un tiers des sondés – avant tout des hommes détenant un certain patrimoine – ont, en plus, un ou plusieurs produits d’investissement. Les placements dans l’immobilier, les produits de rente vieillesse, les prêts et les cryptodevises (bitcoin, etc.) sont par contre nettement moins répandus.

Dans l’ensemble, près de la moitié de la fortune (48%) des Suisses est détenue en espèces. Des liquidités qui ne rapportent pourtant quasiment rien. Parmi les sondés, 11% ne savent pas comment placer cet argent. Les épargnants expliquent qu’il s’agit avant tout de «réserves pour les urgences» (61%) et de «paiements réguliers» (43%). En moyenne, à peine un quart des valeurs patrimoniales sont placées en actions, 10% en obligations et 10% en placements immobiliers et 8% dans d’autres produits.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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