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Quelles actions en période de récession?

Dans un contexte de taux bas et de risque de récession, les investisseurs ne peuvent s’appuyer uniquement sur le dividende. Conseils pour construire un portefeuille adéquat.

La probabilité d’une récession a augmenté au cours de ces dernières semaines. Le ralentissement de l’activité économique est déjà généralisé et les incertitudes politiques n’arrangent rien. L’écrasement des taux d’intérêt au niveau mondial, qui anticipe la reprise
de politiques monétaires accommodantes, n’est qu’un faible palliatif aux actifs risqués lorsque la croissance vient à manquer.

Dans ce contexte, le réflexe pavlovien et rationnel de l’investisseur en actions est de se replier sur les valeurs de la cote les plus défensives, qui résistent le mieux aux aléas de l’activité économique. En relatif, si la récession se développe, ce mouvement est clairement gagnant. Mais le timing est délicat: après les premiers signes de retournement de l’activité,
le développement d’une récession peut prendre plusieurs trimestres et les marchés des actions continuer à progresser.

Investir dans les actions payant le rendement sur dividende le plus élevé peut paraître une alternative de bon sens, vu la faiblesse des taux d’intérêt actuels. A titre d’exemple, des valeurs défensives de la cote suisse comme Nestlé, Roche ou Novartis paient respectivement un dividende équivalent à 2,7, 3,6 et 3,7%, tout en se finançant (rendement de l’obligation) à des taux négatifs même à des échéances de sept à dix ans: ces actions sont clairement plus attrayantes que leurs obligations à moyen terme.

Mais sélectionner les actions uniquement sur la base du dividende peut parfois se révéler imprudent. En effet, dans un contexte de récession, une entreprise peut se voir contrainte de couper son dividende et son action en pâtir. De plus, les banques affichent un rendement sur dividende élevé (UBS: +6,8%; Credit Suisse: +2,4%; Julius Baer: +3,9%) mais ont tendance à sous-performer lorsque les taux d’intérêt et l’activité économique reculent. Des critères de visibilité et de résilience des cash-flows doivent donc être pris en considération pour affiner la sélection.

S’il n’existe aucune martingale permettant aux investisseurs actions de tirer profit à la fois des phases haussières sans être pénalisés dans les baisses, il est néanmoins possible de construire, en choisissant les bonnes actions, un portefeuille plus adéquat. Par exemple, les titres exposés à des thèmes innovants sont presque par définition insensibles au cycle économique traditionnel et pourront continuer à afficher une croissance solide malgré une conjoncture plus difficile. On retrouve ici les thèmes de disruption industrielle, robotique, intelligence artificielle ou encore d’investissements durables.

Surtout, les sociétés choisies sur des critères fondamentaux de pérennité du modèle d’affaires, avec des barrières à l’entrée élevées, traversant les cycles économiques avec des cash-flows toujours positifs, affichant une profitabilité élevée et un levier d’endettement raisonnable bénéficient tout particulièrement de l’environnement de taux d’intérêt bas et de croissance globale modeste, voire
en contraction.

Combiner les secteurs

Pour dénicher ces valeurs, une analyse fondamentale, de type «private equity», doit venir compléter un balayage quantitatif réalisé sur des critères aisément mesurables. On peut ainsi identifier des sociétés qui sont, pour certaines d’entre elles, dans des secteurs non cycliques (Nestlé, Roche, Novartis, Sonova ou Diageo), mais également d’autres qui permettent de rester exposé dans des secteurs dits cycliques (Geberit, Dormakaba, SGS ou encore Schindler et Symrise). Cette combinaison permet à un panier de valeurs (voir graphique) sélectionnées sur cette base d’accompagner l’essentiel de la hausse du marché mais en tempérant sensiblement les baisses.

Cette approche a aussi le mérite de réconcilier les fondamentaux d’une entreprise à ses performances boursières: dans la durée, les bonnes entreprises sont, heureusement, aussi de bons investissements. Et le fait que ce type de sélection soit assorti de ratings ESG et climatique très élevés ne relève d’ailleurs pas du hasard.

* Economiste de marché, Banque Bordier

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