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Quelle place pour les banques dans le financement de l’économie de demain?

Micro-crédit, crowdfunding, ICO, blockchain,… les alternatives au crédit bancaire se multiplient depuis quelques années. Alors qu’une nouvelle économie prend forme, quelle sera la place des financements bancaires traditionnels pour soutenir la transition énergétique, durable et responsable?

Comment soutenir la montée en puissance d'une économie plus durable, responsable et inclusive?

Crédits: Nattanan via Pixabay

Dix ans après la faillite de Lehmann Brothers, la méfiance du grand public vis-à-vis du monde financier et des banques n’est pas totalement estompée. «Ce qui est très important, quand on parle de finance, c’est de ne pas mettre tous les acteurs dans le même panier, ce qui reste encore parfois le cas», regrette David Jeannet, SRI Officer chez Mirabaud Asset Management.

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Dix ans après la crise, c’est aussi un modèle de société qui est remis en cause. Au cours de la décennie écoulée, les enjeux de durabilité, de responsabilité environnementale, énergétique, sociale, ont pris bien plus d’importance. C’est notamment ainsi qu’est née une opération comme Best for Geneva, afin d’accompagner la transition des acteurs de l’écosystème genevois vers une économie plus responsable et plus soucieuse des enjeux de long terme.

Mais comment soutenir l’émergence et le développement de cette économie nouvelle? Quel est le rôle des banques et institutions financières traditionnelles? «Est-ce que la finance est toujours au cœur du problème ou peut-elle faire partie de la solution?», interroge Aymeric Jung, ancien de Lehmann Brothers et acteur engagé de l’impact investi désormais Managing Partner chez Quadia. «En finance globalement peu de choses ont été modifiées mais beaucoup de personnes ont changé de mentalité», ajoute-t-il.

Une demande de la part des clients

Un changement que remarque aussi David Jeannet: «Du côté des clients institutionnels, il y a eu une forte demande suite à la crise. En France, l’article 173 de la Loi sur la transition énergétique et la croissance verte demande aux asset managers d'expliquer comment ils prennent en compte les questions environnementales, sociales et de gouvernance. Du côté des clients privés, il faut aller plus loin. Voici deux semaines, nous avons organisé un événement sur le plastique et la gestion des déchets dans le monde. Mirabaud organise ce genre d'événements pour apporter un regard pragmatique et engagé sur des grands thèmes de société. Nous ne faisons pas la promotion de produits. Nous avons eu près de 100 personnes: cela témoigne d’un fort intérêt».

Même démarche et même constatation chez Raiffeisen Genève: «Nous avons initié beaucoup de rendez-vous sur la responsabilité et la durabilité ces derniers mois avec nos clients, dans le cadre de Best for Geneva, mais aussi parce que ça colle à nos valeurs. C’est très intéressant pour nous de parler de ces questions avec nos clients. Best for Geneva a agi comme un accélérateur d’un processus déjà engagé auparavant. Et nous avons constaté des prises de conscience de ces enjeux chez certains de nos collaborateurs et chez des clients», note Konstantinos Papaioannou, directeur adjoint et responsable clientèle entreprises chez Banque Raiffeisen Région Genève Rhône.

Cependant, au-delà du volet information et sensibilisation, les banques ont-elles investi le champ des placements éthiques? De nombreuses banques ont compris les demandes croissantes d’une clientèle soucieuse de son impact. Chez Raiffeisen, le Fonds Futura lancé cette année s’appuie sur des sociétés ayant à coeur de placer l’humain et la nature au coeur de leurs préoccupations, en excluant évidemment les placements dans des secteurs sujets à controverse (armes, tabac, activités polluantes,…).

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«Cette fibre éthique a toujours fait partie de l’ADN Mirabaud. En réponse à cet engouement, nous avons lancé notre premier fonds de private equity Mirabaud Patrimoine Vivant, qui investit dans des sociétés non cotées ayant un fort ancrage régional et des savoir-faire uniques et ancestraux, en Suisse, France, Allemagne et Italie. L’idée étant d’accompagner ces sociétés qui ont souvent des difficultés à trouver du capital pour croître et faire face à la concurrence, conserver la main-d’oeuvre là où elle est, et permettre à l’entreprise de grandir et de faire face aux défis de la société mondialisée»». développe David Jeannet.

Crowdfunding, ICO, blockchain

A travers ces produits, les banques révisent leurs gammes. Mais en continuant à pratiquer leur activité en terrain connu. Certains vont plus loin et s’aventurent sur des terrains nouveaux. «Nous avons lancé HerosLocaux.ch en 2016: un site destiné à faciliter le financement de projets participatifs et d’associations sur le principe du crowdfunding. Il s’agit souvent de projets éducatifs, culturels ou sportifs. C’est une évidence pour nous car aspect durable et présence locale, nos valeurs. L’idée n’est pas d’utiliser cette plateforme pour nous mettre en avant. Mais évidemment la marque Raiffeisen rassure très certainement les financeurs qui viennent sur cette plateforme gérée au niveau local par chaque banque», développe ainsi Konstantinos Papaioannou.

La solution du financement participatif, Antonio Gambardella, directeur de la Fongit, incubateur de startups, l’a vue monter en puissance: «Le crowdfunding permet de financer des projets, pas toujours avec une logique d’entrée dans le capital. Aujourd’hui, on peut financer de l’innovation avec moins de moyens car les coût de développement sont souvent bien plus bas qu’il y a quelques années, grâce aux technologies ouvertes et partagées. La blockchain peut aussi être utilisée pour financer des entreprises. On parle beaucoup des ICO (terme qui évoque les IPO) comme ressource de financement alternative. Cela permet de démocratiser le financement de projets technologiques».

«Les concepts de durabilité (sustainability, sharing-economy,…) sont de plus en plus intégrés dans l’ADN des entrepreneurs. Donc ce n’est pas quelque chose qu’on a imposé mais c’est dans la nature elle-même de l'esprit entrepreneurial contemporain. Cela montre le changement radical des mentalités d’entrepreneurs ces dernières années», poursuit Antonio Gambardella. «Aujourd’hui, quand on parle avec des investisseurs, qu’ils soient privés, particuliers (family office ou business angels) ou des spécialistes du capital-risque, la durabilité est inclue dans la notion de retour sur l’investissement. C’est une raison économique et financière: les marchés ont compris que la durabilité amène de la valeur aux entreprises et par conséquence également à leurs investissements».

Lever des fonds en non-stop

Une capacité de résilience dont certains établissements bancaires peuvent se prévaloir. «En tant que maison consacrée à la gestion d’actifs, à la préservation de patrimoines, et donc profondément attachée aux notions de pérennité et de transmission générationnelle, Mirabaud a toujours privilégié une philosophie durable, une vision à long terme et une attitude responsable. Cela se traduit notamment par le refus d’investissements en compte propre et une approche prudente et maitrisée du risque, à l’opposé de ce qui a été mis en lumière par la crise», analyse David Jeannet. «Raiffeisen regroupe 246 banques coopératives indépendantes, dont six à Genève. Donc autant de conseils d’administrations différents. Le CA local est le plus à même de prendre les décisions stratégiques pour la région à laquelle il appartient. Nous ne sommes pas cotés en bourse et nos propriétaires sont des sociétaires et non des actionnaires.

«Il y a quelques années, quand on parlait de sharing-economy ou de durabilité, on évoquait cela sur des éléments presque philosophiques, proches de la philanthropie. Aujourd’hui on voit la technologie elle-même qui va dans cette direction. On a des technologies qui permettent des sociétés plus durables, avec du partage et des besoins nouveaux. Quand on parle de blockchain, ce qui est intéressant c’est l’architecture ouverte mais sécurisée, qui permet, entre autres, d’activer des micro-paiements, favorisant l’émergence de nouveaux systèmes économiques plus démocratiques», analyse Antonio Gambardella.

En ce sens, il voit un grand potentiel sur la blockchain et les solutions de micro-investissement: «Aujourd’hui une levée de fonds est presque comme un concours de beauté avec d'énormes enjeux. Moi pour l’avenir, je vois des solutions plus continues, avec capacité d’adapter la valeur de la société en temps réel, ce qui offre une capacité à lever des fonds en non-stop, même avec des montants plus petits, donc démocratisés. Mais pour cela, il faut pouvoir utiliser une plateforme avec des caractéristiques qu’une technologie comme la blockchain pourra garantir».

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Pour aller plus loin: Conférence Best for Geneva «Comment financer durablement l'économie de demain», mardi 25 septembre de 18h00 à 20h30, à la salle Frank-Martin, 3 rue de la vallée à Genève. Informations: BestForGeneva.ch

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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