Bilan

Quand Yanis Varoufakis envisageait le Bitcoin pour éviter le Grexit

D'ici quelques jours, la Grèce pourrait être contrainte de sortir de la zone euro. La plupart des observateurs tablent sur un retour à la drachme. Mais l'actuel ministre grec de l'économie Yanis Varoufakis avait envisagé une autre solution début 2014: le recours au Bitcoin.
  • Dans l'Antiquité, plusieurs cités-états de Grèce utilisaient la drachme comme monnaie, dont Athènes (ici une monnaie du Ve siècle av. notre ère).

    Crédits: Image: CC-BY-SA/Wikimedia/Marsyas
  • Entre 1832 et 2000, la Grèce a renoué avec son passé en adoptant la drachme comme monnaie (ici un billet de 100 drachmes de 1967).

    Crédits: Image: CC-BY-SA/Wikimedia/Paasikivi
  • Pour Yanis Varoufakis, le Bitcoin aurait pu servir d'appui à une monnaie grecque de transition en cas de grandes difficultés de son pays, ainsi qu'il l'affirmait un an avant son entrée au gouvernement.

    Crédits: Image: AFP
  • Avant qu'il ne devienne ministre de l'éconnomie dans le gouvernement Tsipras, Yanis Varoufakis pronait le recours au Bitcoin pour aider la Grèce à se sortir de sa passe difficile.

    Crédits: Image: FAL/Robert Crc

MLe retour à une monnaie très ancienne: c'est ce qu'envisagent de nombreux experts pour la Grèce si le Grexit venait à se produire dans quelques jours. La plupart des économistes anticipe en effet un retour à la drachme. Ce serait alors la troisième fois que les habitants de l'Attique, du Péloponnèse et des Cyclades utiliseraient une monnaie de ce nom. Support des échanges dans l'Antiquité pour plusieurs cités-états (dont Athènes), la drachme avait vécu une résurrection en 1832, quand la monarchie grecque ayant récemment acquis son indépendance, avait remplacé le provisoire phénix par la drachme moderne. C'est seulement 168 ans plus tard qu'Athènes allait abandonner cette devise pour l'euro.

Et si finalement c'était une autre devise qui aidait la Grèce à s'extirper du bourbier actuel? L'idée vient directement de Yanis Varoufakis, ministre de l'économie dans le gouvernement d'Alexis Tsipras. Un an avant d'entrer en fonction, l'économiste iconoclaste prônait sur son blog personnel une solution originale: le recours au Bitcoin.

Le blog de l'économiste Varoufakis

Selon celui qui allait devenir quelques mois plus tard le poil à gratter de la zone euro, la monnaie virtuelle pouvait aider son pays à traverser sans trop de dommages la crise si la situation devenait encore plus critique qu'à l'époque. Soit une impasse menant au Grexit et à la sortie de l'euro. Il ne s'agissait pas de faire du Bitcoin la monnaie officielle de la Grèce, mais de s'appuyer sur la transparence du système Bitcoin pour créer une monnaie parallèle ayant cours dans tout le pays et permettant une sortie en douceur de la zone euro.

Une idée reprise et développée par Paul Mason, du quotidien britannique The Guardian, qui a exposé les différents avantages de la solution. Selon lui, pour qu'une telle monnaie permette d'adoucir la situation grecque, il faudrait qu'elle remplisse quelques conditions, dont la convertibilité de ces «Bitcoins grecs» en euros, afin de rassurer tous les utilisateurs.

Avantage fiscal

Yanis Varoufakis envisageait surtout une «future-tax coin» («pièce du futur impôt»): toute personne détenant un capital de cette devise spéciale et la restituant plusieurs années plus tard pourrait profiter d'un rabais fiscal proportionnel à la durée de mise en circulation de cette somme de «Bitcoins grecs». Comme une prime à la mise en circulation de la monnaie parallèle, facilitant la disponibilités de liquidités pour l'économie du pays.

Le principal risque serait de promettre trop d'avantages fiscaux aux investisseurs. Le futur ministre avait prévu cette éventualité et proposé de plafonner l'émission de cette monnaie parallèle à un montant de 10% du PIB grec.

Cependant, certains spécialistes du Bitcoin doutent de la faisabilité de cette solution. Ainsi, Wences Casares, CEO de Xapo (start-up spécialisée dans les portefeuilles de bitcoins sécurisés), rappelle sur TechCrunch que le Bitcoin repose sur un système décentralisé pour sa création et que nulle autorité ne peut déterminer la quantité qui sera «minée».

La menace déflationniste

Autre risque: avoir une monnaie avec une nature inverse de l'effet recherché. Contrairement à la quasi-totalité des monnaies mondiales, le Bitcoin est une devise déflationniste par essence: comme le nombre de Bitcoins est limité (actuellement 14 millions en circulation, plafond fixé à 21 millions par ses créateurs et les règles établies), il ne peut que prendre de la valeur avec le temps. Et donc générer de la déflation.

Selon Wences Casares, «cela serait une mauvaise idée pour la Grèce de renoncer à sa monnaie et d'adopter le Bitcoin. Cela reviendrait à adopter l'or comme monnaie nationale et à abandonner les politiques monétaires. La politique monétaire, utilisée de manière responsable, a été un pas en avant pour les finances publiques et la prospérité. Mais certains gouvernements en ont aussi abusé en choisissant de créer trop de monnaie.»

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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