Bilan

Quand Twitter aide à prévoir les bourses

En agrégeant les informations circulant dans le monde, le réseau social permet de visualiser en temps réel l’humeur du marché. Aux Etats-Unis, des hedge funds s’en inspirent.

Une part d’émotionnel guide les marchés, que Twitter peut saisir.

Crédits: Brendan Mc Dermid/Reuters

Des gains en bourse grâce à Twitter? Une idée à creuser. L’expérience montre que sur les marchés, les investisseurs se comportent de manière bien peu rationnelle. Dans l’euphorie comme dans la panique, l’agitation l’emporte sur la prudence la plus élémentaire. Or l’émotion n’est guère prise en considération par les modèles de prévision. Voici le postulat de départ des auteurs d’une étude de la Banque centrale européenne (BCE), relayée par la NZZ am Sonntag.

Huina Mao, Scott Counts et Johan Bollen écrivent: «Les modèles traditionnels les plus efficaces ne peuvent expliquer le crash de 1929, le lundi noir d’octobre 1987, la bulle internet de la fin des années 1990, pas plus que l’effondrement des marchés en 2008.» 

L’humeur des investisseurs constitue manifestement une donnée cruciale. Et quoi de mieux pour la saisir qu’une plongée dans les réseaux sociaux? Les auteurs ont analysé, sur une durée de plusieurs années, la fréquence de termes tels «bullish» (optimiste) et «bearish» (pessimiste) sur Twitter et dans les recherches Google. Il apparaît une forte corrélation entre les variations dans les messages et l’évolution des indices. Mieux: «L’optimisme sur Twitter comporte une force de prédiction économique et statistique significative. Ce constat s’applique au marché des actions aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Europe», affirme l’étude.

 «Twitter permet de visualiser la rumeur du marché en agrégeant les informations – vérifiées ou non – à un niveau global. Le réseau ne remplace pas Reuters, Bloomberg ou les interviews de spécialistes diffusées sur CNBC, mais il les complète, avec un effet amplificateur», observe Thomas Veillet, fondateur du site investir.ch. Le Genevois consulte quotidiennement stocktwits.com, qui analyse des centaines de milliers de messages d’un point de vue financier. «Cet instrument permet d’élargir l’horizon de l’investisseur qui a tendance à ne suivre que ses titres fétiches. StockTwits fonctionne comme une alerte sur les actions et les thèmes qui agitent les esprits à un moment donné.»

Les économistes de la BCE soulignent que certains instruments, tels ceux de la société Investors Intelligence, permettent déjà d’établir des baromètres de l’humeur. Cependant, ces nouvelles alternatives s’avèrent plus accessibles et meilleur marché. Si l’optimisme règne sur Twitter, il y a de fortes chances que les cours progressent le lendemain. Des tendances clairement lisibles sur le court terme. Sur une semaine, fondamentaux et facteurs démontrables viennent pondérer les variations.

Indicateur d’une fin de bulle financière

Thomas Veillet émet une hypothèse: «Twitter pourrait fonctionner comme un indicateur avancé d’inversion de tendance sur les marchés. Si l’humeur répercutée passe de «bullish» à «bearish» avant que les cours n’aient plongé, cela indique sans doute que l’on a atteint un sommet.» 

Hedge funds et start-up travaillent déjà à assimiler les informations livrées par les réseaux sociaux dans des outils mathématiques d’analyse et de prévisions. Basée en Allemagne, StockPulse qui scrute les tweets et les commentaires sur les forums collabore depuis peu avec un acteur du domaine des fintechs parmi les plus en vue, le groupe allemand Ayondo. Aux Etats-Unis, les hedge funds ont commencé à payer des start-up technologiques pour analyser les réseaux et tenter de gagner de l’argent sur la base de ce bassin d’informations.   

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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