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Quand les banquiers centraux ont pris la parole

L'image des banquiers centraux distants et mystérieux est révolue. Thomas Jordan, Janet Yellen ou encore Mario Draghi s'expriment aujourd'hui régulièrement.

L'exemple-type du banquier central inintelligible était Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine (Fed) entre 1987 et 2006.

Crédits: AFP

Pendant longtemps, les banquiers centraux sont apparus distants et mystérieux. Cette image est toutefois révolue. Thomas Jordan, Janet Yellen ou encore Mario Draghi s'expriment aujourd'hui régulièrement.

L'exemple-type du banquier central inintelligible était Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine (Fed) entre 1987 et 2006.

"Depuis que je suis devenu banquier central, j'ai appris à marmonner dans une grande incohérence" avait-il une fois déclaré devant le Congrès américain. "Si mes propos sur les taxes vous semblent clairs, alors vous devez m'avoir mal compris", avait-il ajouté.

Alan Greenspan n'était pas le seul banquier central dans ce cas. "Never explain, never excuse" (ne jamais expliquer, ne jamais s'excuser), était la devise de Montagu Norman, gouverneur de la banque centrale britannique entre 1921 et 1944.

Le mot d'ordre "en dire le moins possible et rester flou" prévalait autrefois, avait déclaré le président de la Banque nationale suisse (BNS) Thomas Jordan dans un discours en 2007. Un des arguments avancés était que le manque de transparence peut protéger des tentatives de pression politique. Un autre relevait que prendre les marchés par surprise permet une grande efficacité.

Surprise et transparence

L'année dernière a toutefois démontré que Thomas Jordan pouvait surprendre les marchés, et ce, en toute transparence. Presque personne n'avait en effet anticipé l'abolition du taux plancher de l'euro.

Des surprises occasionnelles ne sont pas exclues, même avec une politique monétaire transparente, avait souligné M. Jordan dans son discours de 2007. Celles-ci ne doivent cependant survenir que très rarement.

La prévisibilité est en effet devenue un principe important pour les banques centrales. Pour en arriver à ce stade, une véritable révolution dans la communication a toutefois été nécessaire. Le tournant est intervenu entre la fin des années 1980 et les années qui ont suivi l'entrée dans le nouveau millénaire.

La prise de parole des banquiers centraux ne résulte toutefois pas d'un changement de caractère, ni d'un désir soudain de s'expliquer en public. La communication est simplement devenue un instrument important permettant aux banques centrales d'atteindre leurs objectifs.

Gérer les prévisions

En ce qui concerne la BNS, l'objectif est la stabilité des prix, c'est-à-dire une inflation ni trop importante, ni trop faible. Un moyen important de contrôler l'inflation est d'en gérer les prévisions. Les pronostics d'inflation sont en effet un des facteurs clé de l'évolution du renchérissement, avait déclaré en 2007 Frederic Mishkin, ancien gouverneur de la Fed.

Les banques centrales gèrent donc ces prévisions grâce à la communication. Cela explique les phrases stéréotypées, les discours un peu secs et les formulations toujours identiques. Si Janet Yellen devait faire des déclarations un peu plus précises sur une prochaine hausse des taux, ses propos se répercuteraient alors immédiatement sur les cours de Bourse du monde entier.

Si la BNS devait pronostiquer une inflation négative, tous les observateurs suisses miseraient alors sur une politique monétaire expansionniste. En fin de compte, la banque centrale helvétique vise donc un taux d'inflation supérieur à zéro, mais inférieur à deux pourcent.

Depuis 1999, la BNS oriente sa politique monétaire selon ses propres prévisions d'inflation. Et depuis, ces pronostics sont l'un des principaux outils de communication de l'institut d'émission.

Difficile à expliquer

Auparavant, la banque centrale émettait des objectifs en matière de masse monétaire et orientait ensuite en fonction sa politique monétaire. Mais ce concept a été abandonné, car il était difficile de l'expliquer au public. La masse monétaire réelle divergeait en effet souvent des objectifs formulés, ce qui rendait ces derniers moins crédibles.

Avant l'ère des objectifs de masse monétaire, le système de Bretton Woods - avec ses taux de change fixes - nécessitait moins d'informations au public. Le franc était arrimé au dollar et le taux de change - et donc la politique monétaire - étaient clairement définis. Il n'y avait donc pas besoin d'expliquer et de clarifier les objectifs de masse monétaire et les prévisions d'inflation.

En conséquence, la BNS n'a tenu sa première conférence de presse qu'en 1974, soit un an après que la Suisse est passée à un système de taux de change flexibles.

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