Bilan

Quand la finance œuvre pour la paix

La croissance économique d’un pays va de pair avec sa stabilité politique. Fort de ce constat, le banquier privé genevois Mirabaud a lancé un fonds de partage, en faveur de l’ONG Interpeace.
Enfants pakistanais. Grâce aux fonds privés, Interpeace peut agir dans tous les pays. Crédits: Banaras Khan/AFP

Quel peut-être le sens d’une collaboration entre un banquier privé genevois et Interpeace, une organisation internationale non gouvernementale basée à Genève, qui travaille en partenariat étroit avec les Nations Unies et assiste les sociétés déchirées par la guerre afin qu’elles retrouvent la voie de la paix? Lionel Aeschlimann, membre du collège des associés de Mirabaud, l’explique très bien: «Il n’y a pas de croissance économique sans paix. Mais il n’y a pas de paix sans croissance économique.»

Il y a un an environ, la banque a lancé un fonds de fonds dénommé Mirabaud Opportunities - Emerging Markets (MOEM), avec pour objectif de permettre aux investisseurs de bénéficier de la croissance des pays émergents avec moins de risque. «Nous croyons à leur dynamisme pour l’avenir, souligne Vaqar Zuberi, le gérant responsable du MOEM.

En 2012, la Thaïlande et l’Indonésie ont vu la consommation domestique exploser, quant au Mexique, il est devenu la base de fabrication des Etats-Unis, pour ne citer que quelques exemples.»

Ce fonds, formé de 33 fonds sous-jacents, investit avec des gérants «long only» et des hedge funds spécialisés dans les titres émergents. Il a réalisé en 2012 un rendement annualisé de 8,3%, avec une volatilité de 8,6% seulement, contre respectivement 15,2 et 19,9% pour l’indice MSCI EM. «Réduire la volatilité est notre principale préoccupation, relève encore Vaqar Zuberi.

Nous regardons de très près la performance des fonds que nous intégrons dans le MOEM ainsi que la qualité de leurs gérants. Ils doivent impérativement investir une partie de leur propre fortune dans leur fonds.»

En plus de ses caractéristiques techniques, ce produit offre une opportunité intéressante à l’investisseur qui veut faire la preuve de sa responsabilité sociale: MOEM est ce que l’on appelle un fonds de partage. A savoir que la banque privée genevoise reverse une partie de ses commissions à Interpeace. «Les pays émergents sont des marchés prometteurs, mais, pour cela, ils doivent être stables politiquement et économiquement, explique Vaqar Zuberi.

Contribuer à la stabilisation des pays en situation de conflit, c’est aussi poser les fondations de leur croissance.» Dans le sens d’un cercle vertueux. 

«Agir de façon préventive»

En 2012, le fonds MOEM a pu verser 378 000 dollars à Interpeace, qui disposait d’un budget global de 21 millions. Une goutte d’eau dans l’océan? «Non. Ce type de financement est précieux», souligne le directeur général d’Interpeace Scott Weber. En effet, la plupart des sources de financement de l’ONG proviennent de pays qui ont des intérêts ou des liens avec les régions concernées par les processus de paix, à l’exemple de la Grande-Bretagne et de la Suisse qui financent les activités d’Interpeace en Lybie.

Le revers de la médaille, c’est que personne ne s’intéresse au Pakistan ni à l’Egypte et au désespoir de sa jeunesse, deux régions où, pourtant, les menaces de conflit sont bien présentes. 

«L’intérêt des fonds privés est qu’ils nous permettent d’agir de façon préventive.» Pour lui, l’initiative d’une banque comme Mirabaud va bien au-delà de la pure philanthropie. «Elle permet de créer une paix à long terme dans des pays qui, une fois stabilisés, pourront à leur tour émerger.» Et se profiler comme des partenaires sûrs, à la fois pour la communauté internationale et pour les investisseurs.  

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