Bilan

Protégez-vous des risques liés au Brexit

Si les Britanniques décident de sortir de l’Union européenne, la monnaie unique pourrait s’effondrer de 10 à 15%, ce qui impacterait fortement le franc. Conseils aux investisseurs.

L’issue du référendum du 23 juin semble incertaine.

Crédits: Paul Ellis/AFP

Le compte à rebours pour le référendum sur le Brexit a commencé. Les sondages d’opinion se succèdent et se contredisent, donnant pour vainqueurs tantôt les partisans, tantôt les opposants à la sortie de l’Union Européenne. Les prévisions quant au résultat sont très incertaines: autant jouer à pile ou face! Pour cet article, nous avons décidé de prendre l’hypothèse d’un vote en faveur du Brexit, car c’est là que se trouvent la plupart des risques.  

Pour l’euro, un Brexit serait catastrophique et pourrait provoquer l’effondrement de la monnaie unique. La seule chose qu’une monnaie possède réellement est sa crédibilité. Sans elle, elle n’a aucune valeur. Même si le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro, sa sortie de l’Union européenne ouvrirait certainement la voie au départ d’autres pays, qui eux, y appartiennent.

Pour les investisseurs achetant des obligations souveraines, qu’arriverait-il si la Grèce ou même l’Allemagne décidaient de partir? En cas de Brexit, nous anticipons une dépréciation de la monnaie unique de 10 à 15%.

Dans ce contexte, le franc suisse est une monnaie fortement exposée. A l’approche du référendum, les investisseurs européens voudront protéger leurs actifs en achetant du franc, une couverture rusée et facile. Si le Royaume-Uni reste en Europe, la monnaie helvétique s’affaissera légèrement, le risque politique étant déjà pris en compte.

Par contre, si les partisans du Brexit l’emportent, la ruée hors de l’euro risque d’être massive. Les taux de dépôt négatifs en Suisse ne seront qu’un faible prix à payer pour éviter une dépréciation de 10%, voire plus, de la monnaie européenne. Le franc suisse est un refuge sûr idéal et risque d’en subir les conséquences. 

La perspective d’une ruée déraisonnée vers le franc suisse crée bien du souci à la BNS. Le pays lutte encore contre une monnaie nationale surévaluée, ce qui se reflète dans la faible performance du SMI cette année. Un nouveau renforcement du franc suisse serait désastreux.

Dans le cas d’un Brexit ou d’un autre catalyseur qui ferait monter la monnaie helvétique, les interventions verbales et les interventions directes sur le marché des changes seront les premiers outils de la BNS pour défendre le franc suisse. Dans le passé, elles ont prouvé leur efficacité, mais dans un temps limité. Cependant, l’expansion considérable de son bilan au cours des dernières années ébranle quelque peu la crédibilité d’interventions «illimitées». Les taux négatifs auront de leurs côtés un effet dissuasif, mais seulement à moyen terme, et seront moins efficaces sur les achats de francs suisses liés à la panique. 

Un retour de flamme pourrait bien avoir lieu si les banques venaient à transférer les coûts des intérêts négatifs sur les épargnants, ce qui pousserait ces derniers à retirer leur cash pour éviter les charges. Enfin, en dernier recours, et parce que les taux négatifs mettront du temps à faire effet, la BNS pourrait être amenée à introduire un contrôle des capitaux, pénalisant ceux qui détiennent du franc suisse à court terme.

Cette mesure risque de remettre en question la réputation de la Suisse en tant que place financière stable et libérale. Tout compte fait, la BNS ne serait pas en mesure d’enrayer la forte appréciation du franc dans le cas d’un Brexit. 

Eliminer le risque de change

Il existe au moins deux stratégies défensives permettant aux investisseurs suisses d’éviter des taux d’intérêt extrêmement bas, qui, quelle que soit l’issue du référendum, devraient le rester au moins sur les deux années à venir. Les plus téméraires peuvent sélectionner des obligations d’Etat et d’entreprise des pays émergents libellées en franc suisse.

Ceux souhaitant conserver un niveau de risque plus faible devraient plutôt constituer un portefeuille d’obligations d’entreprises suisses de haute qualité. L’achat de dettes souveraines et d’obligations en franc suisse a l’avantage d’éliminer le risque de change et permet d’échapper à la volatilité ambiante. Le cours des obligations peut certes fluctuer, mais tant qu’elles ne font pas défaut, de bons rendements peuvent être obtenus. Cette stratégie vaut mieux que de devoir payer votre banque pour garder votre argent! 

* Responsable des stratégies de marché, Banque Swissquote.

Peter Rosenstreich*

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