Bilan

Private equity: le déséquilibre s’inverse

Il y a encore quelques mois, le secteur semblait avoir trop de cash à sa disposition. Aujourd’hui, un grand nombre d’entreprises réclament des capitaux à cor et à cri. Par Hans Van Swaay*

Les capitaux en réserve (dry powder) accumulés semblent insuffisants comparativement aux investissements futurs qui seront nécessaires.

Crédits: Illustration: Percival

C’est comme si nous étions entrés dans une nouvelle ère. A la fin de l’an dernier, l’excès de liquidités dans le private equity atteignait des montants records sur plusieurs fronts, du fait que les investisseurs en quête de rendements dans une période de taux d’intérêt bas ne cessaient d’augmenter leurs allocations dans cette classe d’actifs. En effet, selon les estimations de Preqin, les actifs sous gestion dans ce secteur ont, pour la première fois, dépassé la barre des 4000 milliards de dollars en 2019.

A l’époque, il existait une sorte de déséquilibre entre l’offre de capital et le nombre d’opportunités d’investissement de bonne qualité. De fait, avant la pandémie, les multiples de valorisation continuaient à battre de nouveaux records, poussés vers le haut par une concurrence accrue sur le marché des acquisitions. Durant les trois premiers trimestres de 2019, le prix d’achat moyen des grands buyouts américains correspondait, selon S&P, à 11,5 fois l’Ebitda contre 10,6 fois en 2018, la moyenne la plus élevée jamais calculée. L’absence de transactions de qualité est également reflétée dans le fait que plus de 30% de la valeur de sortie annuelle des sociétés de private equity entre 2017 et 2019 était réalisée via la vente de celles-ci à d’autres sponsors de private equity, un chiffre bien plus élevé que durant la précédente après-crise financière.

Tout change

Nous observons aujourd’hui cependant un déséquilibre dans l’autre direction. Tandis que les taux d’intérêt restent bas (dans de nombreux cas, ceux-ci ont même encore diminué), le choc économique causé par la pandémie et le confinement qui en a résulté dans le monde signifient que les liquidités sont désormais rares. S’il est peu probable que nous voyions le private equity battre de nouveaux records dans un avenir proche, nous prévoyons toutefois une période durant laquelle ce secteur aura le potentiel de générer des revenus solides grâce aux importants capitaux en réserve (dry powder) qu’il a accumulés.

Etant donné le grand nombre d’entreprises nécessitant plus de financements et de soutien que jamais pour survivre, les capitaux en réserve accumulés dans le private equity semblent toutefois insuffisants comparativement aux investissements qui seront nécessaires pour les temps à venir. Le montant du capital levé au niveau mondial, et qui peut désormais être investi, se situait à un record de 1430 milliards de dollars en décembre 2019, un chiffre qui a presque doublé depuis 2015, selon les estimations de Preqin. Ce chiffre est toutefois éclipsé par les 3000 milliards de dollars débloqués par les Etats-Unis pour relancer l’économie, sans parler des plans de relance actuellement en discussion. En parallèle, il existe partout dans le monde des plans de financement importants destinés à soutenir l’économie, pour un total de plusieurs milliers de milliards de dollars.

Ces mesures étatiques sont clairement nécessaires alors que nous affrontons l’un des chocs les plus importants de mémoire d’homme. Durant la période à venir, il est probable que nous assistions à la nationalisation, partielle du moins, de vastes pans d’entreprises dans le but de maintenir les activités économiques. Bien que Boeing, par exemple, ait choisi de ne pas recourir à l’aide du gouvernement fédéral américain pour se renflouer, mais d’opter plutôt pour une émission obligataire de 25 milliards de dollars, son cas indique clairement que les gouvernements sont prêts à fournir un soutien financier afin de permettre aux grandes entreprises d’éviter la faillite et de maintenir une concurrence sur les marchés (personne, après tout, ne souhaite voir le duopole de construction aéronautique Airbus-Boeing se muer en monopole).

Toutefois, cette aide étatique finira par se tarir et il est peu probable que les gouvernements souhaitent pérenniser leur statut d’actionnaires dans ces entreprises. En outre, bon nombre d’entre elles vont sans doute commencer à céder leurs activités non essentielles afin de lever les capitaux dont elles ont cruellement besoin.

Nouveaux investissements

C’est là où le private equity intervient. Sur le moyen à long terme, nous risquons d’assister à une période agitée pour ce secteur du fait que les sociétés cherchent à identifier des opportunités d’investissement attrayantes. D’un jour à l’autre, ce qui s’avérait autrefois comme un excédent de capital affluant dans les sociétés de private equity est devenu un avantage certain pour cette classe d’actifs. Alors que les liquidités semblent limitées ailleurs, les sociétés de private equity possèdent la force de frappe nécessaire pour acquérir des participations dans des entreprises avec des valorisations bien plus modestes que ce que l’on a vu depuis quelques années.

Les précédentes crises se sont avérées parmi les meilleurs crus du private equity. Les sociétés avec du capital à déployer sont en bonne position pour fournir des fonds et aider à reconstruire, recentrer et renforcer des affaires aussi bien dans leurs portefeuilles existants que par le biais de nouveaux investissements. Etant donné l’ampleur des fonds nécessaires, elles peuvent aussi se montrer très sélectives avec les sociétés qu’elles soutiennent. Elles peuvent sélectionner des entreprises avec un solide avenir, et ce durant une période de bouleversements qui fait paraître la performance passée comme non pertinente relativement à ce qui pourrait advenir. Ces prochaines années pourraient s’avérer un nouvel âge d’or pour les rendements du private equity.

* Lyrique Private Equity, société d’investissement active dans le private equity depuis 1987.

Hans van

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