Bilan

Pourquoi le prix de la vanille a flambé

En dix ans, le cours du kilo de vanille a décuplé: il vaut désormais plus qu’un kilo d’argent métal. Insécurité pour la production et «bulle spéculative» se sont emparées de la précieuse épice. Cinquante dollars en 2009. Cinq cents dollars en 2017.
  • 80% de la vanille mondiale est produite à Madagascar.

    Crédits: Pierre-Yves Babelon/getty images

Le prix du kilo de vanille a littéralement décuplé pour atteindre un nouveau record en février 2018, à 650 dollars, retombé depuis autour des 530 dollars. Seconde épice la plus chère du monde après le safran, le kilo de vanille vaut désormais plus qu’un kilo d’argent métal. 

Pourquoi une telle envolée? Pour comprendre cette bulle, il faut d’abord regarder le climat. En dix années, le premier producteur mondial de vanille, Madagascar, a été frappé par des dizaines de tempêtes tropicales et cyclones dont le plus important, Enawo, en mars 2017, a ravagé les champs de vanille. Dans un pays déjà miné par la pauvreté et la corruption, les événements climatiques extrêmes ont parachevé «la crise de la vanille». Madagascar produit 80% de la vanille mondiale mais se trouve démuni face au changement climatique et à l’insécurité générale du pays. 

«Les prix exagérés de la vanille ont créé des situations d’insécurité, des tensions sur l’île», confirme Hervé Saint Macary, chercheur et directeur régional du CIRAD, organisme français de recherche agronomique pour le développement des régions tropicales. Installé à Madagascar, le chercheur ajoute que «depuis quelques années, les agriculteurs se sont mis à récolter la vanille avant qu’elle ne soit mûre pour éviter les vols. Mais une récolte trop précoce diminue la qualité de la vanille et favorise les moisissures.»

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A l’autre bout de la chaîne, les industriels de l’agroalimentaire cherchent à sécuriser leurs approvisionnements et la filière. Le français Danone, le suisse Firmenich et l’américain Mars ont, par exemple, lancé le fonds Livelihoods pour l’agriculture familiale. Ce fonds va investir 120 millions d’euros pour différents projets agricoles et sur trois continents. A Madagascar, Livelihoods soutiendra à terme 3000 agriculteurs dans leur production de vanille qu’ils transforment eux-mêmes (voir l’encadré ci-dessous) et qu’ils vendent ensuite aux partenaires du fonds engagés à acheter leur production pendant au moins dix ans.

Contre la fusariose en Polynésie

A l’autre bout du globe, en Polynésie française, la production de vanille est aussi fragilisée mais pour d’autres raisons: «Nous sommes confrontés à un vieillissement des plantations, qu’il a fallu replanter, mais aussi à une maladie: la fusariose» (maladie fongique courante dans le vanillier), explique le docteur Sandra Lepers, responsable du pôle recherche à l’établissement Vanille de Tahiti. Dans son laboratoire, la scientifique travaille sur la sélection de nouvelles variétés résistantes à la fusariose. 

En attendant des vanilliers plus résistants et un climat plus clément, la demande globale de vanille naturelle est en baisse, d’après le rapport Cyclope 2018, sur les marchés des matières premières
et des produits tropicaux. Une baisse de la demande due aux prix trop élevés de l’épice dont la production repart à la hausse depuis cette année…

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Catherine Nivez

JOURNALISTE

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Journaliste en France depuis 1990, d’abord comme reporter et journaliste dans le secteur de la musique, puis dans les nouvelles technologies, internet et l’entrepreneuriat. Après 20 ans en France, j’ai migré en Suisse et à Genève ou je vis et travaille désormais sur ma nouvelle passion: l’alimentation et la santé.

J’ai fait l’essentiel de mon parcours dans l’audiovisuel français (France Inter, France Info, Europe1, ou encore Canal+). Désormais journaliste freelance en Suisse, j’ai signé une série d’articles pour le quotidien suisse-romand Le Temps et travaille désormais pour BILAN où je tiens la rubrique mensuelle « Santé & Nutrition ».

Vous pouvez aussi me retrouver sur mes blogs : www.suisse-entrepreneurs.com, galerie de portraits des entrepreneurs que je côtoie en Suisse, et sur LE BONJUS mon nouveau blog consacré aux jus et à l’alimentation.

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Xavier Casile, le pubard de la Suisse

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