Bilan

Pourquoi le bitcoin a encore du potentiel

Les investisseurs institutionnels peuvent désormais parier sur le marché des cryptomonnaies sans en détenir, grâce à l’arrivée du trading d’options et contrats à terme.

Le cours du bitcoin a fortement chuté depuis le pic de décembre.

Crédits: Olivier Cleve/Getty images

Les cryptomonnaies ont vécu un lundi noir, le 5 février, le bitcoin chutant à presque 6000 dollars avant de reprendre un peu de terrain. Depuis son pic à près de 20 000 dollars atteint fin 2017 à la suite d’une frénésie spéculative, le bitcoin a perdu 57% de sa valeur de marché. Les autres cryptomonnaies comme ethereum, litecoin, bitcoin cash et ripple ont suivi une courbe relativement similaire.

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Le risque réglementaire, l’interdiction des publicités sur Facebook, diverses fraudes (Japon, Etats-Unis) et l’interdiction dans certains pays (Inde, Chine) ont suscité la crainte des investisseurs. Le marché semble divisé entre ceux qui parient sur le triomphe de la blockchain décentralisée dans le futur et ceux qui estiment que la régulation étatique va mettre fin à ce marché, ou du moins le contrôler.

«Une technologie avant d’être une monnaie»

Mais la partie est loin d’être finie. Malgré les fortes corrections, les investisseurs continuent d’y affluer. Dans quelques jours, l’application de messagerie cryptée Telegram visera à récolter près de 3,8 milliards de dollars. Ce sera la plus grande levée de fonds en cryptomonnaies (Initial Coin Offering, ou ICO). 

Pour Jonathan Sabbagh, ancien spécialiste des hedge funds qui vient de rejoindre Element Group, un asset manager new-yorkais spécialisé dans les ICO, les innovations peuvent connaître un bain de sang, comme les dotcoms dans les années 2000. Le bitcoin n’y est pas indemne, mais au final certaines cryptomonnaies pourraient survivre et prendre le marché. Selon lui, le potentiel du bitcoin vient du fait qu’il est «une technologie avant d’être une monnaie», un «actif digital protégé par la cryptographie». La valeur du réseau et du potentiel d’utilisateurs, plus celle de la sécurisation du système et les milliards de dollars d’infrastructure, confèrent à ce marché des qualités de placement réelles, analysent les consultants Albert Mavashev et Lev Gelfer, deux entrepreneurs new-yorkais du monde des logiciels, de la fintech et du private equity. 

Le marché du bitcoin, très spéculatif jusqu’ici, a certes profité de l’afflux des petits investisseurs, avec jusqu’à 100'000 nouveaux utilisateurs par jour sur la plateforme d’échange Coinbase, notamment. Mais l’arrivée du trading d’options et contrats à terme sur le marché américain apporte un potentiel massif, estime Jonathan Sabbagh, car les investisseurs institutionnels peuvent à présent parier sur l’actif sans le détenir, y compris avec du levier.

Des services de custody

«Il y aura toujours un risque si l’investisseur n’est pas porteur du bitcoin en direct. Des bourses comme Gemini et Coinbase ont lancé des services de custody car les institutionnels doivent avoir un dépositaire. Théoriquement, le principe est le même que pour les matières premières: il est toujours mieux de détenir du bitcoin en direct.» 

Des asset managers pourront émettre des produits financiers (ETF ou fonds de placement) sur les cryptomonnaies. Le potentiel de valorisation viendra de la demande des institutionnels: «Même s’ils placent 0,5%, cela aura un impact très important sur le prix. Jusqu’ici, ils ne sont pas vraiment entrés sur le marché des cryptomonnaies.» Par contre, pour les analystes d’Element Group, il faut tenir compte de l’important potentiel de manipulation des prix du bitcoin depuis que les futures sur bitcoin existent.

«Dans les semaines précédant le lancement des futures sur le CBOE, écrivent-ils, les gros acteurs du marché ont pris des paris massifs sur le sous-jacent, faisant enfler le cours du bitcoin, puis ont compensé leur exposition en shortant des futures, avant de vendre le sous-jacent et de clore l’opération sur des gains. Ceci a joué un rôle dans la récente chute du prix.»

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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