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Pourquoi il faut investir dans l'or avant l'été

L'or est un placement à part, dont les cours connaissent une saisonnalité particulière. Et les premiers jours de l'été sont traditionnellement une période de prix bas avant une soudaine envolée des cours dans les semaines de juillet à septembre. Explications.

Les cours de l'or s'envolent traditionnellement pendant l'été.

Crédits: DR

Sur les dix dernières années, l'once d'or fin a connu huit envolées majeures sur la période estivale. Seules les années 2014 et 2015 ont contredit cette règle. En 2007, l'once passe de 643 à 831 dollars entre le 27 juin et le 9 novembre. En 2009, l'once passe de 930$ le 2 juillet à 1217$ le 3 décembre. En 2011, l'once passe de 1528$ le 6 juillet à 1828 le 31 août. Plus près de nous, en 2016, l'once passe de 1211$ le 1er juin à 1344$ le 7 septembre.

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Sur la décade écoulée, seules deux années auront échappé à cette règle: en 2014, l'once est à 1321$ le 30 juin et 1244 le 20 octobre; en 2015, l'once est à 1178$ au 29 juin et 1173$ le 19 octobre. Mais en 2016, la tradition a été de retour: l'once d'or fin à 1211$ le 1er juin et 1344$ le 7 septembre. Presque chaque année donc, le cours de l'or recule au printemps et bondit entre mi-juillet et mi septembre (voire plus tard certaines années).

Evolution du cours de l'once d'or entre 2007 et 2017

Si on élargit à une période plus large encore, la tendance se confirme: «On peut constater que mars et avril sont les pires mois de l'année pour les prix de l'or. Après cela, les seuls mois bas sont juin et juillet. Nous avons constaté que les données historiques nous recommandent d'acheter avant août», constate Jeff Clark, analyste senior en métaux précieux chez GoldSilver.com.

Evolution moyenne mensuelle des prix de l'or entre 1975 et 2016

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette saisonnalité. L'explication géographiquement la plus proche réside dans la haute saison touristique en Occident et notamment en Europe: les bijoutiers et joailliers font face en juillet et en août à des afflux de visiteurs dans les boutiques, mais cela tire rarement la demande vers le haut. En effet, les artisans joailliers et bijoutiers ont déjà leurs stocks de produits prêts depuis la fin du printemps et savent qu'ils seront souvent sollicités par leurs équipes commerciales pour renseigner des clients, donc moins disponibles pour façonner. De plus, la saison touristique constitue également une période où les cambriolages et braquages sont plus fréquents, d'où une volonté de limiter les pertes éventuelles.

Le déclenchement des crises à la fin de l'été

«Le prix de l’or manque de souffle en juin et début juillet, les joailliers occidentaux réduisant leurs achats de métal précieux à l’amorce des vacances d’été, afin d’optimiser leur trésorerie et de limiter les risques de vol. Cependant, à partir de mi-juillet, ils commencent à les étoffer pour se préparer en vue de la rentrée de septembre», explique Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI Asset Management, à nos confrères du magazine français Capital.

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Autre facteur explicatif: la récurrence de crises au sortir de l'été. Le déclenchement de la crise des subprimes est intervenu en août 2007 aux Etats-Unis, les prémices de l'éclatement de la bulle dotcom sont survenus em septembre 2000, l'attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001, l'invasion du Koweit par Saddam Hussein le 2 août 1990,... Ces événements combinés à des vacances incitent les investisseurs prudents à renforcer leurs réserves en or dès le mois de juillet.

D'autres facteurs majeurs de ces courbes saisonnières du cours de l'or se situent en Asie, continent majeur pour la demande en métal jaune. En Inde notamment, longtemps premier marché mondial pour l'or (avant d'être légèrement dépassé en 2014 par la Chine), trois raisons expliquent l'importante demande en métal précieux dès le mois de juillet: période des récoltes, fête des lumières (Diwali) et saison des mariages.

Récoltes, mariages, fête des lumières

Alors que la roupie indienne n'a cessé de perdre de la valeur ces dernières années, les paysans indiens sont plus que jamais friands de bijoux en or: ceux-ci, en plus d'être des marqueurs de la réussite sociale, constituent des réserves de richesse sans égal aux yeux des populations rurales qui n'hésitent pas à acheter massivement des colliers, parures, bagues et bracelets lorsque les récoltes sont abondantes.

Les mariages débutent en général en Inde quelques semaines après la fin des moissons, soit vers fin septembre, et se tiennent jusqu'en janvier. Et la tradition de la dot de la mariée reste toujours très vivace. De même que les cadeaux entre les familles des deux époux et à destination du couple. Là aussi, l'or est au centre des traditions. Aussi bien sous forme de bijoux que de pièces et de médailles.

Enfin, la fête des lumières ou Diwali (qui débute le 19 octobre en 2017), est un temps fort des calendriers pour les hindous mais aussi les jaïns et les sikhs. Dhanteras, premier jour de Diwali, est consacré à Lakshmi, la déesse de la prospérité. Ce jour-là, à l'instar de Noël dans le monde chrétien, il est de coutume de s'offrir des cadeaux. Encore une fois, l'or est très recherché, sous forme de bijoux notamment.

«Pour les métaux précieux spécifiquement, la plupart des festivals et foires où l'or se vend et s'achète  en Asie et surtout en Inde démarrent avec l'approche de l'automne, ce qui fait que la demande est basse au début de l'été, donc des prix encore bas», ajoute Jeff Clark.

Ces trois périodes clefs se situent entre septembre et janvier. Mais les joailliers préparent les pièces dès le mois d'août, en s'appuyant notamment sur l'intensité du phénomène de la mousson pour prévoir la qualité de la récolte et donc la conjoncture économique. C'est donc dès début à mi-juillet qu'ils passent la majorité des commandes d'or pour façonner les bijoux ou frapper pièces et médailles.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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