Bilan

Pour Credit Suisse, 2016 marque la "rupture" de la mondialisation

Avec le Brexit et l'élection de Trump, 2016 marque l'essoufflement de la mondialisation, tandis que le commerce mondial semble avoir atteint un plafond, estime Credit Suisse.

Les inégalités et la migration apparaissent comme les principales menaces pour la mondialisation.

Crédits: AFP

Pour Credit Suisse, l'année 2016 a marqué la "rupture" de la mondialisation. Pour preuve, le Brexit et l'élection de Donald Trump, tandis que le commerce mondial semble avoir atteint un plafond, estiment les chercheurs du numéro deux bancaire helvétique.

Sur le plan politique, plusieurs évènements laissent penser que l'année écoulée restera dans les mémoires comme celle où la mondialisation s'est essoufflée, souligne le nouveau rapport du Credit Suisse Research Institute (CSRI) publié jeudi. Ses auteurs se voient confirmés dans leur conviction, déjà ancienne, que l'économie globale évolue vers la multipolarité.

"La mondialisation a été le moteur économique le plus puissant de ces dernières décennies", écrit Urs Rohner, président du conseil d'administration de Credit Suisse, cité dans le communiqué. Mais 2016 a changé la donne. "La rupture de rythme dans le commerce mondial et la régionalisation politique constitueront des défis", selon le dirigeant.

Les inégalités et la migration apparaissent comme les principales menaces pour la mondialisation, vu leur impact sur les électeurs des pays développés. La démonstration en est faite par l'issue du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) et celle de l'élection présidentielle américaine.

Commerce menacé

En 2017, c'est le sort des échanges commerciaux qui se joue. Donald Trump a promis de renégocier l'accord de libre-échange de l'Amérique du Nord (Alena) et de retirer son pays de l'accord de partenariat transpacifique (TTP). Ce traité entre les Etats-Unis, le Japon et un groupe de pays asiatiques, signé en 2015, ne sera donc probablement pas ratifié.

Le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) entre Washington et Bruxelles est lui aussi gelé, attaqué par la société civile et certains pays européens. "Les mesures d'obstruction aux échanges vont s'accentuer", prédit le CSRI.

La santé du commerce global, indicateur élémentaire de la mondialisation, reste d'ailleurs à surveiller de près. Il a rebondi après la crise financière et retrouvé son niveau de 2008/2009, un pic historique. Or la courbe de l'activité s'est aplatie en 2016, donnant l'impression "que les échanges commerciaux, et par extension, la mondialisation, ont atteint leur limite supérieure".

Outre la montée du protectionnisme, le laboratoire d'idées de Credit Suisse s'inquiète de la dette, même en période de taux bas. Les banques centrales devront aussi soigner leur crédibilité et éviter de mauvaises décisions. Les risques de récession, de conflit militaire - notamment en mer de Chine - de guerre informatique ou encore d'événement climatique demeurent d'autres dangers potentiels.

Dans un contexte en mutation, les auteurs du rapport invitent à "accepter" la voie de la multipolarité et à mettre en place d'ores et déjà des règles et des institutions qui fonctionnent dans un tel système. En effet, la Banque mondiale ou l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pourraient bientôt s'avérer obsolètes.

Par exemple, faute d'accords commerciaux, les grandes économies (Etats-Unis, UE, Japon, Inde et Chine) pourraient créer un organe de coordination pour réduire les litiges, imaginent les chercheurs de la banque aux deux voiles. L'Europe quant à elle devrait se doter des institutions nécessaires pour parler "d'une seule voix" sur les questions économiques, financières et diplomatiques.

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