Bilan

Porté par Elon Musk et Tesla, le bitcoin bat de nouveaux records

La monnaie virtuelle a dépassé pour la première fois le seuil des 60'000 dollars de valorisation. En Suisse, ce moyen de paiement fait son entrée chez Manor et Valora.

Manor et Valora lancent des bons d'achat en bitcoin alors que le cours de la monnaie cryptée est au plus haut.

Crédits: AFP

C'était samedi dernier. Le 13 mars, le bitcoin a franchi pour la première fois le seuil des 60'000 dollars pour atteindre 60'400 dollars à son apogée. Une envolée qui vaut à la monnaie cryptée de se retrouver à nouveau sous les feux des projecteurs, après son précédent record établi le 21 février (51'552 dollars). Relayée par la presse américaine, la nouvelle d'importants profits réalisés par Tesla grâce à ses investissements en bitcoin a contribué à cette nouvelle flambée.

Début février, le fondateur de Tesla, Elon Musk, avait déjà dopé le bitcoin des en investissant 1,5 milliards de dollars cette monnaie. Dans la foulée, l'entrepreneur annonçait que la monnaie virtuelle serait acceptée comme moyen de paiement pour l'achat de ses véhicules. Élément porteur du rally de mars, la prochaine entrée en bourse de la plateforme américaine Coinbase, forte de quelque 43 millions de clients.

Les actifs sous gestion ont fait un bond de 6 à 20 milliards de dollars depuis avril 2020. Aux dernières nouvelles, la valorisation se situe entre 80 et 100 milliards de dollars, soit davantage qu'Intercontinental Exchange, la société mère de la Bourse de New York. Attention toutefois aux élans d'enthousiasme, pointent les observateurs car les hausses rapides de valeur suivies de corrections brutales rappellent en tout point les bulles spéculatives des dernières années.

Une acceptation plus large

Toujours est-il que les signaux indiquant une banalisation du bitcoin se multiplient. Aux Etats-Unis, le fournisseur de cartes de crédit Mastercard a annoncé l'ouverture de son réseau aux cryptomonnaies, suivant ainsi le service de paiement en ligne PayPal. En Suisse, où les CFF acceptent d'ores et déjà la monnaie virtuelle comme moyen de paiement, le distributeur Manor et le groupe Valora (chez k kiosk et Press & Books) proposent dès ce printemps du bitcoin sous forme de bons d'achat. Les bons sont disponibles contre des francs. L'utilisateur doit activer les bitcoins à partir d'un smartphone ou d'un ordinateur.

L'acquéreur peut ainsi choisir d'utiliser sa monnaie virtuelle au moment où le taux de change est le plus favorable, au cas où le bitcoin monte. En contrepartie, si les cours s'effondrent, la valeur d'achat chutera d'autant. La société Värdex, la filiale de Bitcoin Suisse (basée à Baar/ZG) qui commercialise les bons en bitcoins, souligne dans la presse alémanique: «Les bons permettent de conserver les crypto monnaies en toute sécurité.»

«Le lancement de bons d'achat doit aider à démocratiser les crypto-monnaies en général. Mais de mon point de vue, je ne suis pas sûr de saisir l'utilité des bons cadeau en bitcoin car cette devise tient davantage de l'or numérique que d'un moyen de paiement efficace. Qui achète de l'or pour aller faire ses courses?», questionne Arnaud Masset, Senior Market Strategist chez Swissquote.

Vaut-il la peine d'entrer dans la course au bitcoin? La très sérieuse NZZ (Neue Zürcher Zeitung) recommande d'examiner d'abord au plus près la question des coûts (frais de gestion annuel et différentiel entre cours acheteur et vendeur) qui ont un impact direct sur les performances. Toujours selon le quotidien pourtant connu pour son conservatisme, les investisseurs tolérant au risque misant une petite partie de leur portefeuille peuvent tirer leur épingle du jeu, même si, très volatil, le bitcoin reste risqué.

A quel niveau acheter du bitcoin?

Arnaud Masser renchérit: «A court terme, il paraît risqué d'acheter du bitcoin car des corrections massives ont succédé aux fortes hausses en 2013 et 2017 déjà. A plus long terme, si l'on est persuadé de l'effet de rareté sur le prix du bitcoin, il n'y a pas de raison que son ascension s'arrête ici.» La hausse du bitcoin repose en effet sur l’idée que sa production est indépendante, et que son offre sera terminée dans quelques dizaines d’années (effet rareté sur l’offre) et qu’il n’est rattaché à aucun actif de mauvaise qualité (effet refuge).

Associé chez Bordier, Michel Juvet est d'un autre avis. «Les entreprises qui émettent des bons en bitcoin prennent des risques de change considérables Le bitcoin enregistre des variations de plus ou moins 20% sur quelques jours. Concernant l'opportunité d'investir dans le bitcoin, je suis dubitatif. On sait que les producteurs de bitcoin validant les transactions («mineurs») verront leur rémunération baisser régulièrement et que, par conséquent, à un moment plus personne ne voudra valider ces transactions en bitcoin. Pouvoir affirmer qu’il faut acheter du bitcoin à 50'000 dollars ou à un certain prix représente pour moi une escroquerie intellectuelle, ou une énorme spéculation réservée aux amateurs de casino en ligne. En revanche, je me réjouis de voir arriver les "stable coins", crypto-devises liées à une devise ou un actif précis.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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