Bilan

Peut-on encore croire les analystes?

Les résultats des entreprises sont souvent à côté des objectifs visés par les spécialistes et les investisseurs. Les fluctuations de cours sont parfois violentes.
  • Les spécialistes ont parfois l’impression de naviguer à vue.

    Crédits: Stephen Swintek/Getty Images
  • 1. Bénéfice par action publié, comparé aux attentes des analystes.

    2. Au jour de la publication des résultats, versus SPI hors dividendes.

    3. Estimations des bénéfices 2015, comparées aux bénéfices 2014 publiés.

    4. Aryzta: année comptable décalée, écart de profit semestriel

  • Panagiotis Spiliopoulos, directeur de la recherche chez Vontobel.

    Crédits: Dr

La saison des rapports annuels touche à sa fin. Il est donc grand temps d’en dresser le bilan. «Dans l’ensemble, les résultats ont été corrects et ont à peu près correspondu aux attentes», constate Jon Cox, patron de la recherche actions suisses chez Kepler Cheuvreux. Vraiment? Nous avons voulu y regarder de plus près et mesurer les divergences entre les bénéfices par action publiés par les entreprises et les opinions des analystes collectées par Bloomberg. 

L’évaluation montre que, aussi bien pour les bonnes surprises que pour les mauvaises, le cours des titres a fortement réagi, comparé avec l’ensemble du marché, et que le marché des actions a ainsi adapté à la réalité les attentes pour l’année en cours.

Priorité: les perspectives

Pour Michael Romer, chef de la recherche actions clientèle privée chez J. Safra Sarasin, les bonnes surprises ont dominé au niveau des chiffres d’affaires. Mais du côté des bénéfices, c’est plus mitigé. Il ne voit pas d’exemples de grandes divergences positives par rapport aux attentes du marché, hormis chez Adecco. Reste que le spécialiste du travail temporaire a répondu aux attentes de bénéfice uniquement parce que «l’évolution des marges a été très bonne et que les perspectives pour 2015 ont été confirmées», dit-il. L’action Adecco a réagi le jour de la publication des résultats par un mouvement supérieur de 5% à l’ensemble du marché.

Le producteur d’articles de boulangerie Aryzta a figuré parmi les grandes déceptions. Le résultat par action du premier semestre, bouclé à la fin janvier de l’exercice 2014-2015, a été inférieur de 31% aux attentes des analystes. La réaction des investisseurs a été très explicite: le titre a perdu 11,1% par rapport au Swiss Performance Index (SPI). Javier Lodeiro, analyste actions chez Credit Suisse, estime qu’il est un peu sommaire de n’examiner que le bénéfice par action.

Pour lui, la réaction du cours du titre est plus éloquente: «La modification de cours immédiate tient aussi compte de la perspective des affaires et de la décision sur le dividende.» On l’a vu pour le résultat de Credit Suisse: alors que le bénéfice annuel était inférieur aux attentes, les investisseurs ont évalué la décision sur le dividende comme une plus-value. C’est pourquoi les actions ont notablement augmenté. 

Manque de transparence

Reste que cette année la situation est sortie de l’ordinaire. Pour Panagiotis Spiliopoulos, directeur de la recherche chez Vontobel, les résultats réels auraient moins suscité d’intérêt que les années précédentes: «Dans un contexte monétaire turbulent, ce sont surtout les déclarations des managers sur les effets du franc fort qui ont intéressé.» Il déplore que la majorité des entreprises n’aient pas présenté de façon suffisamment transparente leur exposition aux devises jusqu’à l’événement de mi-janvier.

«Pour établir une analyse financière aussi précise que possible, il nous faut des détails sur les postes de coûts dans les principaux espaces monétaires, mais ceux-ci ne nous sont que rarement accessibles», ajoute Panagiotis Spiliopoulos. Sur les dix données indispensables, lui et ses collègues analystes n’en obtiendraient souvent que trois à cinq. Cependant, ces dernières semaines, la disponibilité à informer des entreprises aurait considérablement augmenté, car les directions ont compris qu’elles contribuaient ainsi à accroître la qualité des analyses.

Les investisseurs ont eux aussi tiré un trait sur l’appréciation des rapports annuels 2014. Pour eux comme pour les analystes financiers, il s’agit désormais de pouvoir évaluer les perspectives des entreprises. Pour Panagiotis Spiliopoulos, afin que les valeurs d’actions à la hausse puissent être maintenues ou même améliorées, il importe que les investisseurs et les analystes se montrent plus confiants quant à la concrétisation de l’augmentation du chiffre d’affaires pronostiquée par les entreprises.

En perpétuelle évolution

Les attentes des spécialistes boursiers et le consensus qui s’en dégage restent susceptibles d’erreurs. Les investisseurs n’ont toutefois pas à rendre compte de leurs illusions. Il se produit sans cesse des évolutions dont on n’a pas tenu compte, notamment parce qu’une entreprise fait brusquement état de pertes susceptibles de réduire sa fiscalité ou parce que des contrats de couverture pour modification de taux ou de cours de change auraient été bouclés à la suite de la comptabilisation d’un bénéfice.

Pour bien des entreprises, le renforcement du dollar compense pour une part la faiblesse de l’euro. Les taux bas maintiennent une conjoncture vive et des coûts de financement réduits. Le cycle des révisions d’estimation de gains ne ressemblera cependant pas à celui des années passées.

Mais si, en cours d’exercice 2015, les analystes financiers accroissent leurs évaluations, alors les investisseurs auront seulement pris de l’avance sur l’opinion des experts, et le niveau des cours d’actions demeurera tenable.

La conclusion s’impose donc qu’avec leur inclination aux actions les investisseurs se comportent en ce moment de manière plus audacieuse que les analystes avec leurs évaluations des entreprises. 

* Finanz und Wirtschaft

Martin Lüscher

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Endettement: une bombe à retardement?

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."