Bilan

Peut-on battre le marché sur le long terme?

Depuis des décennies, on assiste à l’utilisation massive de la technologie pour aider les investisseurs dans leurs prises de décisions. Avec l’avènement du trading à haute fréquence, des algorithmes sophistiqués et du big data, dans quelle mesure un investisseur lambda peut-il espérer battre le marché ?

L’investissement actif est un jeu à somme nulle. Si vous souhaitez battre le marché, il faut battre le consensus.

Crédits: Getty Images

Un débat est ouvert depuis plus de quarante ans sur la question de l’efficience des marchés. Théorisée par Eugène Fama dans les années 1970, son hypothèse est simple. Il avance qu’un marché est efficient si les prix intègrent à tout moment l’ensemble de l’information disponible. On peut, dès lors, subodorer que l’amélioration continuelle de la technologie et en particulier celles liées à l’information a renforcé son postulat.

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Or, rien n’est moins sur et admettre ou non ce postulat est lourd de conséquences quant à la stratégie à adopter. Si vous pensez que les marchés ne sont pas efficients, vous opterez plutôt pour une stratégie dite active. Autrement, elle sera passive.

L’investissement actif est un jeu à somme nulle

Ce qu’il faut comprendre c’est que lorsque l’on veut battre le marché, nous sommes en présence d’un jeu à somme nulle. La surperformance d’un acteur par rapport au marché se fait toujours au détriment d’un autre acteur qui le sous-performera. Warren Buffett utilise régulièrement une métaphore pour décrire ce phénomène: « Si vous êtes à une table de poker et que vous n’arrivez pas à savoir lequel de vos adversaires va être le pigeon de la soirée, c’est qu’il y a de fortes chances que ce soit vous». Autrement dit, si le prix d’une action reflète le consensus que les investisseurs se font d’une entreprise, pour battre le marché, il faut tout simplement battre le consensus. C’est le principe même du pari.

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Et pourtant, de nombreux papiers académiques montrent que plus de trois quarts des investisseurs actifs font moins bien que le marché. Cela explique l’engouement pour la gestion indicielle qui consiste à répliquer la performance d’un indice boursier. Pour Lyxor ETF (3e fournisseur d’ETF en Europe), « Entre gestion active et gestion passive, tout n’est pas noir ou blanc. Sur certains marchés la gestion active a du sens et les gérants sont capables de générer de l’alpha, mais dans d’autres cas, la gestion passive offre de meilleures performances et des frais moindres. L’idéal est de trouver la meilleure combinaison des deux pour optimiser ses portefeuilles».

Un individu n’est pas rationnel

Dans les années 90, l’avènement de la finance comportementale a remis en cause cette idée d’efficience des marchés. En appliquant les avancées de la psychologie à la finance, des penseurs tels que Robert Schiller ont pu souligner l’irrationalité des acteurs sur les marchés financiers. Pour Nadia Grant, responsable du marché actions US de Columbia Threadneedle Investments, « il existe des biais comportementaux chez les individus comme l’excès de confiance, l’aversion aux pertes ou l’inertie qui créent des opportunités qu’il est possible d’exploiter». À la tête d’une équipe gérant une gamme de portefeuilles totalisant dix milliards de dollars, elle réussit régulièrement à battre le S&P 500.

Mais cette reconnaissance de l’irrationalité des acteurs est au fond ce qui caractérise la définition même de l’économie. Selon Robert Schiller, c’est « la science de l’échange » et cet échange se fait toujours in fine entre des individus. La nature humaine étant à la base de l’activité économique, les milliards investis chaque année dans la technologie (algorithmes, trading à haute fréquence, etc.) pour capter les moindres anomalies du marché n’y changeront rien. La psychologie humaine conservera ses traits de cupidité, d’enthousiasme, de pessimisme ou de joie. Dès lors, celui qui se positionnera en face pour « parier » sur ces faiblesses pourra toujours espérer battre le marché.

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