Bilan

Peut-on battre le marché à long terme?

Avec l’avènement du trading à haute fréquence, des algorithmes sophistiqués et du big data, dans quelle mesure un investisseur lambda peut-il réussir à surperformer? Analyse.

Faut-il préférer une gestion active ou passive? Cela dépend des marchés.

Crédits: Lukas Jackson/Reuters

Un débat est ouvert depuis plus de quarante ans sur la question de l’efficience des marchés. Dans les années 1970, l’économiste américain Eugene Fama émet une hypothèse simple: un marché est efficient si les prix intègrent à tout moment l’ensemble de l’information disponible. On peut, dès lors, supposer que l’amélioration continuelle des technologies, et en particulier celles liées à l’information, a renforcé

son postulat. Or, rien n’est moins sûr, et admettre ou non ce postulat a des conséquences sur sa gestion d’actifs. Ceux qui pensent que les marchés ne sont pas efficients optent plutôt pour une stratégie dite active. Autrement, elle sera passive.

Un jeu à somme nulle

Battre le marché est un jeu à somme nulle. La surperformance d’un acteur par rapport au marché se fait toujours au détriment d’un autre acteur qui le sous-performera. L’investisseur Warren Buffett utilise régulièrement une métaphore pour décrire ce phénomène: « Si vous êtes à une table de poker et que vous n’arrivez pas à savoir lequel de vos adversaires va être le pigeon de la soirée, c’est qu’il y a de fortes chances que ce soit vous.» Autrement dit, si le prix d’une action reflète le consensus que les investisseurs se font d’une entreprise, pour battre le marché, il faut tout simplement battre le consensus. C’est le principe même du pari.

Et pourtant, de nombreux papiers académiques montrent que plus des trois quarts des investisseurs actifs font moins bien que le marché. Cela explique l’engouement pour la gestion indicielle qui consiste à répliquer la performance d’un indice boursier. Pour Lyxor ETF, «tout n’est pas noir ou blanc. Sur certains marchés, la gestion active a du sens
et les gérants sont capables de générer de l’alpha, mais dans d’autres cas, la gestion passive offre de meilleures performances et des frais moindres. L’idéal est de trouver la meilleure combinaison des deux pour optimiser ses portefeuilles.»  

L’individu n’est pas rationnel

Dans les années 1990, l’avènement de la finance comportementale a remis en cause cette idée d’efficience des marchés. En appliquant les avancées de la psychologie à la finance, des penseurs tels que Robert Shiller ont pu souligner l’irrationalité des acteurs sur les marchés financiers. Pour Nadia Grant, responsable du marché actions US de Columbia Threadneedle Investments, «il existe des biais comportementaux chez les individus comme l’excès de confiance, l’aversion aux pertes ou l’inertie qui créent des opportunités qu’il est possible d’exploiter». A la tête d’une équipe gérant quelque 10 milliards de dollars, elle réussit régulièrement à battre le S&P 500.

Mais cette reconnaissance de l’irrationalité des acteurs est au fond ce qui caractérise la définition même de l’économie. Selon Robert Shiller, c’est « la science de l’échange » et cet échange se fait toujours in fine entre des individus. La nature humaine étant à la base de l’activité économique, les milliards investis chaque année dans la technologie (algorithmes, trading à haute fréquence, etc.) pour capter les moindres anomalies du marché n’y changeront rien. La psychologie humaine conservera ses traits de cupidité, d’enthousiasme, de pessimisme ou de passion. Dès lors, celui qui se positionnera en face pour «parier» sur ces faiblesses pourra toujours espérer battre le marché. 

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