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Pétrole: vers un rééquilibrage en 2016

Malgré l’arrivée prochaine sur le marché de 500 000 unités quotidiennes en provenance d’Iran, le baril pourrait remonter autour de 50 dollars d’ici la fin de l’année. En cause, une baisse de production hors OPEP qui devrait se poursuivre.

Une baisse sensible de la production nord-américaine est déjà à l’œuvre.

Crédits: DR

Ce ne sont pas moins de trois banques d’investissement, dont Morgan Stanley, qui tablent désormais sur un baril à 20 dollars. Des prévisions alarmistes qui ne semblent pas soutenables à moyen terme, selon Olivier Jakob, spécialiste des marchés pétroliers et CEO de la société de recherche Petromatrix à Zoug. «On est sur un produit qui peut varier de trois dollars en une journée, ou 10 en une semaine, alors une sur-réaction à court terme n’est jamais à exclure. Cependant, la surabondance actuelle devrait se résorber».

Une production à perte intenable hors OPEP

L’analyse surprend, d’autant plus que l’OPEP vient d’écarter il y a deux jours la proposition de son président, le ministre Nigérian Emmanuel Ibe Kachikwu, d’une baisse concertée de la production. Pour Olivier Jakob, l’Arabie Saoudite poursuit sa politique d’étouffement du marché, entamée en 2014 : «Il n’y a pas de position commune des pays de l’OPEP sur la question. L’Arabie saoudite dispose de réserves pour tenir longtemps sur un marché aussi bas, ce qui n’est pas le cas du Nigeria, du Venezuela entre autres.»

Avec un budget 2016 scénarisé sur un pétrole à 50 dollars, l’Algérie par exemple fait actuellement face à une situation critique, qui ne devrait pas infléchir pour autant le «partenaire» saoudien, et ses 265 milliards de barils de réserve.

Dans le viseur de l’Arabie Saoudite, les Nord-Américains, contraints de vendre à perte. A la différence du pétrole saoudien, produit à moins de 10 dollars le baril, le «Heavy canadian», extrait des sables bitumeux, revient autour de 30. «Facteur aggravant, ce pétrole assez lourd se négocie actuellement autour de 15 dollars le baril, contre 30 pour le Brent et le pétrole américain, le WTI», relève Olivier Jakob. Des coûts d’extraction élevé, que l’on retrouve également pour le pétrole de schiste aux Etats-Unis.

Une baisse de l’offre américaine déjà amorcée

Face à cette situation, une baisse sensible de la production nord-américaine est déjà à l’œuvre. «Dès le franchissement du plancher de 50 dollars, la tendance s’est amorcée. Rien que pour la région de l’Eagle Ford aux Etats Unis, on a enregistré 450 000 barils quotidiens de moins sur un an. A un niveau de 30 dollars, la situation va s’aggraver», considère Olivier Jakob, qui reste confiant sur la capacité du marché à absorber le demi-million de barils quotidien d’Iran, qui entreront en Occident dès la semaine prochaine: «Le marché a déjà anticipé la fin de l’embargo, ce n’est pas une surprise. Qui plus est, l’Iran exportait déjà sur le marché asiatique».

Un rééquilibrage est donc envisageable d’ici à la fin de l’année. «Les investissements américains, en particulier dans les nouveaux forages sont stoppés, détaille Olivier Jakob. Le baril pourrait remonter d’ici à six mois autour de 50.» L’analyste prévoit même un retour des tensions sur le marché dès 2017.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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