Bilan

Pertes records en vue pour les bookmakers anglais

Le probable titre de champion d'Angleterre de football pour le club de Leicester va réjouir ses supporters. Mais le sacre de cet outsider pourrait également générer des pertes colossales pour les bookmakers britanniques.
  • Le club de Leicester City crée la surprise cette année en championnat d'Angleterre de football et pourrait remporter le titre national.

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  • Riyad Mahrez et ses coéquipiers pourraient faire énormément de tort aux bookmakers s'ils remportaient la Premier League cette saison.

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  • Les parieurs ayant privilégié les favoris devraient perdre gros, tandis que ceux qui ont osé miser sur Leicester pourraient toucher le pactole.

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Le 15 mai 2016, Leicester pourrait être sacré champion d'Angleterre. Le club du centre de l'Angleterre, en remportant la Premier League, deviendrait le premier lauréat de la compétition à ne pas faire partie du «club des quatre» (le «big four» recomposé) qui ont trusté l'ensemble des titres depuis 1996: Manchester United (11 titres depuis 1996), Chelsea (4), Arsenal (3) et Manchester City (2). Depuis les Blackburn Rovers en 1995, aucune équipe hors de ce quatuor aux moyens démesurés n'a réussi à inscrire son nom au palmarès. Pas même Liverpool.

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En début de saison, les bookmakers britanniques avaient donc beau jeu de miser sur les quatre gros, avec des cotes très faibles sur ces équipes, contre des gains potentiels extraordinairement élevés pour des outsiders comme West Ham, Tottenham, Swansea ou Everton. Mais qui aurait misé un penny sur Leicester City, qui avait péniblement atteint la 14e place en 2014-2015, lutté contre la relégation pendant de longs mois, et n'avait pas réalisé un mercato très flamboyant en recrutant essentiellement des seconds couteaux de clubs français? De plus, le club n'a jusqu'à présent remporté que trois Coupes de la ligue et une Community Shield. Jamais aucun championnat majeur. Et l'équipe n'avait rejoint la Premier League qu'à l'été 2014. Chez les parieurs, sa cote était de 5000 contre 1.

Des pertes faramineuses pour William Hill

Neuf mois plus tard, l'équipe entraînée par l'Italien Claudio Ranieri caracole en tête du championnat anglais et pourrait célébrer son titre dès ce week-end si le club venait à faire au moins match nul à Old Trafford contre Manchester United et si, dans le même temps, son dauphin Tottenham ne l'emportait pas à Londres contre Chelsea. Ce serait la première fois depuis 1978 et Nottingham Forest qu'un club jamais titré encore décrocherait le titre. Et pour les parieurs audacieux ayant par exemple misé 50£ sur Leicester l'été dernier, cela pourrait leur rapporter la bagatelle de 250'000£.

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Si certains pourraient donc s'enrichir brusquement grâce à leurs audacieux paris, d'autres pourraient pâtir de ce résultat. Au premier rang des perdants se situent les gros bookmakers et spécialistes britanniques des paris, qui assurent le coup chaque année en misant sur les favoris et quelques seconds couteaux, mais rarement voire jamais sur les purs outsiders comme Leicester. Pour eux, les pertes pourraient se chiffrer en millions de livres Sterling. L'un des plus importants parieurs, William Hill, a annoncé voici quelques jours, que ses pertes pourraient s'élever à trois millions de livres en cas de titre de Leicester.

Si William Hill est l'un des plus gros acteurs de la branche, c'est tout le secteur qui devrait pâtir: William Hill a estimé les pertes pour l'ensemble des acteurs à plus de dix millions de livres. Soit les pertes les plus importantes de l'histoire du championnat anglais de football. De quoi fragiliser pendant quelques mois des sociétés de paris et des bookmakers (avant sans doute que les grands clubs ne regagnent le titre).

Le rachat des paris de plus en plus ardu

Pour minimiser ces pertes, certains acteurs du secteur ont contacté les rares parieurs qui avaient misé en début de saison sur Leicester. Leur objectif: parvenir à un accord financier pour racheter leur pari. Sur le principe d'un accord avec versement de cash immédiat, le parieur renonçait à un gain potentiel en fin de saison. Cette stratégie a ainsi permis de convaincre John Pryke, un supporter de l'équipe entraînée par Claudio Ranieri, qui avait misé 20£ en début de saison et aurait pu toucher 100'000£ le 15 mai. Des bookmakers lui ont ainsi offert 29'000£ pour lui racheter son pari. Trop stressé au fil des semaines par les enjeux sportifs et financiers, il a craqué et signé l'accord avec les bookmakers.

Mais cet accord est intervenu début mars, alors que le championnat était encore loin de son terme et que plusieurs équipes pouvaient encore disputer le titre à Leicester. Mais avec l'approche de la dernière journée de championnat, les perspectives de gains s'améliorent pour les parieurs et il devient de plus en plus ardu de les convaincre de renoncer à leur pari.

 

 

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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