Bilan

Pays émergents: «C’est le moment d’investir»

Nombre de devises émergentes sont en chute libre. L’occasion de revenir sur les dettes locales? Oui, mais avec sélectivité, affirme l’expert Yacov Arnopolin, de Goldman Sachs.

Yacov Arnopolin gère plusieurs fonds en dettes de pays émergents.

Crédits: Dr

La sévère chute des prix du pétrole et des autres matières premières, combinée à la hausse du dollar sur fond d’attente de prochaine remontée des taux par la Réserve fédérale américaine, a entraîné un véritable séisme économique pour de nombreux pays émergents.

Les flux de capitaux qui avaient largement irrigué ces économies depuis le début de la crise financière se sont inversés depuis plusieurs mois car les investisseurs misent de nouveau sur les pays développés. D’où une sorte de cercle vicieux pénalisant de nombreux pays émergents où la réduction des liquidités disponibles induit une contraction des crédits et un ralentissement économique.

La décision prise par la Banque centrale de Chine de dévaluer le yuan face au dollar a accentué la pression à la baisse sur les devises des émergents, dont certaines ont perdu plus du quart de leur valeur face au dollar depuis le début de l’année. Globalement, les devises de l’ensemble des pays émergents ont ainsi atteint leurs plus bas niveaux depuis cinq ans. 

Dans la foulée, les marchés d’actions et d’obligations en monnaie locale de ces pays ont également nettement piqué du nez. L’indice représentatif de l’ensemble des émergents – le MSCI Emerging Markets Index – a perdu 18% de sa valeur depuis le début de l’année.

Est-ce dès lors le bon moment pour miser sur la dette des pays émergents, en monnaie locale ou en dollar? Lombard Odier IM et ETF Securities ont coté à Londres le 10  septembre un ETF sur les emprunts d’Etat des émergents en devise locale dit «smart beta», car construit selon des indicateurs fondamentaux liés à la solvabilité et à la capacité de remboursement des émetteurs, pour éviter la surreprésentation des pays les plus endettés qui est de fait dans les indices globaux représentatifs de la dette des émergents.

Yacov Arnopolin, managing director and portfolio manager, emerging market debt chez Goldman Sachs Asset Management, est responsable de la gestion de plusieurs fonds en dettes de pays émergents. A fin septembre, les fonds GSAM investis sur la dette émergente en dollar affichaient une performance positive sur un an. La dette émergente offre aux yeux de ce spécialiste de belles opportunités. Interview.

N’est-ce pas dangereux d’investir dans la dette émergente alors que le yuan pourrait être de nouveau dévalué?

La dévaluation de quelque 4% face au dollar décidée en août est modérée et nous pensons que cette décision sera suivie d’une période de stabilité pour le yuan à moyen terme.

Les devises des pays émergents sont-elles maintenant bon marché?

Nous sommes encore dans un environnement d’affaiblissement du prix des matières premières qui va continuer à fragiliser les pays producteurs. Mais pour d’autres pays, la baisse déjà constatée de leur devise semble excessive et offre selon nous des opportunités: c’est le cas du peso mexicain. Une des stratégies clés dans une telle période d’instabilité est de bien différencier parmi les pays émergents ceux qui souffrent et vont continuer à souffrir de la baisse du prix des matières premières et ceux qui en bénéficient car ils en sont de gros importateurs. 

Concrètement, comment traduisez-vous cette stratégie dans la gestion de vos portfolios?

Nous prenons des positions «short» sur un panier de monnaies – comme le dirham des Emirats arabes unis ou encore des devises asiatiques comme le won sud-coréen, le dollar de Singapour et le dollar de Taïwan – et des positions longues sur d’autres monnaies – telles la roupie indienne, le peso mexicain ou le zloty polonais.

Pour les investisseurs ayant un horizon de deux à trois ans, c’est le bon moment pour investir dans la dette des pays émergents, même en monnaie locale. Nous privilégions toutefois les titres émis en dollar qui ont, de notre point de vue, trop baissé. La dette en dollar de certains de ces pays rapporte encore 6%. Nous recommandons aux investisseurs de choisir des fonds de placement offrant une très large diversification du portefeuille et une liquidité journalière.

Quid du risque crédit des pays émergents?

Pour de nombreux pays émergents, le ratio dette-PIB est faible. A nos yeux, la dette d’Etat du Mexique ou de la République dominicaine est intéressante.

Et les pays africains?

De nombreux pays africains sont trop dépendants du prix des matières premières car ils n’ont pas suffisamment diversifié leur économie.  

Geneviève Brunet

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