Bilan

Où investir pour contrer les taux négatifs?

Un séminaire de la BCGE évoque les alternatives à envisager pour trouver du rendement. Une solution: miser sur les PME non cotées.
  • Parmi les stratégies de placement évoquées: le financement du négoce de matières premières.

    Crédits: Nattanan SRISUT/123RF

Face au défi des taux négatifs, la gestion alternative est-elle un leurre ou une opportunité? C’est la question que s’est posée la BCGE dans le cadre des séminaires organisés à l’occasion de son bicentenaire.

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Alors que, selon une enquête de Swisscanto, 55% des caisses de pension en Suisse ont payé quelque 50  millions du fait des taux négatifs, les intervenants se sont interrogés sur les solutions d’investissement alternatives aux obligations.

Hedge funds: le défi de la performance  

A cet égard, les hedge funds peuvent-ils offrir des rendements décorrélés et permettre à l’investisseur de s’affranchir du contexte des taux négatifs? «Les hedge funds, c’est avant tout du talent; c’est un gérant qui a de l’expérience et qui a déjà perdu de l’argent et connu des crises de marché», résume François-Serge Lhabitant, CIO de Kedge Capital, qui alloue près de 6 milliards de dollars à des hedge funds, dont plus de 80% pour compte propre. Kedge Capital appartient au groupe Waypoint Holdings, qui agit comme la holding d’investissement de la famille Bertarelli.

«Pour gagner de l’argent, il faut commencer par éviter d’en perdre.» Pour lui, un hedge fund est un fonds où le gérant se préoccupe du risque de baisse avant d’y être confronté. A cet égard, il met en garde contre les fonds de fonds et la fausse liquidité. «Aujourd’hui, tout et n’importe quoi s’appelle hedge fund pour pouvoir prélever des frais de performance.» Or «en moyenne, souligne-t-il, les gérants sont moyens, moins leurs frais. Et c’est pire dans les hedge funds.»

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Il s’agit donc de savoir sélectionner les meilleurs gérants. Que peut-on attendre des hedge funds? «Nous pensons qu’il est impossible de prédire le rendement, particulièrement à court terme», souligne François-Serge Lhabitant. La stratégie qui a le vent en poupe avec les taux négatifs: le global macro, répond l’expert.

«Dans un environnement de taux bas, la production de rendements est un défi, et les placements alternatifs n’échappent pas à la règle», résume Michel Gada, fondateur et CEO d’Olifan Finance. La loi autorise 15% de placements alternatifs pour les portefeuilles des caisses de pension. Mais la vraie proportion se situe plutôt autour des 2% (6% pour les plus grandes caisses). Or «il n’y a pas que les hedge funds comme placement alternatif», souligne Michel Gada, qui cite les produits dérivés, les matières premières, le private equity, les obligations convertibles ou les prêts aux entreprises.

Il rappelle que, si les actifs investis dans les hedge funds ont pratiquement doublé et que le nombre de fonds a crû de 25% depuis 2009, les stratégies se sont banalisées, notamment sous la pression des ETF, ces certificats cotés et liquides qui répliquent les indices. Certaines caisses de pension ont mis des restrictions statutaires sur la vente à découvert et l’effet de levier. Cela a considérablement réduit l’investissement dans les hedge funds, constate-t-il.

Il ne faut pas s’attendre à une décorrélation de la part des hedge funds, conviennent François-Serge Lhabitant et Michel Gada. «Quand les actions chutent, la seule chose qui monte, c’est la corrélation.» Font exception l’or, le franc suisse et les actifs réels. «Les hedge funds, qui réduisent la volatilité dans les phases de choc, ne captent pas beaucoup de performance dans les phases de hausse, décrit Michel Gada. Les tarifs des hedge funds ne se justifient que s’ils génèrent des performances élevées, poursuit-il. Car aujourd’hui, il existe des ETF qui permettent de répliquer des stratégies long/short actions sur les principaux marchés.»

Private equity: du rendement à long terme

Pour Constantino Cancela, responsable de BCGE Asset Management, les placements les plus simples et transparents sont ceux qui ont rapporté le plus ces dix dernières années: les obligations suisses, les actions suisses et l’immobilier suisse. A présent, quelle alternative face aux taux négatifs? Le private equity. «Notre principale conviction est l’investissement dans les entreprises.» Investir dans l’économie et la croissance réelles, et éviter les produits opaques et les actifs non productifs, est au cœur de la philosophie de la BCGE. «Quand on achète une entreprise, on n’achète pas des statistiques boursières, souligne Constantino Cancela. On colle à l’économie réelle et non financière.» 

Le private equity est, à cet égard, non pas de la gestion alternative, mais de la gestion d’entreprise selon lui. La majorité des entreprises ne sont pas cotées. A Genève, 10 sur 20'000 sont cotées en bourse. Et au niveau suisse, 200 le sont sur des centaines de milliers. Au sein du private equity, la stratégie «buyout/growth», soit le capital-développement pour des sociétés de taille moyenne, est celle qui offre un potentiel de rendement nettement supérieur sur le long terme, conseille le chef de l’asset management de la BCGE. Les gérants travaillent avec l’entrepreneur pour effectuer des améliorations stratégiques qui affectent les cash-flows, les marges et le chiffre d’affaires.

Autre stratégie proche que propose la BCGE: investir dans le financement de l’économie réelle, et en particulier dans la chaîne de valeurs du négoce de matières premières. La banque a lancé un fonds permettant aux investisseurs qualifiés de participer directement à un portefeuille de crédits bancaires pour des négociants d’énergie, métaux et matières agricoles, le Synchrony Trade Finance Co-Investment Fund.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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