Bilan

Où investir en 2016?

Gagner de l’argent sur les marchés l’an prochain pourrait demander encore plus de vigilance qu’en cette année 2015 chahutée. Conseils pour des placements avisés.
  • Un ralentissement économique va faire plonger les bourses, prédit l’investisseur Marc Faber.

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  • Damien Lanternier, gestionnaire: «Il faut être prêt à garder longtemps ses actions.»

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Vivement l’an prochain pour compenser une année 2015 riche en émotions négatives pour les investisseurs, particulièrement ceux basés en franc suisse? Rien n’est moins sûr. A l’heure où le franc pourrait être de nouveau sous pression et où la Chine montre des signes d’essoufflement, gagner de l’argent sur les marchés pourrait demander encore plus de vigilance.

Pour mémoire: le SMI avait plongé sous les 8000 points à l’annonce de l’abandon du taux plancher du franc face à l’euro, avait dépassé les 9500 points début août, avant de chuter de plus de 1000 points après la décision chinoise de dévaluer le yuan… Il se situe ces temps autour des 8900 points, soutenu comme les autres indices par l’espoir d’un prolongement de la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE et par la volonté désormais affichée de la Banque centrale chinoise de soutenir l’économie. L’indice des grandes capitalisations suisses, tout comme ses homologues américains et européens, n’a toutefois pas rejoint ses plus hauts de l’année.

Or, deux thèses s’affrontent. La première affirme que le plongeon des marchés boursiers de l’été n’est qu’une saine correction après six années de hausse continue des corbeilles et que les craintes d’une récession mondiale sont exagérées; à l’instar de la Banque Lombard Odier titrant la dernière édition de sa stratégie d’investissement trimestrielle: «Une crise de confiance, pas de croissance.» La seconde pointe au contraire le début d’une baisse sensible du prix des actions, comme le fait le célèbre investisseur Marc Faber qui affirme qu’un ralentissement économique va faire plonger les bourses, notamment américaines. 

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En sus, les stratèges oscillent entre crainte d’une déflation que ne parviendraient pas à conjurer les banques centrales et retour prévisible de l’inflation. 

Dans un tel contexte, détenir un bon volant de cash tient de la précaution élémentaire, ne serait-ce que pour saisir les bonnes affaires qui pourraient se présenter. Mais la volatilité sur tous les marchés – actions, mais aussi obligations et devises – favorise également les stratégies de stock-picking prévoyant une détention de titres à long terme, celles misant sur le long/short, les obligations convertibles, voire un éventuel retour sur la dette émergente.

Miser sur le stock-picking

Procéder à une analyse approfondie des perspectives bénéficiaires des entreprises qu’on souhaite mettre en portefeuille et déterminer un objectif de cours à atteindre avant de vendre: tel est le b. a-ba de la stratégie de sélection de titres dite «stock-picking». 

Les périodes de volatilité sur les marchés boursiers y sont propices. A condition de partager une conviction clé: «Pour réaliser de la performance sur les actions, il faut être prêt à les garder longtemps. Nous accompagnons les entreprises sur une période de quatre à cinq ans», rappelle Damien Lanternier, gestionnaire du fonds Echiquier Agressor de La Financière de l’Echiquier. La discipline de gestion est également essentielle: «Lorsqu’un titre a atteint l’objectif de cours visé, nous vendons toujours une partie de la position et nous procédons à une nouvelle analyse du potentiel de l’action.» 

En outre, pour des fonds de placement ouverts – les détenteurs de parts peuvent vendre à tout moment, obligeant ainsi le gérant à alléger certaines positions – il convient pour ce dernier d’être «très attentif au coût de la liquidité» et à sa capacité «à solder une position à tout moment», souligne ce spécialiste. 

Et de préciser ses choix du moment: «Actuellement, nous envisageons d’acheter des titres bancaires: l’essentiel des coûts liés à la réglementation a déjà été supporté par les banques et le début de reprise dans la zone euro devrait améliorer leurs marges.» Par ailleurs, «les équipementiers automobiles ont peut-être été survendus après le scandale Volkswagen: nous cherchons des opportunités dans ce domaine. Même situation pour les cycliques qui ont sans doute trop baissé pour certaines.»

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Le modèle d’affaires des entreprises choisies est également crucial. Ainsi de celui du «leader des hôpitaux privés en Allemagne, Fresenius SE. Il est dans notre fonds car il bénéficie du fait que dans ce pays le patient est remboursé, qu’il ait choisi d’être hospitalisé dans une clinique privée ou dans un hôpital public.»

Opter pour un fonds long/short

Bien adaptée en période de volatilité ou à l’orée d’une baisse durable des bourses plaidant pour une réallocation sectorielle, la stratégie long/short pratiquée par certains hedge funds consiste à miser simultanément sur la hausse à venir de certaines actions et sur la baisse d’autres titres. On achète les premières dans l’intention de les détenir longtemps (long) et on vend les seconds à découvert (short), en espérant les acquérir ultérieurement pour moins cher que le prix de vente négocié. 

Menée par de fins connaisseurs des actions utilisées, cette stratégie long/short est très réactive en fonction de l’évolution des marchés et permet théoriquement de gagner à la fois grâce à la progression de certains cours et à la baisse des autres. Ceux qui parieraient doublement faux risquant toutefois de perdre sur les deux tableaux… D’où l’importance de se pencher sur l’historique de performance du gérant d’un tel hedge fund.

Les ETF gardent leurs mérites

Investir passivement, de manière liquide et transparente, et à bon marché? C’est le choix d’un nombre grandissant d’investisseurs, qui optent pour les Exchange Traded Funds (ETF), ces fonds cotés en bourse qui traquent les indices. Cet instrument a vu 15% de hausse de ses encours en 2014, selon Sébastien Pache, responsable des régions Romandie et Tessin chez iShares Blackrock. «Le marché des ETF, c’est aujourd’hui quelque 3000 milliards de dollars, soit davantage que le marché des hedge funds», note-t-il. Sur les 4700 milliards que gère Blackrock, 1000 milliards sont gérés sous forme d’ETF. 

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James Dougall, responsable de Secure Wealth Management, un gérant indépendant qui utilise différents providers d’ETF, est favorable aux ETF sur actions européennes et japonaises. A court terme, il juge intéressant de miser tactiquement sur les pays émergents, avec une couverture monétaire. Les ETF ayant des obligations pour sous-jacent sont quant à elles vulnérables à une hausse des taux. «Mais celle-ci n’est pas pour demain, tempère Sébastien Pache. Il reste encore une marge de manœuvre, même si la période «buy and hold» est passée». 

Pour James Dougall, «le risque est plus élevé de voir une forte correction sur les actions l’an prochain». Les ETF sur actions seraient exposés en cas de retournement. 

Geneviève Brunet

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