Bilan

Nouvel outil d’e-learning sur l’investissement durable

Swiss Sustainable Finance lance une formation en ligne dédiée à la finance durable. A la fois synthétique et pratique, l'outil est destiné aux professionnels de la finance mais devrait être accessible au grand public dans un second temps.

Quatre modules composent la formation, qui sont chacun divisés en deux parties, alternant théorie et pratique.

Crédits: Pixabay

Swiss Sustainable Finance (SSF) a présenté mercredi 31 octobre à Genève un nouvel outil interactif destiné à former les professionnels de la finance aux enjeux de durabilité, co-développé avec Edmond de Rothschild (Suisse).

«La recherche académique et l’expérience de nos membres démontrent clairement qu’un des principaux points bloquants pour les banques privées en particulier est le manque de compréhension du sujet par les Relationship Managers», a déclaré Jean Laville, deputy CEO de Swiss Sustainable Finance, cité dans le communiqué. 

Hasard du calendrier, le département de recherche de Morgan Stanley a également publié hier une analyse sur les questions que se posent les investisseurs sur la durabilité. La banque américaine a rencontré de grands investisseurs en Europe et Etats-Unis et donne des exemples de questions que se posent ce type de clients sur la finance durable.

Exemple: comment intégrer les critères durables dans des portefeuilles d’investissement généralistes? Est-ce que les notations ESG (environnementales, sociales et de gouvernance) sont utiles? Quelles sont les implications sur l’investissement de la réduction de l’utilisation du plastique? En plus de susciter un intérêt certain, on voit donc que la finance durable génère encore de nombreuses questions.

A la carte et à son rythme

SSF avait déjà publié il y a deux ans un «Guide de l’investissement durable» de plus d’une centaine de pages (accessible en ligne). Ce nouvel outil d’e-learning présenté hier a l’avantage d’être plus «à la carte» et d’offrir la possibilité d'étudier ce sujet à son rythme. Pour l’heure, il est disponible en anglais et des versions en français et en allemand sont en cours de finalisation.

Quatre modules composent la formation, qui sont chacun divisés en deux parties: une première pose les éléments de contexte, donne des références et de nombreuses études. La seconde partie propose des «case study», c’est-à-dire des exemples concrets d'investissement ou encore de simulation de construction de portefeuilles. 

Nous avons pu tester cet outil et avons navigué entre les différents modules. Dans le détail, le module 1 est dédié à durabilité et son impact sur le secteur financier. Le module 2 est consacré à un focus sur la chaîne de valeur et les parties prenantes, comme le rôle moteur des investisseurs institutionnels. Le module 3 aborde quant à lui l’intégration de la durabilité dans les entreprises et l’implication sur l'analyse financière et la valorisation. Enfin, le module 4, le plus «pratique», propose des conseils concrets pour discuter de ces thèmes avec les clients.

Que trouve-t-on dans ces modules?

L’ensemble est peut-être un peu trop académique parfois. On aurait aimé qu'il soit un peu plus interactif, même si il comporte quelques quizz et autres animations. Mais il a l'avantage d’être en ligne, donc très facilement accessible et permetant l'enrichissement avec de nombreux liens externes, pour approfondir certains thèmes à sa convenance (articles de presse, études, statistiques etc).

Dans la première partie, au-delà des statistiques habituelles de croissance des montants gérés avec une approche durable, on y trouve des analyses de tendances intéressantes. Comme celle de l’activisme actionarial, une des stratégies montantes consistant le plus souvent à un regroupement d’actionnaires significatifs pour faire évoluer les pratiques durables des entreprises.

Dans les chiffres, les campagnes d’activisme ne dépassaient pas une cinquantaine de cas par année du milieu des années 1980 jusqu’au milieu des années 2000. Leur nombre a dépassé la centaine par année à partir de la crise financière, puis a augmenté autour de 300 à 400 cas dès 2011. Par ailleurs, le taux d’engament au vote des actionnaires a également beaucoup augmenté, selon une étude d’Eurosif.

Le module 2 explique notamment l'essor des PRI, les principes d’investissent responsable des Nations Unies, dont les signataires (institutions financières ou investisseurs), représentent aujourd’hui plus de 60 trillions de dollars. Dans ce second module, on peut aussi se familiariser avec les principes de comptabilité durable, des standards internationaux étant en voie d’être mis en place, notamment par le Sustainability Accounting Standard Board (SASB).

Si la transparence des pratiques durables a considérablement augmenté, les investisseurs ne sont pas en reste: d’après une étude réalisée par Novethic auprès des investisseurs européens, 44% ne publiaient pas de reporting de durabilité en 2013. En 2015 ils n’étaient plus que 24%.

Du côté des entreprises, le module 3 rappelle que 80% des CEO estiment aujourd’hui que la durabilité est un moyen d’avoir avantages compétitif dans leur secteur, d’après une étude d’Accenture. Le concept de Shared Value est également abordé, une approche adoptée par de nombreuses entreprises.

Outils pratique pour les gérants

Enfin, le module 4 est celui qui est le plus destiné aux professionnels de la finance, avec l’objectif de faire de la durabilité une vraie proposition de valeur pour la gestion de fortune privée. Un élément crutial car les clients de la génération X et Y sont de plus en plus attirés par la finance durable. D’après le Capgemini World Wealth Report, plus de 60% des grandes fortunes (HNWI) qui estiment que la durabilité est «très importante», voire «extrêmement importante».

Ce dernier module propose aussi un guide pratique pour mieux cerner les préférences des ses clients, évaluer son niveau de connaissance et d’intérêt afin de pouvoir l’accompagner dans ses choix à travers toute la palette des stratégies d’investissement durables.

Le communiqué indique que dans un premier temps, l’outil sera partagé gratuitement avec l’ensemble des membres et partenaires de Swiss Sustainable Finance sur le site web de SSF. Précision appréciable: il devrait être ouvert au public «pour contribuer à une pleine intégration de l’investissement durable dans le secteur financier».

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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