Bilan

Nikola, la bourse et les SPAC mystères

Le cas de la startup américaine accusée de fraude soulève des questions sur les entrées en bourse via des sociétés écran déjà cotées. Un procédé populaire cette année mais risqué.

Nikola développe des camions à propulsion alternative à Phoenix.

Crédits: Nikola

Le 4 août 2020, Steve Girsky, vétéran de l’industrie automobile et ancien cadre de General Motors, s’exprimait dans le podcast Autoline. «J’ai conduit le camion plusieurs fois», affirmait-il, avant de décrire les analyses effectuées en prélude à l’entrée en bourse de Nikola, qui développe des camions à propulsion alternative à Phoenix. Lors de cet entretien, l’ancien cadre de GM, qui dirige cette startup depuis la démission de son fondateur sur fond d’accusations de fraude le mois dernier, avait insisté sur la qualité de son analyse technologique et de son examen des comptes. «Ce n’était pas toujours plaisant lorsque nous avons passé les gens (de Nikola, ndlr) au crible, avait-il assuré. Mais ça devait être fait.»

Il faut dire que Nikola n’a pas effectué une introduction en bourse (IPO) traditionnelle en juin. Au lieu de ce processus fastidieux impliquant des analyses technologiques et financières rigoureuses, la startup est arrivée sur les marchés via une fusion avec VectoIQ. Dirigée par Steve Girsky, cette société cotée en bourse est un SPAC (Special Purpose Acquisition Company).

Steve Girsky et son équipe ont joué un rôle clé dans le processus de fusion pour protéger les intérêts des investisseurs de VectoIQ. La SEC, gendarme américain des marchés financiers, a surnommé VectoIQ et les SPAC comme elle «compagnies chèque en blanc». Ces sociétés écran lèvent des fonds pour entrer en bourse. Elles ont pour but, dans les deux ans suivant leur IPO, de financer une compagnie privée et de lui permettre de faire son entrée sur les marchés financiers en fusionnant avec elle.

Lors d’une IPO traditionnelle, les souscripteurs réalisent une enquête approfondie de la compagnie entrant en bourse. Avec les SPAC comme VectoIQ, cette procédure est plus courte. Comme le détaille une analyse de la firme d’avocats Vinson & Elkins, elles n’ont pas besoin de révéler leurs résultats financiers antérieurs ni de décrire leurs actifs. Pour les investisseurs des SPAC, la pratique n’est pas sans risque, car ils acceptent de placer des fonds sans savoir quelle société sera choisie par les gestionnaires. Lorsqu’une société est identifiée, comme ce fut le cas avec Nikola, les actionnaires votent pour accepter ou non la fusion. Ils s’appuient sur des audits et des analyses réalisés par les gestionnaires du SPAC. Ils peuvent aussi décider de se retirer en échange de leur mise de départ plus intérêts. Pour Nikola, VectoIQ a injecté les 230 millions qu’elle avait récoltés pour son IPO en 2018 et a levé 500 millions supplémentaires pour conclure l’affaire.

Précédent malheureux

Avant que le constructeur de camions à propulsion ne fasse l’objet d’allégations de fraude par la société d’investissement Hindenburg Research, son arrivée sur les marchés financiers avait tout de la success story. Mais les turbulences provoquées par les accusations de fraude ont prolongé les négociations portant sur un accord de 2 milliards de dollars entre Nikola et General Motors annoncé en septembre.

Nikola, qui ferait aussi l’objet d’une enquête des autorités américaines, a encore la possibilité d’éviter de connaître un sort similaire à celui d’Akazoo. Cette société grecque de streaming de musique avait fait son entrée sur les marchés financiers via un SPAC nommé Modern Media Acquisition Corporation. Une enquête réalisée par la société d’investissement Quintessential Capital Management avait révélé des fraudes comptables de la part d’Akazoo. La société a été radiée du Nasdaq en juin.

Jean-Cosme Delaloye

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