Bilan

Monnot, Falciani, Gerbier: ces très douteux chevaliers blancs

Une décennie avant Hervé Falciani et Pierre Gerbier, le précurseur des lanceurs d’alerte s’appelait Bernard Monnot. Il prétendait traquer les millions blanchis dans les banques suisses, avant d’être condamné pour diffamation.
Dans une récente interview, Georgina Mikhael a qualifié l'ancien informaticien de HSBC Hervé Falciani de « manipulateur né » Crédits: AFP

Dans sa dernière édition, Le Canard enchaîné tape durement sur le bec de Pierre Gerbier, dit Condamin-Gerbier, en titrant « Le pas-tout-blanc chevalier anti-évasion fiscale ». L’hebdomadaire révèle que le lanceur d’alerte, qui affirme détenir les noms de 15 hommes politiques français, de droite comme de gauche, y compris des ministres en exercice, détenteurs de comptes en Suisse, « s’est montré très vague » devant les magistrats parisiens.

« Il a été moins loquace, citant les noms d’un homme d’affaires lié à un ex-ministre giscardo-chiraquien, et de membres de la famille Fabius, sans plus de précisions et sans la moindre preuve ». Le Canard enchaîné confirme les doutes émis par le quotidien Libération, écrivant le 15 juillet que Pierre Gerbier, ancien salarié d’UBS et de Reyl, « n’a remis aucun élément probant » à la justice tricolore. 

Depuis, la crédibilité de ce Français de 43 ans, détenteur de faux diplômes mais de vrais actes de défaut de biens, est pour le moins écornée. Même si plusieurs parlementaires, issus de groupes politiques différents, demandent au gouvernement français d’interpeller Berne, afin de sauver le soldat Gerbier.

Tous ces élus ont sans doute oublié le cas de Bernard Monnot, furtif héros de la lutte contre le blanchiment en 2001, et lanceur d’alertes avant l’heure. Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, alors députés socialistes, en avaient fait un héros. Sortant un rapport de 400 pages sur « La Suisse, un prédateur de la finance mondiale », ils avaient accordé une place démesurée aux divagations de ce Bernard Monnot, brièvement recruté par la filiale lyonnaise de la Banque cantonale de Genève (BCGe), avant d’être remercié en janvier 1996.     

Faire rendre gorge à Jean-Claude Trichet    

Que leur raconte Bernard Monnot, alors âgé de 57 ans ? Qu’il a été licencié pour avoir refusé de couvrir du « blanchiment en bande organisée à l’échelle industrielle ». À l’écouter, cette simple banque cantonale brasserait des milliards de francs dans la région Rhône-Alpes ! Curieusement, cette invraisemblance ne dérange pas les deux députés français. Ne tiennent-ils pas - enfin - un vrai méchant ?

Bernard Monnot prétend qu’il a aussitôt alerté la Banque de France des méfaits de la BCGe. Mais que lui aurait répondu celle-ci ? « Oui, nous savons qu’il y a du blanchiment, mais on s’en moque ! ». Arnaud Montebourg tient son scoop : dans Le Monde du 23 février 2001, il promet de faire rendre gorge à Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la Banque de France (et futur président de la Banque centrale européenne).  

Jean-Claude Trichet n’a pas eu à se mettre à genoux devant le bouillant député. Bernard Monnot était considéré comme un mythomane aigri. Bernard Bertossa, procureur général de Genève, qui avait ouvert une plainte pour blanchiment contre la BCGe, l’a refermé très vite, le 14 novembre 2001. Bernard Monnot se montrant incapable d’apporter la moindre preuve d’un « blanchiment à échelle industrielle ». Quant à la Cour d’Appel de Lyon, elle a reconnu l’ancien employé de banque coupable « du délit de diffamation publique » le 17 juin 2003. Par ailleurs, Bernard Monnot réclamait 900 000 euros de dommages et intérêts à la BCGe pour sa révocation. Le Tribunal de commerce de Lyon l’a totalement débouté le 8 janvier 2002.   

 

Du Mossad au Hezbollah libanais   

Si un gros tas de poussières est retombé depuis sur le dossier Monnot, en revanche, les aventures d’Hervé Falciani, ancien informaticien chez HSBC Genève, et nouveau vertueux chevalier blanc, sont d’actualité. Curieusement, les parlementaires français, qui le présentent comme un héros de la lutte contre l’évasion fiscale, ne prennent pas la peine de lire ses exploits, toujours disponibles sur Google.

Dans Le Matin dimanche du 14 mars 2010, dans une interview relue par son avocat, Hervé Falciani prétendait qu’il avait été enlevé par le Mossad en plein Genève. Les services secrets israéliens l’auraient ensuite forcé à se rendre au Liban afin d’enquêter sur le Hezbollah qui tenterait « d’utiliser la banque HSBC à des fins criminelles »…    

Si Hervé Falciani s’est bien déplacé à Beyrouth, en compagnie d’une autre informaticienne, Georgina Mikhael, s’est pour tenter de vendre les informations qu’il avait subtilisées dans les ordinateurs de HSBC. En mars 2008, le couple est dénoncé par une employée d’Audi Bank, qui informe l’Association suisse des banquiers. Le 29 mai 2008, le Ministère public de la Confédération ouvre une enquête.

Récemment dans une interview parue dans le Vanity Fair espagnol, et reprise par Bilan, Georgina Mikhael qualifiait Hervé Falciani de « manipulateur né », rappelant que « Falciani n’est pas un Robin des Bois, mais un voleur qui a dérobé des données à la banque HSBC pour les monnayer ». Elle ajoutait : « Il m’a finalement avoué un jour qu’il était entré chez HSBC uniquement pour voler des données ».

Si chaque pays a besoin de chevaliers blancs, susceptibles de montrer l’exemple aux jeunes générations, ne serait-il pas plus judicieux de mieux les choisir ?    

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