Bilan

Même bon marché, Credit Suisse n'est pas une cible de rachat

L'action Credit Suisse a touché en début de semaine à la Bourse de Zurich ses plus bas niveaux depuis 25 ans, cristallisant une tendance de longue date.

Depuis le début de l'année, le titre Credit Suisse a dévissé de plus de 44%.

Crédits: Keystone

L'action Credit Suisse a touché en début de semaine à la Bourse de Zurich ses plus bas niveaux depuis 25 ans, cristallisant une tendance de longue date. Or, même bon marché, le numéro deux bancaire helvétique n'est pas une cible de rachat, estiment les analystes.

Mercredi, le titre du numéro deux bancaire helvétique s'est un peu repris. Mardi, il a encore chuté de 3,8% à 11,39 francs après avoir touché la veille son plus bas niveau depuis 1989. L'agence de notation Fitch a dans la foulée abaissé d'un cran la note de dette à long terme de la banque à "A-", contre "A" précédemment.

Depuis le début de l'année, le titre Credit Suisse a dévissé de plus de 44%. L'indice bancaire européen Stoxx Europe 600 Banks a quant à lui perdu 29% sur la même période. Soit une dégringolade d'une ampleur comparable compte tenu du taux de change euro/franc.

Certes, les courtiers s'expliquent le repli généralisé par un environnement difficile pour les valeurs financières. Les perspectives incertaines de croissance, exarcerbées par les craintes de Brexit, affectent en première ligne les bancaires.

Dégringolade prolongée

Mais pour Credit Suisse, qui avait connu un pic voici une quinzaine d'années à plus de 92 francs, la récente dégringolade semble se prolonger. "On est sur des plus bas historiques depuis des mois", constate Laurent Bakhtiari, analyste chez IG Bank (Suisse).

Le creux actuel reflète les inquiétudes des investisseurs, qui craignent que la banque n'ait à lever davantage de capital pour réaliser son ambitieux plan de restructuration, opine Panagiotis Spiliopoulos chez Vontobel. "Un cours bas est toujours signe que cela va mal."

Les points chauds sont multiples, renchérit Andreas Brun, de la Banque cantonale de Zurich. Risques de litiges, de faible capitalisation, de rentabilité dans la banque d'affaires. "Les investisseurs sont réticents, ils manquent de visibilité en ce qui concerne la durée, l'ampleur et l'impact de la restructuration."

Joyaux de la couronne

Pour Loïc Bhend, analyste chez Bordier & Cie, Credit Suisse pâtit d'un problème récurrent de capital, déjà pointé du doigt en 2012 par la Banque nationale suisse (BNS). "Le fait de ne pas reconnaître qu'il est sous-capitalisé et de ne pas avoir taillé davantage dans la banque d'investissement déplaît aux marchés", explique-t-il.

En octobre, sous la houlette du nouveau directeur Tidjane Thiam, le groupe a entamé de se focaliser sur la banque privée, surtout en Asie et réaligné sa banque d'affaires. Pour financer ces grandes manoeuvres, il a lancé une augmentations de capital visant à lever plus de 6 milliards de francs plus une cotation partielle de son entité helvétique, encore à venir.

Puis Credit Suisse a bouclé l'exercice 2015 sur une perte annuelle de 2,94 milliards de francs, la première depuis 2008, sous le coup notamment d'un amortissement de survaleur. Il a alors accéléré son programme d'économies, le portant à 4,3 milliards d'ici 2018, avec à la clef 6000 suppressions de postes. Avant de publier un nouveau débours de 302 millions au premier trimestre.

Les mesures arrivent trop tard, et ne sont pas assez musclées, estime M. Bhend. Le renflouement prévu s'avère insuffisant. "Ouvrir le capital de l'entité suisse équivaut à céder des bonnes affaires pour combler un déficit en liquidités, selon lui. "C'est vendre les joyaux de la couronne."

Pas "opéable" en l'état

Avec une capitalisation boursière à 24 milliards de francs - la moitié d'UBS - Credit Suisse pourrait en théorie devenir la cible d'une offre publique d'achat, admet Loïc Bhend. Mais pas en l'état. Personne ne veut de sa banque d'affaires, "un gouffre" selon lui, ni des affaires légales qui pendent au nez de l'établissement aux Etats-Unis.

"Credit Suisse ne va pas devenir la proie d'une OPA juste à cause du prix de ses actions", relève Andreas Brun, abondant dans le même sens. "Il est improbable qu'un acheteur veuille hériter de tous ces problèmes. Seule l'intéresserait la gestion de fortune, la partie la plus précieuse du groupe", affirme Panagiotis Spiliopoulos.

"Voici quelques mois, j'aurais dit que ce n'est pas une cible. Aujourd'hui, j'en suis moins sûr", nuance Laurent Bakhtiari. "Une chose est certaine, ce n'en sera pas une sur le sol helvétique, à cause du régulateur." Mais une banque américaine ou européenne pourrait être une éventuelle candidate, selon lui.

Direction sous pression

"L'action sous-performe nettement, quel que soit l'horizon dans lequel on se place", conclut M. Bakhtiari, qui voit un "problème intrinsèque" à l'établissement. La nouvelle stratégie est la bonne, mais elle ne porte pas ses fruits. Il faut s'interroger sur la manière de s'y prendre".

"Messie", "état de grâce", les attentes étaient grandes à l'arrivée, voici presque un an, de Tidjane Thiam à la barre. "Les investisseurs tendent à s'impatienter si la restructuration ne donne pas des résultats tangibles à court terme", rappelle M. Spiliopoulos.

En cédant sur Brady Dougan, "trop biaisé banque d'investissement" aux goûts des uns, le président du conseil d'administration Urs Rohner s'est libéré "temporairement" de la pression. Mais elle redevient insoutenable, estiment certains analystes.

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