Bilan

Matières premières: la renaissance?

Les cours des matières premières devraient repartir à la hausse, à moins de mauvaises surprises sur le plan géopolitique.

  • L’or est particulièrement prisé lorsque les marchés sont volatils.

    Crédits: Gunay Mutlu

Le «shutdown» puis la reprise d’activité de l’Administration fédérale américaine n’ont pas été sans influencer les cours des matières premières ces derniers mois. Les marchés ont dû, en effet, continuer à fonctionner sans disposer ni des chiffres du Ministère de l’agriculture ni de ceux de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Ils ont donc été relativement volatils: après leur forte baisse de décembre 2018, ils ont enregistré un rebond très net en janvier. Puis, en février, leur évolution a été plus stable. Cependant, les facteurs de rupture sont multiples, du moins si les cours devaient à nouveau évoluer sur la base des fondamentaux plutôt qu’au gré des mesures protectionnistes et autres risques géopolitiques. 

Dans ce contexte d’incertitude, l’or sort grand gagnant, les investisseurs ayant redécouvert son potentiel de protection dans un contexte de volatilité des marchés des actifs cycliques. Pour le pétrole, comme pour les métaux industriels, la raréfaction de l’offre pourrait également s’avérer très positive. 

Cependant, le ralentissement de la croissance économique des pays industrialisés assombrit leurs perspectives. Les indices mondiaux des directeurs d’achats manufacturiers sont tombés à leur plus bas niveau depuis août 2016. L’Italie est en récession et l’Allemagne n’y a échappé que de peu. La croissance de la production industrielle dans la zone euro a été négative durant deux mois consécutifs. La Chine a enregistré sa plus faible croissance économique depuis vingt-huit ans. 

Des mesures de relance

Dans ce contexte, nous tablons sur la mise en place de mesures de relance (ou du moins sur l’absence de resserrement de la politique monétaire dans la zone euro). Et, aux Etats-Unis, les contrats à terme sur les fonds fédéraux indiquent que la probabilité d’une hausse des taux est faible cette année. D’ailleurs, au regard du dernier communiqué de la Fed, il semble que le marché soit parvenu à lui imposer sa loi. La Banque populaire de Chine a réduit le montant de ses réserves obligatoires et injecté des liquidités dans le système bancaire. Historiquement, la Chine stimule son économie en autorisant de grands projets d’infrastructure. Or, ces derniers étant généralement gros consommateurs de matières premières, ils sont susceptibles de faire monter
les cours.

L’or regagne du terrain

A court terme, nous tablons sur une reprise des cours des matières premières. Toutefois, si un scénario géopolitique défavorable devait se concrétiser (nouvelle cessation d’activité de l’Administration fédérale américaine ou Brexit sans accord, par exemple), les investisseurs pourraient se consoler du fait que leur exposition à l’or gagnerait en valeur.  

L’or a fait un retour en force en 2019 et devrait parvenir à effacer les baisses de cours enregistrées en 2018. Au fur et à mesure de la reprise des positions spéculatives, le métal jaune devrait regagner du terrain. Une Réserve fédérale moins restrictive au niveau de sa politique monétaire pourrait faire grimper les cours aux alentours de 1400 dollars/once.

Les grands projets d’infrastructure en Chine boostent la demande de matières premières. (Crédits: James Pomfret/Reuters)

Les prix du soja bénéficient de la désescalade des conflits commerciaux. Les cours des matières premières agricoles se sont nettement repris à la suite de la perspective d’une trêve commerciale prolongée au-delà de l’échéance du 1er mars. Selon le dernier rapport mensuel estimatif de l’offre et de la demande agricoles mondiales (WASDE, publié par le Ministère de l’agriculture des Etats-Unis), l’offre de céréales et d’oléagineux reste élevée et devrait continuer à croître du fait de la persistance des incertitudes au niveau des échanges commerciaux.  

Les métaux industriels ont été les matières premières les plus affectées par les aléas de la politique commerciale américaine. L’hypothèse d’un accord sino-américain devenant de plus en plus probable, nous tablons sur de forts mouvements de cours, les métaux industriels s’alignant de nouveau sur leurs fondamentaux.

Bien que la hausse des cours du pétrole se soit stabilisée ces dernières semaines, nous pensons qu’elle dispose de nombreux supports pour se poursuivre une fois dissipé le brouillard qui entoure la demande liée au commerce. L’offre se réduit en raison de la politique de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), et la croissance de la production américaine est confrontée à des limites liées aux infrastructures.

* Respectivement responsable de la recherche et directrice associée de la recherche, WisdomTree.

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