Bilan

Marchés: à quel ratio peut-on se fier?

Pour pouvoir analyser l’évolution de ses placements financiers, l’investisseur ne doit pas dépendre d’un seul indicateur, affirment les experts. Lesquels regarder? Ils livrent leurs conseils.
  • Selon les analystes, il faut relativiser les indicateurs classiques, tels que le ratio cours sur bénéfices.

    Crédits: Brendan McDermid/Reuters

Il n’y a pas que les températures qui battent des records cet été. Les indices actions, en particulier américains, ont enchaîné les séances à leurs plus hauts niveaux. Le signe d’un retournement à venir cet automne?

 Dans leur analyse, les investisseurs peuvent s’appuyer sur les ratios boursiers classiques, tels que le ratio cours sur bénéfices (price earning ratio, ou PER). Mais devraient-ils préférer le price earnings growth (PEG), qui élimine certains défauts du PER en tenant compte de la croissance anticipée de l’entreprise? Ou encore le ratio price to book, permettant d’évaluer si le cours de l’action est au-dessous ou au-dessus de sa valeur comptable? Pour la plupart des experts, ces outils restent pertinents et sont utilisés de manière combinée. L’environnement actuel nécessite aussi de prendre en compte le contexte financier plus global. Et, surtout, de relativiser ces ratios par rapport à ceux d’autres marchés.

 Pour Stéphane Monier, responsable des investissements chez Lombard Odier, près de dix ans après la crise financière les politiques monétaires expansionnistes continuent d’engendrer un afflux de liquidités qui gonflent mécaniquement les indices. «Il n’y a pas que les actions qui sont relativement chères, c’est le cas de la plupart des classes d’actifs!» Selon lui, l’environnement reste toutefois cohérent avec les niveaux de PE actuels. Mais les PE sont-ils encore un bon indicateur?

«Nous avons fait plusieurs recherches historiques sur les PE. Nous obtenons, par exemple, une moyenne de 16 pour le marché américain sur les vingt dernières années. Aujourd’hui, nous sommes à 19.» Un chiffre qui n’est pas inquiétant selon lui et reste très loin des niveaux atteints lors de périodes de crises financières ou de mouvements de retournement de marché majeurs.

 Sur une plus longue période, la comparaison reste aussi rassurante pour les investisseurs. «Pour analyser plus finement l’évolution de ce ratio, nous avons décomposé la moyenne des PE en fonction de différents régimes d’inflation, sur plus de cent ans, en nous basant sur les PE Shiller. Ainsi, nous voyons qu’en période d’hyperinflation nous sommes autour d’un ratio moyen de 12, en période de déflation de 15, et enfin en période d’inflation modérée à 19, soit les niveaux actuels.»

Que dire des valeurs technologiques, où le spectre de bulle refait régulièrement surface, en mettant en cause leurs valorisations notamment? «Contrairement à d’autres, nous ne pensons pas que nous sommes dans une bulle. Ces valeurs ont globalement développé une bonne capacité à générer des cash-flows, et les valorisations ne sont pas choquantes.»

Autre élément à prendre en compte dans l’analyse de ces valeurs: elles ont atteint un poids important dans les grands indices. Dans le même temps, la gestion passive a explosé, engendrant un soutien mécanique et régulier. Le poids des fameux GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) représente, par exemple, plus de 20% de l’indice S&P 500.

Pour Stéphane Monier, il faut évidemment jauger la dynamique en place lors de l’analyse des actions, et non uniquement leur valorisation. D’autant que le PE par exemple ne tient compte ni de l’endettement ni de la trésorerie. Deux éléments qui se sont nettement améliorés pour de nombreuses entreprises ces dernières années.

Enfin, le spécialiste rappelle l’accumulation de bonnes surprises au niveau des résultats d’entreprises ces six derniers mois, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. «Cette année marque d’ailleurs un tournant: depuis 2013, nous constations de nombreuses révisions à la baisse en cours d’année par rapport aux attentes de croissance de bénéfices, annoncées chaque début d’année. Mais aujourd’hui, pour la première fois, c’est l’inverse: les attentes sont en ligne, voire les entreprises surprennent positivement!» (voir graphique ci-dessus)

Même constat pour Timothy Graf, stratégiste macro chez State Street Global Markets. «Nous avons de très bons résultats intermédiaires aux Etats-Unis. Le marché n’est pas tiré par des multiples, des effets d’annonces politiques ou des attentes, mais par de solides résultats d’entreprises, ce qui est assez sain. De plus, la Fed ne montre aucun signe d’agressivité ou d’impatience.» Là encore, les investisseurs doivent prendre en compte l’image globale et analyser les ratios avec précaution. «Dans l’absolu, les fondamentaux sont plutôt bons, mais les Etats-Unis restent le plus cher des marchés aujourd’hui. Ce pourquoi nous voyons davantage de potentiel de hausse sur les marchés émergents, par exemple.»

«Tout est question d’arbitrage»

Pour le stratégiste, il ne faut pas hésiter à multiplier les angles de vue. «On peut regarder les valorisations absolues dans tous les sens, mais il faut toujours les relativiser et les comparer. C’est également valable au niveau monétaire: ce n’est pas tant le dollar qui s’est affaibli ces derniers mois, c’est surtout l’euro qui reprend nettement de la vigueur.»

Jeroen Blokland, gérant allocation monde chez Robeco, juge également les valorisations très élevées aux Etats-Unis, sans être démesurées. «Mais dans une perspective d’allocation globale, les obligations gouvernementales sont devenues encore plus chères, tout est alors question d’arbitrage.» Le gérant se montre aussi plus réservé sur les résultats d’entreprises américaines, dont la plupart des bénéfices sont à attribuer aux entreprises technologiques. Quant au soutien de la Banque centrale américaine, il se montre prudent. «Les investisseurs sont devenus un peu trop complaisants avec la politique de la Fed, qui pourrait nous surprendre avec une nouvelle remontée des taux cette année.» 

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."