Bilan

Marchés américains: un potentiel de hausse limité

Après ses belles performances boursières, le secteur technologique pourrait continuer à souffrir de prises de profits. Il est temps de repositionner les portefeuilles vers des titres de qualité.

Marchés Cette année, les écarts de performance entre les grands indices boursiers, européens et américains notamment semblent particulièrement marqués. Alors que de nombreux indices européens présentent des performances négatives à deux chiffres, conséquence de la pire crise économique postguerre, les indices américains sont pour la plupart proches de leurs niveaux de début d’année, voire franchement dans le vert, à l’image du S&P 500 (en hausse de 3,4%) ou du Nasdaq (+22%). Le MSCI Chine, pour sa part, enregistre une croissance solide de près de 15% depuis le début de l’année.

Clairement, ces gains boursiers reflètent les expositions des différents indices aux titres technologiques. Les valeurs technologiques dans leur ensemble, y compris les entreprises qui appartiennent aux secteurs des médias interactifs, de l’internet et du marketing direct, représentent en effet 38% de l’indice MSCI USA, 9% du MSCI Europe et 48% du MSCI Chine, ce qui fait des investisseurs passifs de grands détenteurs de titres technologiques.

Le graphique ci-dessous présente la performance des indices traditionnels ainsi que celle de l’indice S&P 500 équipondéré (le poids de tous les titres qui le composent étant égal à 0,2%). Ce dernier affiche une baisse de 6,3%, tandis que le S&P 500 (l’indice traditionnel, pondéré par la capitalisation de chaque entreprise) affichait une progression de 3,4%. Ces chiffres témoignent de l’incroyable contribution des cinq géants qui représentent actuellement 23% du S&P 500: Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet et Facebook.

Les investisseurs se demandent à juste titre si les valorisations actuelles, au plus haut depuis dix ans, sont soutenables. Le ratio cours/bénéfice des actions technologiques est estimé à 26 fois les bénéfices en 2021.
En comparaison, celui de l’indice MSCI World devrait représenter 18,8 fois les bénéfices en 2021. A court terme, les résultats publiés récemment ont été rassurants. Ils ont fait ressortir la puissance des cinq géants américains, alors que la demande pour leurs produits et services a augmenté pendant la période du confinement. Cette année, la croissance du bénéfice par action du secteur technologique est estimée à près de 3%, selon le consensus IBES, tandis que celle de l’indice MSCI World devrait enregistrer un recul de 20%. Aux côtés de la technologie, seuls les secteurs de la santé et les utilities (entreprises de production et distribution de gaz, d’électricité et d’eau) devraient afficher des résultats positifs en 2020.

Dans un environnement à la visibilité réduite, il n’est donc pas choquant de voir se renchérir les valorisations de ces titres qui offrent une rare visibilité sur une croissance soutenable et durable, avec ou sans Covid-19. En effet, la pandémie a accéléré les tendances de consommation. Ces entreprises fournissent des technologies tellement essentielles à notre vie quotidienne, offrant ainsi des opportunités de croissance structurelle aux investisseurs, qu’il est plus difficile que jamais d’imaginer un portefeuille sans elles.

Pour autant, les mouvements de marché des derniers jours nous rappellent les bienfaits des principes de base de construction de portefeuille, à savoir la nécessité de maintenir une certaine diversification à la fois géographique et sectorielle. Si une exposition aux seuls indices américains a été le pari gagnant pour bénéficier de la reprise qui a suivi la réouverture des économies, le potentiel de hausse nous paraît relativement limité et le secteur pourrait continuer à souffrir de prises de profits, comme c’est actuellement le cas.

Dans ce contexte, une approche plus équilibrée nous paraît opportune. Les épisodes de volatilité – qui devraient rester de courte durée de notre point de vue étant donné les soutiens prodigués par les autorités fiscales et monétaires – pourraient être l’occasion de repositionner les portefeuilles vers des titres de qualité, certes, mais aussi plus cycliques comme les minières ou l’industrie. Deux secteurs qui, à terme, bénéficieront des plans d’infrastructure sans précédent mis en place par les gouvernements à travers le monde. 

Sophie Chardon, analyste senior cross-asset, Banque Lombard Odier & Cie.

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