Bilan

Marché indien: jouez la démographie

D’ici dix à quinze ans, le sous-continent comptera 700 millions de travailleurs de plus. De quoi stimuler la croissance et compenser largement les valorisations élevées du pays. Analyse.

L’actrice Deepika Padukone, ambassadrice des bijoux Tanishq détenus par Titan: une société solide.

Crédits: AFP

«L ’Inde n’est pas trop chère!» Prashant Khemka, CIO marchés émergents de Goldman Sachs Asset Management, n’en démord pas: «La qualité du marché et des sociétés y est nettement plus élevée que ce que l’on trouve dans les autres pays émergents.» Et pour cause, le retour sur investissement (ratio ROE) s’affiche bien au-dessus de la moyenne des marchés émergents, avec une croissance des bénéfices se situant juste en dessous de 10% sur les trois dernières années.

Une tendance qui devrait s’accélérer encore pour atteindre quelque 20% d’ici à cinq ans, selon les spécialistes du marché. «Dans cette perspective, avec un ratio de 15,7 fois les bénéfices (ratio P/E), les titres des sociétés indiennes ont clairement le potentiel de démontrer que leur prix reflète leur valeur réelle», ajoute Prashant Khemka. 

En termes de qualité, le paysage économique indien apparaît également plus «sain» que bon nombre de ses voisins émergents. Si près de 60% des entreprises cotées chinoises sont détenues en majorité par l’Etat, ce n’est, par exemple, le cas que pour 10% des sociétés indiennes – le secteur bancaire est d’ailleurs privé à près de 90%. De plus, l’économie indienne bénéficie en plein de la baisse des prix des matières premières.  

L’heure des réformes 

Autant de facteurs qui en font l’un des marchés les plus attractifs à l’heure actuelle. Sans compter les nombreuses réformes entreprises depuis une décennie et qui, malgré les lenteurs de l’administration – probablement le principal handicap du sous-continent – sont en bonne voie.

Les attentes en la matière étaient très élevées il y a deux ans, au début du mandat du premier ministre Narendra Modi, mais le soufflé est retombé, notamment alors qu’il se trouvait systématiquement contré par l’opposition majoritaire au Conseil des Etats (chambre haute). Si la bureaucratie a constitué un réel frein au déploiement des réformes, les choses changent graduellement au fil des départs à la retraite des fonctionnaires, généralement remplacés par une nouvelle génération plus favorable aux réformes.

«La croissance demeure l’une des plus soutenues du monde, prévue aux alentours de +7,5% pour 2016, et elle pourrait bénéficier d’un coup de pouce significatif du climat cette année. En effet, historiquement, on observe qu’une bonne mousson peut booster la croissance de près de 1%. L’Inde sort de deux moussons terribles. Or, dans toute l’histoire de l’Inde, on n’a jamais vu trois mauvaises moussons consécutives. C’est de bon augure», commente Prashant Khemka.

Les risques? Si l’Inde peut se targuer de perspectives économiques meilleures que la plupart des émergents et des économies développées, aussi bien en termes de croissance, d’inflation, de budget et déficit courant, elle n’est pas à l’abri d’un ralentissement généralisé de l’économie mondiale. L’autre grand risque serait une hausse brutale des prix des matières premières, en particulier le pétrole, qui aurait un impact très important sur la croissance. La conjoncture mondiale actuelle ne semble pas augurer de telles évolutions. 

Privilégier les besoins primaires

En termes d’allocation d’actifs, la plupart des acteurs sur le marché indien ont deux mots d’ordre: qualité du management et capacité de générer des marges importantes. «La clé, en Inde, c’est de se concentrer sur des sociétés de qualité, avec un modèle d’affaires durable, capables de tirer profit des tendances séculaires, comme la démographie et l’urbanisation», confirme Rasmus Nemmoe, gérant de portefeuille auprès de BMO Global Asset Management.

Le spécialiste se concentre sur les titres des sociétés actives dans les besoins primaires (lire l’encadré avec ses trois conseils de placement): «Tout le monde a besoin de manger, boire et se vêtir, ce sont ces secteurs qui sont les plus à même de tirer leur épingle du jeu.» Le tissu économique indien est formé de quelques acteurs importants dans la production et la distribution et d’une myriade de microsociétés, de magasins de quartier.

Ce paysage fragmenté de la distribution permet aux grossistes/producteurs de dicter les tendances du marché et de générer, de fait, des marges élevées. En outre, le taux de pénétration de tous les produits «sophistiqués» demeure très faible, alors que le trend démographique donne le vertige: dans les dix à quinze prochaines années, le marché du travail indien croîtra de plus de 700 millions de travailleurs et l’exode rural touchera près de 1,5 milliard d’individus.

Cette tendance est particulièrement favorable aux secteurs des biens de première nécessité, aux services financiers et à l’industrie. «Dans ces secteurs, nous privilégions les sociétés dont le management fait preuve d’une excellente discipline dans l’allocation de capital et dont l’activité se concentre sur le marché intérieur», précise Rasmus Nemmoe.  

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