Bilan

Marc Faber livre ses paris pour 2016

Rencontré à Tokyo, le gourou zurichois détaille ses prévisions financières pour l’année à venir. Il n’écarte pas le scénario d’une crise qui serait pire que celle de 2008.
  • Marc Faber voit le prix du pétrole se fixer entre 40 et 60 dollars.

    Crédits: Gian Marco Castelberg/13photo
  • Un secteur qui croît fortement? Les jeux de hasard. Ce casino, à Da Nang, au Vietnam, affiche un revenu mensuel de trois milliards de dollars.

    Crédits: Hoang Dinh Nam/AFP

A 70 ans, Marc Faber n’a rien perdu de sa verve. Célèbre pour sa lettre mensuelle Gloom, Bloom & Doom Report, le gourou des marchés financiers était le mois dernier l’un des invités incontournables du forum des investisseurs organisé par CLSA à Tokyo. Rencontré en marge de cet événement, Marc Faber a égratigné les banques centrales qui intègrent des taux d’intérêt négatifs, comme la BCE, la BNS et la Banque du Japon (BOJ).

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Cette dernière suit depuis deux mois cette politique afin de parvenir à un objectif d’inflation de 2%. «La base du modèle économique de croissance avec une inflation de 2% est très discutable, car elle dépend de beaucoup d’autres facteurs que la hausse des prix. Le taux d’innovation, la croissance de la productivité et de la population sont quelques exemples. En fait, avec leur politique monétaire, les banques centrales sont responsables de l’envolée des dépenses de l’Etat, en comparaison de la taille de l’économie. Elles peuvent certes injecter de l’argent, mais elles ne savent pas où il atterrira», relève-t-il. 

«Des logements inabordables»

Selon le résident de Chiang Mai, en Thaïlande, les Etats-Unis ont imprimé des montagnes d’argent qui ont provoqué un large déficit commercial, mais une grande proportion a quitté le pays pour être investie dans des économies émergentes comme la Chine. L’argent est revenu aux Etats-Unis, mais dans une phase ultérieure, sous la forme d’achats d’actifs.

Or, la différence est de taille entre l’argent utilisé pour l’achat d’actifs et celui qui revient dans l’économie réelle. «Dans le premier cas, les retombées économiques sont faibles. Dans le second, des emplois qualifiés sont créés. En d’autres termes, la politique monétaire de la Fed a eu un grand succès dans la hausse des actifs, comme les obligations, les actions et l’art. Mais elle a provoqué une envolée des prix de l’immobilier. Les logements sont devenus inabordables pour la classe moyenne. C’est aussi le cas pour Genève, d’ailleurs. A New York, Boston ou San Francisco, la moitié du salaire est dépensé pour la location d’un logement. L’effet pervers des politiques d’assouplissement monétaire, c’est qu’elles engendrent au final une baisse de la consommation», déplore-t-il.

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Marc Faber n’hésite pas non plus à tacler Thomas Jordan, président de la BNS, qui estimait récemment que sa politique monétaire commençait à porter ses fruits. «La réalité est tout autre. La Suisse, tout comme l’Allemagne, est très dépendante des exportations et les pays vers lesquels elle exporte connaissent un ralentissement. Thomas Jordan peut imprimer autant d’argent qu’il souhaite, cela ne provoquera pas des entrées de commandes de l’étranger. Sans une forte augmentation de la population, la Suisse n’aurait pas connu de croissance», soutient l’analyste.

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En définitive, Marc Faber estime que les banques centrales ne remplissent plus leur rôle. Elles ont engendré beaucoup d’instabilité sur les marchés. «La volatilité depuis 1998 est historique. On n’a jamais enregistré autant de chutes et de booms en près de vingt ans. Les fluctuations du dollar, du yen et de l’euro sont énormes. Entre juillet 2012 et décembre 2013, les obligations à dix ans des Etats-Unis ont plus que doublé, ce qui est énorme. La volatilité de l’économie et de la finance ne fera que s’accentuer aussi longtemps que l’on laissera les académiciens des banques centrales établir des politiques monétaires», lance-t-il.

L’ère des voitures électriques

La volatilité touche aussi les matières premières. Face à la chute du pétrole, Marc Faber s’attend toutefois à un rebond dans les deux prochaines années. Le prix d’équilibre devrait se situer entre 40 et 60  dollars. «Je ne vois le pétrole ni à 100 ni à 10  dollars. Lorsque les prix de l’énergie seront élevés, les gens essayeront de trouver des moyens de réduire leur facture. Par ailleurs, les voitures électriques doivent être prises au sérieux. D’ici à dix ou vingt ans, près du tiers du parc automobile mondial pourrait être électrique», souligne le gourou qui avait prédit le krach boursier de 1987 et celui des subprimes en 2008.

Malgré la hausse de l’or depuis le début de l’année qui l’a vu surperformer les autres classes d’actifs, Marc Faber continue d’en acheter. Pour lui, on ne doit pas s’en passer, compte tenu de l’environnement actuel. «En décembre et janvier derniers, j’ai continué d’acheter des titres d’entreprises actives dans l’extraction de l’or. Mais je préfère l’or physique. Environ un quart de ma fortune est investie dans l’or et des actions qui y sont liées. Chaque investisseur devrait avoir une exposition dans ce métal précieux», martèle-t-il. 

Trois milliards de dollars par mois

Sur un horizon à dix ans, Marc Faber estime que l’Inde générera du profit. Il continue, sous réserve d’une situation de paix, de miser sur l’Indochine, soit le Vietnam, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, le Myanmar, la province de Hunan en Chine, la Malaisie et Singapour. Dans cette région, l’immobilier au sens large et les fabricants de biens de consommation sont intéressants, tout comme l’industrie du cinéma.

«En Asie, des centres composés de bureaux, de magasins, de restaurants et de cinémas sont en construction. Par ailleurs, les entreprises liées aux paris, comme Wynn Macao, MGM et SJM, ont perdu plus de 50% par rapport à leur sommet, ce qui les rend attractives. Au Vietnam, un casino a ouvert à Da Nang. Chaque semaine, quinze charters en provenance de Chine assurent la liaison. Le revenu mensuel de ce casino s’élève à trois milliards de dollars. C’est donc une industrie qui croît fortement, notamment grâce aux Chinois, tandis que le nombre de casinos en Asie est encore modeste», relève le collectionneur d’affiches de propagande de Mao.

Malgré le fort ralentissement de la Chine, le Zurichois d’origine estime que ses fondamentaux à long terme n’ont pas dramatiquement changé. Le pays ne connaîtra plus jamais une croissance de 8 à 12% comme c’était le cas entre 1990 et 2007. Mais elle peut croître à un rythme de 3 à 6%. «Ne préféreriez-vous pas une telle croissance à une Europe à l’arrêt, voire en récession, et une économie américaine sans croissance avec des comptes discutables? Je privilégie évidemment la Chine», assure Marc Faber.

La Chine plutôt que Monsanto

Face au rachat de Syngenta par ChemChina, l’auteur du livre Tomorrow’s gold: Asia age of discovery, préfère cette option à celle d’une opération menée par Monsanto. «Les Chinois laisseront plus ou moins le groupe suisse en l’état. Cela dépendra évidemment des résultats de Syngenta, mais ce qui intéresse avant tout ChemChina, c’est son savoir-faire technologique. Je ne m’attends pas à ce que le groupe chinois licencie le management de Syngenta pour le remplacer par le sien, ni à ce qu’il bouleverse ses activités», dit-il.

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Au niveau mondial, Marc Faber estime qu’une crise cette année encore pire que celle de 2008 est possible. A plus long terme, il ne se voit plus assister à un «bull market», soit à des marchés haussiers durables. «Le marché haussier des obligations est proche de la fin. D’un point de vue historique, les actions ne sont pas particulièrement attractives. De plus, la bulle des crédits au niveau mondial n’a jamais été aussi élevée par rapport à la taille de l’économie. Au total, la dette mondiale dépasse 200 000 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB global. L’inflation des actifs est donc une période révolue. Si on prend l’exemple d’UBS, de Deutsche Bank, de Citibank et des assureurs, ils ont tous chuté d’environ 80% depuis leur sommet. Il n’est pas insensé de penser que l’on devra faire face à des marchés peu attractifs pendant longtemps», assène-t-il.

Marc Faber n’est pas non plus optimiste sur l’avenir de la classe moyenne. Durant les quinze dernières années, un ménage moyen dans les pays occidentaux a vu ses revenus diminuer, tout comme ceux ajustés de l’inflation. «Cette tendance se poursuivra et la qualité de vie de la classe moyenne ne sera plus aussi bonne que dans les années 1950 à 1960. Les principales coupables sont les banques centrales», conclut-il. 

Daniel Eskenazi

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