Bilan

Manifestations: les colères enflent

Le nombre de protestations populaires augmente d’année en année. Des réactions massives qui s’inscrivent dans une tendance mondiale et font pression sur les finances publiques. Par Arthur Jurus*

La population descend plus souvent et massivement dans la rue. Ici aux Etats-Unis, après la mort de George Floyd.

Crédits: Bryan R. Smith/AFP

Les manifestations et émeutes aux Etats-Unis, à la suite de la mort d’un Afro-Américain à Minneapolis violenté par des policiers, ont monopolisé l’attention des médias.

Elles ne sont pourtant ni inédites ni exclusives aux Etats-Unis. Au Mexique, le décès d’un jeune Mexicain, torturé pour ne pas avoir respecté le port du masque obligatoire, a également suscité de nouvelles manifestations. Celles-ci deviennent plus réactives, plus massives et s’inscrivent dans une tendance mondiale qui s’est accélérée au cours de la dernière décennie.

L’ère des protestations de masse est partout. Depuis 2009, les manifestations observées chaque année ont été multipliées par quatre. En 2019, plus de 2800 ont ainsi été recensées. Cela représente une progression de 11% par an au cours des dix dernières années. Sur cette période, la majorité de la population mondiale est devenue politiquement active, consciente des enjeux et susceptible d’interagir plus facilement. Elle n’hésite plus à exprimer régulièrement son manque de confiance dans les élites de son pays. Les manifestations ont ainsi progressé de 19% par an en Amérique latine, 17% en Amérique du Nord, 16% au Moyen-Orient et 12% en Europe.

Six revendications sont communes à ces événements: le ralentissement économique, l’inefficacité de la gouvernance, l’accroissement des inégalités, la corruption, le manque de services publics et la répression des droits civiques.

Ces enjeux sociétaux ne sont pourtant pas nouveaux. L’utilisation des technologies s’est généralisée. Nous sommes ainsi plus de 4 milliards d’humains dans le monde à avoir accès à internet. Les interactions digitales se décuplent grâce aux réseaux sociaux qui favorisent la diffusion de l’information et les effets de contagion de protestations. Or, cette hausse des interactions exacerbe les frustrations sociales notamment liées au sous-emploi des jeunes. Ces derniers représentent la majorité des manifestants, plus de 40% de la population mondiale et font partie de la population la plus vulnérable à la baisse des créations d’emploi. Une hausse de 1% du taux de chômage augmenterait ainsi le risque de manifestations de 2%. Par conséquent, le choc économique lié à la crise sanitaire pourrait susciter le triplement du taux de chômage dans les pays de l’OCDE et donc une nouvelle vague de protestations de masse.

Impact sur le dollar

La récurrence de ces revendications pose certes un défi majeur: maintenir la sécurité nationale tout en préservant la démocratie et en respectant les droits individuels. Un triangle d’incompatibilité auquel doit faire face le gouvernement américain en pleine année électorale, a contrario de son homologue chinois devenu plus autoritaire face à la résurgence de manifestations à Hongkong.

Il est donc probable que les finances publiques américaines soient largement mises à contribution pour répondre au mécontentement social, par exemple par la généralisation de nouveaux logements sociaux qui bénéficierait au secteur de la construction. Une telle initiative avait déjà été observée dans les années 60.
En conséquence de la dérive structurelle des déficits publics, le billet vert devrait se déprécier progressivement.

* Chef économiste Landolt & Cie SA

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