Bilan

Malgré des règles renforcées, un Etat encore au secours d'une banque

L'établissement italien Banca Monte dei Paschi di Siena doit être sauvé par des fonds publics, alors que les régulateurs internationaux ont imposé depuis près de dix ans de nouvelles contraintes aux banques.

L'exécutif italien a approuvé un plan de secours pour les banques en difficulté, dont la BMPS en premier lieu.

Crédits: AFP

Le contribuable italien va devoir mettre la main à la poche pour sauver la plus vieille banque au monde, la Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS). Et ce, huit ans après la chute de l'américaine Lehman Brothers et un net durcissement des règles appliquées aux banques pour éviter leur faillite.

Tirant les leçons de la grave crise financière qui a plombé l'économie mondiale, les régulateurs internationaux ont imposé depuis près de dix ans de nouvelles contraintes aux banques, qui ont dû drastiquement augmenter leurs fonds propres pour survivre sans l'aide des Etats en cas de choc majeur.

En Europe plus spécifiquement, ils ont aussi mis en place de nouveaux outils de prévention des risques à travers l'Union bancaire, qui repose notamment sur un système de contrôle centralisé des plus gros établissements sous l'égide de la Banque centrale européenne (BCE).

Malgré tout, BMPS doit encore être sauvée par des fonds publics, comme l'ont été avant elle d'autres banques européenne coulées par la crise financière. Parmi les cas les plus emblématiques, la belge Fortis, la franco-belge Dexia et la britannique Royal Bank of Scotland.

Chute de valeur 

Symbole des exigences nouvelles: le ratio de fonds propres "dur", c'est-à-dire les réserves d'argent mobilisables par la banque au moindre problème, a été multiplié par 3,5 depuis le début de la crise financière de 2007.

Paradoxalement, "c'est le superviseur (européen) qui a fait qu'on en arrive là", a déploré auprès de l'afp Jérôme Legras, directeur de la recherche au sein de la société de gestion Axiom AI.

L'objet de son admonestation: la pression "très forte" du superviseur afin que la Monte dei Paschi di Siena réduise significativement son stock de créances douteuses, c'est-à-dire les prêts qu'elle a consentis et dont elle n'est pas certaine qu'ils lui seront un jour remboursés.

Ces crédits sont au coeur des inquiétudes entourant le système bancaire italien et qui n'épargnent pas la BMPS, le troisième établissement financier du pays. Mais les vendre sous la contrainte a pour conséquence d'en faire chuter la valeur, ce qui entraîne des pertes comptables et nécessite une injection d'argent frais.

Limiter le recours aux contribuables

L'exécutif italien a approuvé dans la nuit de jeudi à vendredi un décret instaurant un plan de secours pour les banques en difficulté, dont la BMPS en premier lieu, via un fonds de 20 milliards d'euros (21,3 milliards de francs environ) qui se traduira par une augmentation de la dette publique.

"Ceux qui auraient pu suivre l'augmentation de capital se sont demandés pourquoi mettre de l'argent puisque la banque allait être sauvée par l'Etat italien", a expliqué Bruno Colmant, chef économiste de la banque belge Degroof Petercam. Et ce, alors que les autorités s'échinent depuis plusieurs années à limiter le recours aux contribuables en cas d'ennuis.

Risque politique

Ceci repose sur un principe simple: le sauvetage d'une banque doit se faire d'abord via un renflouement interne si celle-ci est en faillite ou via un partage des coûts si elle est en difficulté.

Selon ce mécanisme, les actionnaires et créanciers sont les premiers à être mis à contribution s'il faut renflouer un établissement, et non plus l'Etat, comme ce fut le cas pendant la crise.

Or, dans le cas de la BMPS, ces créanciers sont, entre autres, de petits épargnants qui ont investi sans être avertis des risques encourus. Ce qui a fait naître un risque politique pour le nouveau gouvernement.

"Le renflouement interne est complètement caduc quand il s'agit d'une grande banque et d'épargne populaire. Cela entraînerait immédiatement un 'bank run' (un retrait massif des dépôts, ndlr) et montre bien que toute l'architecture de responsabilisation des banques est fragile", a fait valoir M. Colmant.

Errements dans la supervision

Pour autant, tout n'est pas à jeter dans les récentes évolutions du paysage de la réglementation bancaire.

En effet, les difficultés actuelles de la BMPS tiennent pour beaucoup aux errements dans la supervision des années ayant précédé l'arrivée des nouveaux outils en Europe, selon Nicolas Véron, économiste du laboratoire d'idées Bruegel et au Peterson Institute à Washington.

"L'Europe a tiré quelques leçons et mis en place l'Union bancaire, qui est là pour durer et devrait à l'avenir permettre d'être plus réactifs et plus efficaces", a-t-il espéré.

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