Bilan

L’or est promis à de nouveaux records

Le métal précieux reste un refuge inégalé. Aperçu des différentes manières d’investir afin de profiter de sa faible volatilité et de ses gains contre toutes les monnaies.

  • Détenir de l’or physique, sous forme de lingots déposés dans un coffre bancaire, est considéré comme le moyen le plus sûr si on l’envisage comme actif refuge.

    Crédits: Anthony Bradshaw/Getty images

L’or, tel un phénix qui renaît toujours de ses cendres, opère un retour en force. Il affiche la meilleure performance de l’année, tous actifs confondus, talonnant les bons du Trésor américain à 10 ans.

A 1730 dollars l’once le 25 mai 2020, le métal jaune n’est plus qu’à 11% de ses plus hauts niveaux historiques, atteints en septembre 2011 (à 1920,30 dollars l’once). Les traders estiment que le franchissement des 1800 ouvrira la voie à de nouveaux records. Son cycle de hausse, qui se poursuit depuis fin 2017 et qui l’a propulsé de 46% s’est accéléré en automne dernier, avec le retour de la Fed à une politique monétaire hyperaccommodante. L’or monte en effet à la faveur des périodes d’assouplissement monétaire. Corrélé malgré tout aux marchés boursiers durant les krachs, l’or avait corrigé cette année de concert avec la chute boursière de mi-février, pour rebondir avec les marchés dès le 23 mars.

Mais le métal jaune reste la valeur refuge par excellence: indicateur sans égal de la dévaluation des monnaies, il œuvre comme actif de couverture contre l’inflation à long terme. Depuis 1985, la valeur de l’or en dollars est passée de 300 à 1750: cela signifie que 1 dollar achète six fois moins d’or aujourd’hui qu’il y a trente-cinq ans.

A court terme également, les traders ont identifié le 24 mai un signal haussier sur le métal jaune pour ces prochains mois. Olivier Crottaz, fondateur de Crottaz Finance, souligne en outre un écart important entre la valorisation – très riche – des actions américaines et la sous-valorisation relative des actions des sociétés aurifères. Il préconise de vendre les premières, et d’acheter les secondes. Un avis partagé par le rapport «In gold we trust» publié en mars 2020 par Incrementum, qui anticipe une hausse des titres aurifères.

Par ailleurs, depuis le 1er février, l’or a affiché 4,5 fois moins de volatilité que le bitcoin, durant la période boursière chahutée, pour une performance nettement supérieure.

ETF, CFD, lingots ou portefeuille numismatique

Détenir de l’or physique, sous forme de lingots déposés dans un coffre bancaire, est considéré comme le moyen le plus sûr si on l’envisage comme actif refuge. Si l’on recherche un placement plus liquide, on peut s’exposer au marché de l’or via des ETF, qui sont des fonds basés sur le métal jaune, traités quotidiennement. Les ETF connaissent une forte demande à l’heure actuelle. Le SPDR Gold Shares, l’un des plus gros ETF sur l’or physique, géré par State Street Global Advisors, affiche une surperformance d’au moins 40% par rapport à l’indice MSCI des monnaies émergentes. En Suisse, les frais totaux (TER) des ETF sur l’or se situent entre 0,23 et 0,43% par an. Parmi les trois meilleurs ETF cotés sur le marché suisse, en termes de performance sur un an, le site justetf.com classe Raiffeisen, UBS, et iShares (gérés par BlackRock). Un Exchange-Traded Fund peut en outre être assorti d’un effet de levier, typiquement du simple au double, qui permet d’amplifier les gains sur le cours du métal. Avec un ETF, il est aussi possible de parier sur la baisse de l’or en vendant à découvert le sous-jacent. Les ETF exposent l’investisseur au risque de contrepartie, qui détient l’or.

Un peu plus spéculatifs que les ETF, les CFD ou «contracts for difference» sont des produits dérivés qui permettent de parier sur les cours de l’or sans détenir l’actif sous-jacent, et avec un effet de levier supérieur au montant déposé. IG Bank propose des CFD sur l’or, mais aussi sur les actions de sociétés aurifères. «Le cours des sociétés minières peut s’apprécier plus que l’or lui-même», explique IG Bank, mais elles sont également tributaires des mouvements du marché boursier, ce qui les rend plus cycliques. C’est un produit adapté aux investisseurs expérimentés. IG Bank avertit ses clients que «le service d’exécution d’ordres sur CFD présente un risque élevé et peut aboutir à des pertes excédant votre investissement initial», enjoignant chacun à s’informer pleinement des risques inhérents à ce type d’opération. Face à la croissance des investissements dans ce qu’on appelle l’or papier, il faut aussi garder en tête, avertissent les experts, que le ratio entre le nombre de ces contrats papiers échangés sur l’or (certificats sur l’or, actions, options, futures, ETF, CFD) et le stock réel d’or (lingots, pièces, bijoux) représenterait un facteur de plus de 200 pour 1. En d’autres termes, les promesses de détenir de l’or seraient donc 200 fois supérieures à la réalité de l’or détenu, ce qui rend ces investissements plus spéculatifs que des lingots d’or physique enregistrés au nom de leur propriétaire.

Pour les ménages, des opportunités pourraient également se trouver dans l’achat de pièces d’or de collection. Sur le site de Numismag, Jean-François Faure, fondateur d’aucoffre.com, rappelle que «la conjoncture économique est très dégradée», et que «pour les investisseurs, dont les collectionneurs en numismatique font partie, il convient de s’interroger sur l’opportunité d’acheter de l’or et de diversifier ses collections. Le but est aussi de se constituer un capital, une réserve liquide, qui pourra être transmise par voie successorale ou liquidée en cas de nécessité financière.» Il conseille aux ménages d’investir une partie de leurs actifs financiers dans des pièces d’or ayant, en plus, une valeur numismatique. Il cite les pièces Liberty anciennes, les pièces de 20 francs Napoléon, les souverains or anglais (émis depuis 1837) et les demi-souverains, les Maple Leafs canadiennes, les pièces de l’Union latine – précurseurs de l’euro (pièces de Belgique, de Hongrie, d’Argentine, par exemple de la fin du XIXe, début du XXe siècle). Dans le cas des souverains anglais, il rappelle que ces pièces ont toujours cours légal et génèrent à la revente une prime entre 15 et 20% du prix du poids de l’or qu’elles contiennent. L’or des rois et des empereurs, une façon de se remémorer la dimension éternelle du métal jaune.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

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