Bilan

L’histoire d’un dollar à deux visages

La devise américaine devrait se montrer plus faible face à l’or et aux monnaies de réserve du G10, mais plus forte contre les devises émergentes, à l’exception de certaines monnaies asiatiques. Vasileios Gkionakis*

Changes L’environnement du marché des changes est actuellement caractérisé par un degré d’incertitude et de risque inhabituellement élevé. Au point que toute prévision à un horizon de trois mois est sujette à une marge d’erreur exceptionnellement importante. Restent les hypothèses de travail, qui s’articulent autour des éléments suivants:

Tout d’abord, la pandémie de Covid-19 va considérablement freiner l’activité économique aux premier et deuxième trimestres. Une reprise est attendue au deuxième semestre 2020, grâce au soutien monétaire des banques centrales et aux plans de relance gouvernementaux.

Avec plus de 3 milliards d’êtres humains actuellement confinés à l’échelle planétaire, les mesures pour affronter la crise sanitaire sont sans précédent. Cette politique visant à aplanir la courbe d’infection est nécessaire, tout comme les mesures qui permettent aux entreprises de supporter les coûts engendrés par la chute brutale de la demande et de préserver l’emploi en attendant la sortie de crise. La réponse monétaire est également à souligner, les banques centrales recourant à la fois à des mesures conventionnelles, telles que les réductions de taux, et non conventionnelles via l’usage d’assouplissement quantitatif. Cependant, la riposte budgétaire sera tout aussi clé pour relancer l’économie.

Le plan d’injection massif de la Réserve fédérale (Fed) devrait remédier au resserrement des liquidités sur les marchés, qui est à l’origine de la hausse du dollar depuis début mars. L’annonce d’un assouplissement quantitatif illimité et l’ajout sans précédent d’obligations d’entreprise de qualité dans la liste d’achat d’actifs par la Banque centrale américaine vont dans la bonne direction.

Toutefois, d’autres variables cruciales en dehors du contrôle des autorités telles que les bas prix de l’énergie – qui sont déterminés par l’OPEP – resteront un frein pour de nombreux pays émergents tributaires de la manne pétrolière.

Sur la base de ces hypothèses de travail, la convergence des rendements américains (désormais plus faibles) vers ceux des autres pays du G10 accroîtra l’importance des écarts de taux et finira par exercer une pression sur le dollar surévalué, en particulier contre les autres grandes monnaies de réserve (voir graphique 1).

D’autre part, le dollar devrait rester bien soutenu contre une grande partie des devises des pays émergents dans un contexte de bas prix de l’énergie, qui devrait conduire à une dégradation significative des termes de l’échange des économies émergentes (voir graphique 2). Toutefois, nous estimons que le renmimbi (CNY) et certaines devises asiatiques surperformeront après le choc initial.

Il s’agira donc d’une «histoire d’un dollar à deux visages»: plus faible face à l’or et aux monnaies de réserve du G10 (EUR, JPY, CHF), mais plus fort contre les devises émergentes, à l’exception du renminbi et de certaines devises asiatiques.

Bien que les risques soient importants, ils sont aussi symétriques. L’aggravation de la pandémie détériorerait durablement l’économie mondiale avec pour conséquence sur le marché des changes un renchérissement du dollar en raison d’une compression accrue des liquidités en billet vert. A l’opposé, un très fort rebond de l’activité économique au second semestre 2020 relâcherait la pression sur le dollar. Une issue à la guerre des prix opposant la Russie à l’Arabie saoudite offrirait elle aussi une bouffée d’oxygène aux économies des pays émergents soutenant leurs devises.

*Responsable de la stratégie devises, Banque Lombard Odier  &  Cie

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