Bilan

Levées de fonds: dans la peau d'un business angel

Se mettre dans la peau d’un business angel qui finance une startup, c’est le sens de la réflexion développée dans le cadre du «carrefour des entrepreneurs» organisé mardi 31 octobre par Genilem à l’EPFL. Quelques éléments à savoir avant de se lancer dans une levée de fonds.
  • Lever des fonds n'est pas un processus aisé mais la réussite de cette étape conditionne souvent la survie d'une startup.

    Crédits: Serge Piguet
  • André Delafontaine, professeur à HEC Lausanne, investisseur et cofondateur de GoBeyond.

    Crédits: Serge Piguet

80% de son activité durant 6 à 9 mois: c’est le temps consacré en moyenne par un jeune entrepreneur à convaincre des investisseurs, auquel il faut ajouter des frais de déplacements et d’hébergement pour parfois jusqu’à 200 présentations.

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Pour André Delafontaine, professeur à HEC Lausanne, investisseur et co-fondateur de GoBeyond -qui met en réseau 500 business angels depuis 2008-, le startuper doit prouver et apporter du concret pour maximiser ses chances de réussite: «Beaucoup de gens viennent me voir avec une idée ou une partie de produit. Pourtant il faut souvent un produit fini ou au moins un proto. Dans certains cas, on peut arriver à pré-vendre, c’est possible. Kickstarter est un bon moyen et la preuve qu’on peut parfois vendre avant même de sortir le produit. Il faut juste être plus smart.»

Se détacher du produit et se concentrer sur son marché

Premier élément regardé par l’investisseur: l’équipe. L’entente et la définition claire de la contribution de chacun des fondateurs est un préalable crucial. Dans la foulée viennent le produit et le marché. André Delafontaine remarque que les entrepreneurs dédient souvent par erreur d’abord les fonds exclusivement au produit: «Le développement du marché doit occuper la moitié des ressources, l’autre au produit, et ce, dès le lancement. Le marché est-il existant maintenant? Est-il accessible pour une startup? Par exemple, une startup n’est pas en mesure de commercialiser un médicament anticancéreux au vu de la lourdeur et du coût des démarches.»

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La scalability (mise à l’échelle) est aussi examinée par l’investisseur. Les startups dont le produit est facilement réplicable seront privilégiées, comme le détaille André Delafontaine. «Les deux modèles extrêmes sont Facebook et le cabinet de conseil. Facebook se réplique à très faible coût pour des millions de personnes. Alors que pour s’étendre, le cabinet de conseil devra trouver de nouveaux locaux, de nouveaux experts. La scalability est faible.»

Convaincre un business angel est une démarche assez particulière dans la mesure où l’investisseur mise avec ses propres fonds. Il attend donc une collaboration forte, voir une démarche de co-construction en mettant au service de la startup réseau et compétences. «Si vous ne voyez le business angel que comme une source d’argent, ça risque de ne pas jouer», avertit André Delafontaine

Une démarche risquée et chronophage pour les entrepreneurs

Malgré ces points clés, la recherche de fonds reste particulièrement chère et chronophage, dans une période où l’entrepreneur doit se concentrer prioritairement sur le développement de sa structure. Chez GoBeyond, sur 1000 offres reçues, 100 sont convié à venir pitcher devant la communauté, 50 candidatures font l’objet d’une étude approfondie et seules 10 à 20 débouchent sur un nouvel investissement. Soit 1 à 2%.

«Il faut parfois plusieurs dizaines de présentations pour parvenir à une levée de fonds, rappelle André Delafontaine. Le coût d’opportunité est tellement élevé, que souvent, la rémunération horaire pourrait être meilleure en travaillant avec ses premiers clients, ou en gardant un emploi à temps partiel à côté, qu’à courir après des fonds. L ‘important, c’est de prouver le plus possible avant de lever de l’argent.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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