Bilan

Les yeux rivés sur le bilan de la Fed

Les conditions semblent réunies pour que la Réserve fédérale américaine s’engage vers la réduction de son bilan d’ici à la fin de l’année. Un processus qui impactera les marchés financiers.

La croissance mondiale et l’inflation, en voie d’amélioration, poussent les banques centrales à s’engager vers une normalisation de leur politique monétaire. Habituellement, cela se résume à ajuster les taux d’intérêt pour rejoindre le niveau historique moyen mais, dans le cas présent, la situation est différente. 

En plus d’imposer des taux d’intérêt négatifs, certaines banques centrales ont vu leur bilan croître massivement. Conjointement, les banques centrales des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon ont amassé un portefeuille d’actifs de plus de 13 500 milliards de dollars depuis 2008 et sont actuellement sous pression pour le réduire, ce qu’elles doivent faire avec prudence. La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait être la première à s’engager dans cette voie, poussée par une meilleure santé économique américaine et un cycle de hausse des taux déjà entamé. 

De 800 milliards à 4500 milliards de dollars

Au plus haut de la crise en 2008, la Fed a opté pour une stratégie monétaire non conventionnelle afin de stabiliser le système financier et les prix, favoriser la reprise économique et combattre la récession. D’abord, elle a acheté des actifs financiers principalement composés de bons du Trésor américain et de titres adossés à des créances hypothécaires (MBS). Le programme d’assouplissement quantitatif a fait progresser le bilan de la Fed de moins de 800 milliards à 4500 milliards de dollars aujourd’hui.

En 2013, le président de la Fed de l’époque, Ben Bernanke, avait alors fortement perturbé les marchés financiers en annonçant que si les conditions économiques le permettaient, la Fed ralentirait les achats d’actifs. Ce simple commentaire s’était ainsi traduit par une forte volatilité dite du «taper tantrum» sur les marchés émergents et une ruée des investisseurs vers des valeurs sûres telles que le dollar. Cet événement illustre bien l’influence profonde que possède tout ajustement du bilan de la Fed sur les marchés financiers. 

Une stratégie douce

Une liquidation du portefeuille incontrôlée pourrait ainsi provoquer des ventes sur les marchés obligataires susceptibles de déclencher une hausse des taux d’intérêt et, par ricochet, une volatilité à travers les différentes classes d’actifs. La Fed devrait donc opter pour une stratégie douce en laissant les titres arriver à échéance sans réinvestir ni revendre. Toutefois, l’élection de Donald Trump, dont l’administration a maintes fois critiqué la Fed, pourrait politiser la situation et conduire la Fed à accélérer la réduction de son bilan à travers la revente directe de titres. Dans tous les cas, même une approche très contrôlée pourra avoir des répercussions inattendues sur les marchés financiers.

A l’origine, on pensait que la Fed s’attellerait d’abord à normaliser les taux d’intérêt, puis se pencherait sur son bilan. Cependant, la reprise de l’inflation, conjuguée à un marché de l’emploi solide, la pousse à agir plus rapidement. Les marchés s’interrogent sur la stratégie globale et le timing qu’adoptera l’établissement.  

Pas de consensus

Or, la communication de la Fed démontre clairement qu’aucun consensus n’existe quant à la stratégie, ni sur la taille ni sur la composition du portefeuille. Les conditions semblent réunies pour s’engager vers la réduction du bilan et le processus devrait être engagé d’ici à la fin de l’année. La Fed devra surtout fournir les indications appropriées aux marchés financiers, simplement et clairement mais tout en conservant une part d’incertitude pour éviter que ceux-ci ne la prennent à revers.

La plupart des marchés se concentrent sur la politique des taux d’intérêt de la Fed, avec les anticipations du taux des fonds fédéraux, encourageant la propension au risque et les positions en dollar. De notre côté, il nous semble que la réduction du bilan devrait avoir un effet silencieux mais plus profond sur les marchés. L’actuelle présidente de la Fed Janet Yellen pourrait maintenir les taux bas tout en resserrant discrètement la politique monétaire. Car c’est seulement lorsque la Fed et la BCE réduiront en même temps la somme de leur bilan qu’une correction est susceptible d’intervenir sur les marchés, un événement attendu pour septembre.  

* Responsable des stratégies de marché chez Swissquote Bank

Peter Rosenstreich*

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