Bilan

Les taux négatifs plombent la rentabilité des banques

Selon une étude, le potentiel que représente la numérisation demeure insuffisamment intégré par le secteur financier en Suisse.

Nouvelles technologies, incursion d'acteurs du secteur informatique ou encore arrivée de prestataire externes représentent une nouvelle concurrence.

Crédits: Keystone

Le secteur bancaire suisse continue de pâtir des taux négatifs, notamment en termes de rentabilité. Les établissements sont tiraillés entre la nécessité d'investir afin d'anticiper le changement structurel en cours et les économies essentielles à leur compétitivité, affirme jeudi le cabinet d'audit et de conseil Ernst & Young (EY). Le potentiel que représente la numérisation demeure en outre insuffisamment intégré aux priorités stratégiques.

Près d'un établissement sur dix estime que les taux négatifs affectent négativement ses activités, selon le baromètre bancaire 2017 d'EY. Pour un tiers des sondés, cette mesure de politique monétaire pose un problème de rentabilité. Les banques de détail - cantonales et régionales - se montrent les plus critiques, alors que cette catégorie avait réussi à composer avec les taux négatifs l'année précédente.

"En 2015, elles ont partiellement pu améliorer leurs marges dans les activités de crédit et ont bénéficié de l'arbitrage (des clients) vis-à-vis des banques qui avaient atteint la limite des dépôts à vue", a expliqué en conférence de presse Patrick Schwaller, associé gérant auprès d'EY. Cet "effet unique" n'a plus cours désormais, pratiquement tout le monde étant logé à la même enseigne.

De plus, la concurrence dans le domaine du crédit s'est accrue depuis deux ans, ce qui se répercute sur les marges. "On ne peut plus appliquer les mêmes taux qu'en janvier 2015", a souligné M. Schwaller. Pour ce spécialiste, une remontée rapide des taux d'intérêt s'avérerait toutefois dommageable pour les banques. Une hausse subite pourrait entraîner des retraits des dépôts clientèle et provoquerait un problème de financement des crédits.

Malgré tout, les résultats au cours des six à douze derniers mois demeurent largement positifs dans le secteur. Une très large majorité des sondés (80%) se prévaut d'un développement favorable de ses affaires et demeure optimiste pour l'avenir proche. Les banques de détail affichent davantage de confiance que les banques privées et étrangères.

Sur une période de 15 ans, un constat s'impose cependant: les recettes ont généralement baissé (-7%) alors que les charges ont pris l'ascenseur (+19%).

Les banques participantes misent donc énormément sur l'amélioration de l'efficience et la réduction des coûts. Une majorité (57%) entend garder un effectif stable dans les douze mois à venir alors que 15% des sondés prévoient des suppressions de poste.

Bien mais peut mieux faire

Pour les seules opérations des commissions, le repli des revenus atteint 22% malgré une hausse des volumes gérés. "Les banques n'ont pas su transformer ces dépôts en croissance", a tranché Patrick Schwaller.

Dans la gestion de fortune, une baisse des rendements d'ici 2020 est perçue comme une fatalité par une écrasante majorité des participants au sondage d'EY.

Afin d'inverser la tendance, le cabinet d'audit insiste sur l'importance du changement structurel en cours dans le secteur financier, dont les établissements ont conscience et qu'ils anticipent pour la plupart d'entre eux, à en croire le baromètre. La part des sondés estimant que la numérisation des activités constitue un tournant fondamental atteint 90%. "C'est une surprise", avoue l'associé Olaf Toepfer.

Bien mais peut mieux faire, affirment néanmoins les spécialistes du cabinet zurichois. "La plupart des banques ne voient dans la numérisation qu'un canal de distribution supplémentaire", regrette M. Toepfer. A défaut de couvrir une large partie du marché à court terme, les conseillers automatisés ou "robo-advisors" risquent notamment de s'imposer dans un avenir plus lointain, prophétise-t-il.

La tendance générale observée dans le baromètre d'EY s'applique également pour la Suisse romande, malgré certains décalages peu "significatifs", a expliqué à AWP Stéphane Muller, associé et responsable pour la partie latine du pays. "On aurait tendance à observer dans la projection de 6 à 12 mois un optimisme légèrement plus prononcé", affirme-t-il. Cette confiance s'explique notamment par la surreprésentation des banques privées du côté romand, mais également par les progrès effectués dans le domaine de la numérisation.

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